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ÉDITORIAL n° 97

Déjà parus

La situation économique en France : attention aux « légers » mieux !

A propos du commerce extérieur, Laure de Charrette (Economie Matin) nous interpelle…

août 2017


A entendre un certain nombre d’éditorialistes, la situation de la France s’améliore. Prétendre le contraire dans l’absolu serait de mauvaise foi. Les premiers indicateurs en terme de reprise économique avec un taux prévisionnel de croissance supérieur à 1,6% sont favorables, tout comme des emplois à la demande créés plus nombreux, liés à une confiance relative des entrepreneurs qui tendrait à se confirmer dans un environnement européen plus favorable.

Et pourtant, un regard plus précis n’est pas aussi encourageant. Sans parler de la dette, le déficit actuel au delà des 3% tolérés, le taux de chômage élevé, avec plus de 6 millions de personnes en quête d’activité et d’emploi, sont autant d’indicateurs qui viennent perturber ce « début » d’embellie. Ajouter à cela un euro trop élevé par rapport au dollar. L’investissement de progrès et de long terme reste faible. Un indicateur reste essentiel pour caractériser notre production et la situation de la France sur le marché international, c’est l’état du commerce extérieur. Laure de Charrette d’Economie Matin attire notre attention sur ce sujet.

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Avec la courtoisie d’Economie matin


Le déficit commercial de la France se creuse


Alors que plusieurs indicateurs économiques sont passés dans le vert ces derniers mois, deux chiffres publiés le 10 août 2017 montrent que l’économie française n’est pas encore sortie d’affaire, loin s’en faut.

Allemagne 1 - France 0

C’est d’abord le déficit commercial de la France qui a plongé au mois de juin, après un mois de mai “moins pire” que d’habitude. Moins pire, parce que depuis le début des années 2000, le déficit commercial est systématiquement dans le rouge, mais certaines années et certains mois sont plus mauvais que d’autres. Mai s’est avéré un mois potable, avec seulement 4,4 milliards d’euros de déficit, mais juin est mauvais, avec 4,7 milliards d’euros de déficit.

Pour mémoire, le déficit commercial, c’est la différence entre ce que nous importons, tous les ans, ou donc, tous les mois, et ce que nous exportons. Un pays qui affiche un déficit commercial est un pays qui importe plus de produits ou de services qu’il n’en exporte. S’il y a des pays en déficit, comme la France, mécaniquement, certains affichent un excédent commercial : c’est le cas de l’Allemagne, championne du monde en la matière. Elle affichait un insolent résultat de plus 253 milliards d’euros en 2016, quand la France était dans le rouge de plus de 48 milliards d’euros.

Prévisions du déficit 2017 (origine des Douanes) - source : lesechos.fr


Le fait que le déficit commercial reparte à la hausse en juin n’est donc pas un très bon signe, cela veut dire que certains secteurs ont moins exporté qu’espéré. Néanmoins, c’est un peu comme avec les chiffres du chômage : l’étude au mois le mois n’est pas très instructive, c’est sur des trimestres, des semestres, voire, à l’année, qu’il faut étudier les données pour voir une tendance se dégager.

Légère baisse de la production industrielle

Un autre indicateur est aussi embêtant pour Emmanuel Macron et Bruno Lemaire, c’est celui de la production industrielle, qui recule de 1,1 % en juin. C’est en particulier le secteur “matériel de transport” qui a moins bien travaillé que les mois précédents. Seulement là encore, la lecture de cet indicateur au mois le mois peut être trompeuse. Sur un an, la production industrielle augmente bel et bien de 2 %.

En fait, si cet indicateur fait du yo-yo, d’ailleurs, exactement comme celui des exportations, c’est tout simplement parce que le passage d’une très grosse vente dans les statistiques mensuelles, par exemple, d’un Airbus A 380 ou d’un bateau des chantiers de Saint Nazaire, va provoquer un bond de la statistique. Et le mois suivant, forcément, comme il n’y a pas d’avion ou de bateau à vendre tous les mois, l’indicateur retombe.

Un carnet de commandes à remplir - source : slideshare.net


Un Airbus A 380, c’est 200 millions d’euros à la louche, même chose pour acquérir 5 airbus A 320. L’Harmony of the Seas, tout équipé, c’est 900 millions d’euros. Sur un déficit commercial de 4,5 milliards d’euros en moyenne par mois, de telles sommes, forcément, font bouger les chiffres. En attendant, pour rééquilibrer les comptes du pays, il faudrait que nous parvenions à vendre une cinquantaine de paquebots en plus tous les ans, ou donc plus de 20 A 380 tous les mois. Ce qui est évidemment impossible. Le redressement de la balance commerciale française va donc prendre encore du temps...

Laure de Charette

Cet article a été publié dans Economie Matin


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