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ÉDITORIAL n° 116

Déjà parus

Une année économique et politique 2019 délicate pour l’Union européenne !

Des perspectives peu encourageantes, sur fond de changement…

décembre 2018


Dans un contexte économique mondial perturbé, si les Etats-Unis tirent pour l’instant leur épingle du jeu, les prévisions de croissance européenne en 2019 sont peu encourageantes. Qu’adviendra-t-il d’un repli européen, justifié ou non ? Il va continuer à influencer les décisions de chaque Etat de l’Union. Les marges de manœuvre de la plupart d’entre eux resteront limités dans un système de contraintes de plus en plus présent. Nul n’est dupe à quelques encablures des prochaines élections européennes et du renouvellement général des « élites » à Berlin, à Bruxelles et à Strasbourg.

Un renouvellement profond qui n’est pas exempt de surprises – source : cahierslibres.fr


Faute de stratégie, l’Union européenne a même du mal à faire du « surplace »

En l’absence de perspectives et de stratégie, l’Union européenne va se contenter de surveiller, comme d’habitude, ses indicateurs habituels, déficit et dette de chacun des pays membres. Ce contrôle permanent des données nourrit un comparatif abusif entre Etats. Comparaison au modèle allemand n’est pas raison. Impossible à faire dans l’absolu, même en relatif cet exercice perd tout son sens. Il peut être humiliant pour les pays concernés.

Si le Danemark et la Suède (hors zone euro) servent encore pour certains de référence, il ne faut pas tout confondre, compte tenu de la taille des pays, en termes de PIB et de population. L’Italie, budgétairement mise en cause, présente malgré tout un déficit autour de 2,1% pour 2019, contre 2,9%, initialement prévu, pour la France, mais probablement proche de 3,5% pour l’an prochain !

Les économistes ne sont pas optimistes : 2019 réserve des surprises ! – source : Les Echos


Avec indulgence, moyennant quelques « passe-droits », la France est censée passer au travers des « gouttes ». Cela est d‘autant plus délicat que les résultats sont loin d’être satisfaisants. Avec les revendications (Gilets jaunes), considérées comme légitimes, la situation actuelle ne permet plus de se limiter à ces considérations avec un taux de chômage élevé, pratiquement inchangé (> 9%), près de 6 millions de personnes en recherche d’emploi, un déficit légèrement en dessous des 3% en 2018, une dette voisine des 100% du PIB et un taux de croissance optimiste estimé à 1,2% en 2019 (INSEE). Quid de l’évasion fiscale, sans risque qui reste un « jeu » interdit, bien protégé ?

Quand les leaders sont en difficulté…

Si les négociations sur le Brexit semblent terminées, la sortie n’est pas faite. La partie est difficile pour le Royaume-Uni et Theresa May, seuls face aux 27 Partenaires et Chefs d’Etat et de Gouvernement. L’acharnement européen montre à quel point son unité passagère n’est qu’apparente. Dans tous les cas, l’Union européenne ne sortira pas grandie de ce départ, ni sur le plan économique, ni sur le plan politique.

Les nouvelles ne sont pas optimistes pour notre partenaire allemand (au mieux 1,3% l’an prochain). Au plan politique, la page est en train de se tourner ; l’activité a tendance à se ralentir et la main d’œuvre qualifiée fait défaut. Et pourtant l’écart économique entre l’Allemagne et les autres Etats s’accentue et les avantages qu’elle en tire seront toujours là.

Globalement les dirigeants européens ont du mal à cacher leur « mal être ». Le Brexit et ses conséquences, et l’économie italienne au ralenti accentuent le malaise du Conseil. Pour le Royaume-Uni comme pour l’Italie, les rejets de la Commission de Bruxelles sont plus politiques qu’économiques. La situation de la France n’est pas brillante. Mais un tour de « passe-passe » lui permettra de franchir sans encombre le seuil factice des 3% ! Le « deux poids deux mesures » confirme la réalité de la « fracture » européenne.

L’exemple des divergences entre Etats à propos de la taxe GAFA est instructive. Suède, Danemark, Finlande et Chypre se désolidarisent. Un accord à la baisse sous influence de l’Allemagne sera peut-être signé en 2019 (règle de l’unanimité) pour une application en 2021 ! Rien n’est moins sûr. Voilà que la France veut faire « bande à part » dès 2019…

Une situation anodine dans une Union européenne divisée – source : Orbis database


En Allemagne, 60% du taux de croissance sont liés à l’exportation tandis qu’en France les mêmes 60% du taux de croissance sont basés sur la consommation. Si outre-Rhin, l’économie s’essouffle, la politique ne changera pas. Côté français, ce ne sont pas les annonces permanentes, rarement suivies d’effet à court terme qui permettront de réagir. La réduction significative de notre déficit du commerce extérieur est indispensable, avant le retour à l’équilibre d’ici quelques années. Cela passe par une ré-industrialisation progressive des entreprises intermédiaires et l’encouragement des propositions innovantes et un outil monétaire adapté. Ce n’est pas pour demain !

Il faudra du temps et des changements face à l’hégémonie d’une Allemagne, même en difficulté, qui puise l’essentiel de ses ressources dans l’Union, avec une monnaie unique paralysante au plan des échanges. Quelle que pourra être la « bonne volonté » de la BCE, la politique du « chiffre à la bruxelloise » ne rime plus à rien. Elle est le reflet d’une époque « dépassée ».

Cette situation inquiétante pour l’Union européenne n’a rien de surprenante. Elle n’est que l’aboutissement de cette transition progressive vers l’éclatement. Comme l’a répété sans cesse Joseph E. Stiglitz, l’euro, monnaie unique, menace l’avenir de l’Union. C’est ce qui avait été expliqué dans « une Europe sans euro ou un Euro sans europe » (cf. interview sur le sujet) . Cette dernière option a fini par l’emporter.

Qu’adviendra-t-il avec les nouveaux leaders de la Commission après les élections ? Réponse à l’automne 2019 avec un taux de croissance moyen pour l’UE de 1,2%, dans quel environnement mondial ?

Jacques Martineau


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