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L’Union européenne et la zone euro

Auto-organisation des structures dans l’UE (2/2)

A l’épreuve des faits, l’« entropie » est de plus en plus grandissante…


L’esprit européen, qui est à l’origine du processus auto-organisationnel décrit dans la première partie (1/2), n’entraine plus l’adhésion de la majorité des citoyens confrontés à des structures toujours plus complexes. Nombreux sont ceux qui sont dans l’incapacité d’apprécier la pertinence des différentes structures et organisations européennes d’autant qu’on est bien incapable de leur en expliquer le rôle.

Cela a laissé place à la surenchère des égoïsmes nationaux, chacun cherchant à tirer le meilleur profit des avantages et des subventions de l’Union. Pour renforcer notre position sur cette « entropie » générée, par le « système » qui est sensé la combattre, nous nous proposons d’en citer quelques exemples…

La véritable gouvernance des projets industriels

La réussite de l’aérospatiale en Europe résulte en réalité de coopérations précédentes entre un groupe très restreint d’Etats et donc de décideurs. On aurait tendance à l’oublier. Airbus et Arianespace sont issus d’une initiative franco-allemande, rejointe par le Royaume-Uni.

Airbus : une réussite industrielle et commerciale entre Etats décideurs – source : Midi Libre


Dans un contexte européen, la multiplication inévitable du nombre des décideurs crée la paralysie du système de gouvernance, comme le montre le programme Galileo. La constellation complète de satellites du projet de GPS européen devrait être opérationnelle en 2021, soit avec un retard de 13 ans et un coût démultiplié. Reste un problème non résolu de fonctionnement des horloges !

Dans un cadre identique, le programme d’avion de transport militaire A 400 M a dû intégrer les exigences opérationnelles de 7 Etats et ‘le juste retour’ industriel cher aux Européens.

Les grandes réussites incontestables européennes (ESA, CERN..) concernent des projets hautement scientifiques dont la gouvernance n’est pas confrontée comme l’aéronautique au verdict du ‘marché’ concurrentiel (comment établir les coûts et les délais objectifs d’une capsule sur une comète ou de la découverte du boson de Higgs).

La politique de l’élargissement vers l’Est

L’élargissement progressif vers l’Est, voulu par la Commission et accepté par le Conseil à partir de 2003, avait pour objectif de sécuriser et de fixer les pays de cette zone à l’Europe après la disparition du Pacte de Varsovie. Depuis, cinq autres pays ont obtenu le statut de « Pays candidats » (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Monténégro et Serbie, sans oublier la Turquie et le futur Kosovo, avec les crédits correspondants). En toute logique, il s’agirait donc à terme d’une Europe des 34-1 (avec la sortie du Royaume-Uni), impossible à gouverner.

5 pays candidats officiels à l’accession à l’Union européenne – source : Le Figaro


La tentation pourrait être alors de transformer l’Union en une simple zone de libre échange (mais à quoi serviraient les institutions Bruxelloises) et de repartir dans un processus d’intégration à partir d’un ‘noyau dur’ (mais que diraient les exclus). Cet élargissement pose aussi le problème de la définition de la frontière orientale de l’Union, sachant que l’UE ne possède déjà plus de frontière maritime vers le Sud. En provenance de Lybie, la situation en Italie devient plus qu’inquiétante. A l’Est, elle est avant tout surtout dépendante du « bon-vouloir » de la Turquie.

La libre circulation des personnes et des biens

Il était prévisible que cet accord entraînerait une concurrence féroce entre pays disposant de coûts salariaux et sociaux très différents. L’accord a déporté les sites de production automobile vers les pays de l’Est. Les productions ferroviaires et électriques en Pologne bénéficient massivement de l’apport de la main d’œuvre ukrainienne encore meilleur marché. Les fonds structurels européens ont été utilisés pour créer ces usines modernes. Ces mêmes pays de l’Est et le Portugal s’opposeront naturellement à la modification de la directive ‘travailleurs détachés’ qui concurrence directement les travailleurs français. La France a souhaité une renégociation, mais cela paraît peu probable à court terme car il faudrait l’accord des 27.

Les « Migrants » à l’ordre du jour

Le système résultant des traités internationaux et de la supervision du Conseil de l’Europe a été appliqué à l’accueil des migrants provenant d’Afrique et d’Asie. Cela se réfère aux ‘valeurs de l’Europe’. Mais après l’accueil de ces migrants par Angela Merkel, la Commission a proposé un plan de répartition, qui a été rejeté par la Pologne, la Hongrie la Slovaquie et la Tchéquie, car préfigurant un plan sur le long terme. La Commission a introduit un bras de fer juridique, mais ces pays risquent probablement d’être alors tentés de quitter l’UE.

A titre d’exemple, les électeurs britanniques ont souhaité sortir de l’UE sur ce seul motif malgré les risques économiques induits. Le gouvernement britannique semble suivre cette décision souveraine. Le problème de Calais se trouvera toujours posé.

Et sur le plan monétaire et de la fiscalité ?

Sur le plan monétaire, l’Irlande et le Luxembourg (mais également les Pays-Bas) n’abandonneront jamais les privilèges accordés aux multinationales pour accueillir massivement les sièges sociaux et pour fiscaliser les profits consolidés. La France qui possède une administration et un système redistributif importants (57% du PIB) pourra difficilement continuer à affronter cette concurrence interne européenne.

Une monnaie unique adoptée par 19 pays sur 28 – source : L’Express/L’Expansion


La réponse d’une large partie de la classe dirigeante pour rétablir ces déséquilibres est ‘plus d’organisation de l’Europe’ : parlement de la zone euro (encore un !), harmonisation du coût du travail (un vœu pieux), des prélèvements sociaux et fiscaux, qui ne pourraient que se faire vers le bas compte tenu de la moyenne européenne…. bonne chance.

Quant à l’euro, monnaie unique ou monnaie commune, le débat n’est pas terminé. Mais dans la confusion actuelle, il est préférable de prendre du recul et de jeter un coup d’œil sur une analyse toujours à l’ordre du jour, en lisant « Une Europe sans euro ou un Euro sans europe » de Jacques Martineau pour se faire une opinion…

Pour conclure…

L’UE est bien un système auto-organisationnel qui s’est construit dans le même temps où réapparaissaient des prétentions et des intérêts divergents (voire incompatibles) des Nations et le fait que les citoyens ne pouvaient plus adhérer à des structures toujours plus complexes. De fait, ils sont désarçonnés et l’adaptation de ce système à un changement brutal (et toujours présent) de la conjoncture économique, militaire ou migratoire serait impossible.

Oui, si l’Europe est une civilisation, un héritage culturel, elle a su créer un espace de paix. Le destin de la France est bien entendu en Europe. Mais dans quelle Europe ?

Georges Seguin


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L’Union européenne et la zone euro

Auto-organisation des structures dans l’UE (1/2)

Conséquences du deuxième principe de la thermodynamique


Interroger quelqu’un sur l’Europe, sur l’Union européenne (UE) et ses structures est un exercice difficile. Le schéma général européen suscite déjà la confusion. Et pourtant, tous les gouvernants, fondateurs et partenaires, gérants de cette « organisation » ont tenté au fur et à mesure de développement de limiter le « désordre » et de faire entrer leurs décisions dans des directives communes. Mais la complexité de cette structure internationale est telle qu’elle finira par générer ce qu’elle est censée combattre (cf. 2ème partie, à paraître courant juillet).

Dans une première partie, c’est ce montage technocratique et ses acteurs qui sont décrits comme une structure auto-organisationnelle, agissant selon sa propre logique. L’UE est un très bel exemple de complexité qui ne peut que croître irrémédiablement. C’est la raison pour laquelle, l’UE ne peut que se voir appliquer le deuxième principe de la thermodynamique.

L’UE est une structure auto-organisationnelle

L’UE est une structure alimentée par les budgets nationaux (énergie primaire donc du système ouvert). L’objectif poursuivi est de réduire l’entropie (le désordre) et donc les conflits internes de l’ensemble des Etats-Nations considérés individuellement et de mieux organiser les tâches pouvant relever du principe de subsidiarité.

Etat de l’Union européenne en 2017 - source : geoconfluences.ens-lyon.fr


L’UE dispose de nombreuses structures dont le Conseil européen, le Conseil de l’Union, la Commission et le Parlement pour ne citer qu’elles. Ajouter à cela, l’Union économique et monétaire, l’Euro groupe et la zone euro. Les décisions nécessitent l’unanimité, la majorité simple ou la majorité qualifiée selon le niveau (Conseil de l’Union ou Parlement).

Mais qui sont les réels acteurs européens ?

Le président du Conseil actuel, Donald Tusk, a été nommé malgré l’opposition farouche de son Etat d’origine (la Pologne). Les commissaires, non-élus, qui sont à l’origine des directives européennes, sont des hommes politiques nommés par leur gouvernement.

Fonctionnaires : L’UE emploie 55.000 fonctionnaires dont 38.500 permanents. Bruxelles dispose également de 52 agences administratives qui comptent 8000 agents. Rappelons que déjà en 2013, ces fonctionnaires gagnaient en moyenne 6500 euros nets par mois, compte tenu de la part très importante de hauts fonctionnaires, et disposent d’une retraite moyenne de 6000 euros mensuels.

Eurodéputés : Les 751 eurodéputés bénéficient d’ une situation financière privilégiée : rémunération nette de 6 611 euros après déduction de l’impôt européen et des cotisations sociales (sans compter les indemnités journalières). Elle peut également être imposée dans les États membres.

Le parlement européen en session – source : europa.eu


Rémunérations : Si cela reste de l’ordre de grandeur des rémunérations des députés des parlement nationaux de l’Europe de l’Ouest, il faut noter l’écart considérable avec les députés nationaux de l’Espagne (2800 €), du Portugal (3680 €) sachant que les parlementaires Roumains et Bulgares touchent moins de 1600 €.

En cas de Brexit, l’Italie et l’Espagne demandent que les postes de députés rendus libres soient à nouveau répartis entre les Etats et non pas diminués.

Cette concentration de hautes compétences et d’ambitions légitimes de carrière à Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg crée une irrésistible tentation pour cette technostructure d’étendre son champ d’intervention à tous les domaines politiques, économiques, sociaux, environnementaux et normatifs. Les directives et règlements européens traitent alors de tous les sujets, puisque 80% des lois votées en France sont de simples transpositions de ces textes européens, qui prévalent sur les textes nationaux.

Un processus destiné à se développer inéluctablement

Le processus d’auto-organisation inéluctable de la technostructure ainsi présenté a joué pleinement son rôle puisque l’UE compte aujourd’hui 28-1 Etats membres (avec la sortie du Royaume-Uni à terme) et sans compter les élargissements à venir vers les Balkans, l’Ukraine soutenue par la Pologne, sachant que la Turquie n’est plus évoquée.

Comme nous avons voulu le montrer la situation de l’Union européenne ne peut que continuer à se complexifier. Mais, ce processus sera de moins en moins compréhensible et donc maîtrisable pour obtenir l’adhésion des peuples européens. Déjà par son nombre très important d’acteurs, actifs et passifs, l’UE génère une pléthore de mini-structures au travers d’un système complexe peu identifiable.

Nous aurons l’occasion dans un prochain article sur les conséquences du « système » (2/2) de montrer avec des exemples concrets comment ces accumulations de structures finiront par générer elles-mêmes l’« entropie », mal qu’elles étaient supposées éviter.

Georges Seguin


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L’Union européenne et la zone euro

L’UE et l’euro : comprendre avant de réagir !

Une mise au point est nécessaire…


L’Union européenne (UE) en 2017, quoiqu’on en pense, est toujours en crise. Cette persistance dans une situation délicate est avant tout liée à sa politique monétaire et à l’euro. Elle freine, de façon inhomogène, suivant l’état des pays, leur développement économique et leur croissance. Aujourd’hui l’Union européenne, c’est 28 pays, bientôt 27 avec la sortie de la Grande Bretagne alors qu’elle n’avait pas choisi l’euro ! Parmi eux, 19 font partie de la zone euro. Ils ont une monnaie unique.

L’euro en ligne de mire

La décision de créer l’euro, cette monnaie unique, a été prise lors du traité de Maastricht (1992). Le système monétaire européen (SME), introduit en mars 1979, allait prendre fin en 1993. Cependant l’European Currency Unit (ECU) a été maintenue comme unité monétaire théorique, calculée à partir d’un panier de valeurs stables, incluant la livre sterling. L’écu a été utilisé comme unité de compte pour les institutions européennes et les banques centrales des pays européens comme monnaie commune de placement et d’endettement sur les marchés financiers. Il changera de nom en 1996 pour s’appeler l’euro, toujours dans les mêmes fonctions.

ECOFIN (comité lié au Conseil des ministres des finances) - source : bestdelegate.com


A partir de là, dès 1996, les échanges entre pays se feront sur la base d’un mécanisme de taux de change européen (MCE) complètement révisé et plus contraignant. L’objectif est de préparer l’ensemble des pays à la mise en place d’une future Union économique et monétaire (UEM) et à l’adoption d’une future monnaie unique.

Le passage de l’écu vers l’euro va se faire le 1er janvier 1999 pour une valeur équivalente, soit 1 écu = 1 euro. Dans un premier temps, les transactions se font en euro, monnaie unique virtuelle, par l’intermédiaire des banques centrales et des institutions européennes. La première différence fondamentale est que l’euro allait devenir une monnaie unique réelle, matérialisée par des billets et des pièces qui circulent depuis le 1er janvier 2002 dans l’ensemble des pays qui auront intégré l’Union économique et monétaire (UEM).

L’UEM a été créée en 1999 par onze pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal. Ces pays ont été rejoints ensuite par la Grèce en 2001, par la Slovénie en 2007, par Chypre et Malte en 2008, par la Slovaquie en 2009, par l’Estonie en 2011 et par la Lettonie en 2014. L’entrée de la Lituanie a été officialisée le 1er janvier 2015. Soit un total de 19 pays.

Les 19 pays de la zone euro – source : Le Point


Quand aux 9 pays qui sont hors zone euro, qui sont-ils ? Par date d’entrée dans la Communauté économique européenne : le Danemark (1973) et le Royaume-Uni (1973) ; puis dans l’UE après le traité de Maastricht : la Suède (1995) ; la Hongrie (2004) ; la Pologne (2004) ; la République tchèque (2004) ; la Bulgarie (2007) ; la Roumanie (2007) ; la Croatie (2013).

Comment rejoindre désormais la zone euro ?

Les critères nécessaires concernent un déficit public inférieur à 3 % du PIB, une dette publique ne dépassant pas 60 % du PIB, une inflation maîtrisée, une indépendance de la banque centrale du pays et une devise nationale stable pendant au moins deux ans.

Lors de la négociation du traité de Maastricht (1992) par les 12 membres de l’UE, et les 3 nouveaux accédant au MCE (Finlande, Suède, Autriche), il était prévu pour ces derniers et pour tous les nouveaux membres de l’Union qu’ils adhèrent obligatoirement soit à l’UEM (s’ils sont éligibles), soit au MCE II.

L’euro, symbole de la monnaie unique – source : 20minutes.fr


Par principe, après 1999, le MCE II prévoit une unité monétaire commune, avant d’accéder plus tard à l’euro monnaie unique. Autour d’un cours pivot, la règle tolère un écart de taux de change de ± 15% autour d’un taux de change initial entre la monnaie nationale du pays concerné et l’euro. Lors de l’adhésion au MCE II, dans ces limites de fluctuation, chacun doit s’engager à mener une politique commune de convergence de critères économiques, et une saine gestion de ses finances publiques à court et long terme.

Pour l’instant en 2017, seul le Danemark a souscrit au MCE II. Cependant, à la grande surprise, il a obtenu une dérogation pour ne pas adhérer à l’UEM et à l’euro. A noter que le Royaume-Uni avait aussi bénéficié d’exemptions européennes pour garder la maîtrise de sa monnaie. Désormais, avec le Brexit en cours, cela ne concerne plus les Britanniques.

A ce jour, la Suède, la Finlande et l’Autriche, éligibles au précédent MCE, demeurent en retrait. Quant aux autres pays de l’Union européenne, hors zone euro, Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie et République Tchèque, ils ne répondent pas encore aux critères d’accessibilité au MCE II.

Des explications nécessaires...

Expliquer l’ensemble nous a semblé utile et nécessaire à propos du système multi-monétaire européen. Force est de constater que la complexité de ce système est d’autant plus importante qu’elle est supposée être liée à l’équilibre et à la stabilité de la situation politique, financière, économique et sociale de chacun des Etats, qu’il soit hors ou dans la zone euro.

Ce rappel ne doit pas anticiper tous les points forts et handicaps d’une monnaie unique particulière, peut-être à bout de souffle dans sa forme actuelle. Nous aurons l’occasion d’en reparler…

Jacques Martineau


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L’Union européenne et la zone euro

60ème anniversaire du traité de Rome : l’UE dos au mur…

Un chacun pour soi qui n’arrange personne !


Le 25 mars 1957, l’Allemagne, la France, l’Italie et Belgique, Luxembourg et Pays-Bas (pays du Benelux) ont ratifié le traité de Rome. Réunis dans la célèbre salle des Horaces et des Curiaces du Capitole, ils ont institué la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom). C’est la mise en place immédiatement du marché commun et dès 1960 de la politque agricole commune (1960).

Une volonté de façade pour consolider l’unité

L’ensemble des 27, chefs d’Etat et de gouvernement et les présidents des institutions européennes, sans le Royaume-Uni se trouvant en Brexit, se sont retrouvés à Rome pour fêter ensemble le 60ème anniversaire de ce traité. Ils ont été reçus au Vatican par le Pape François la veille.

A Rome : le Pape François entouré de MM. Juncker, Schultz et Tusk – source : euractiv.fr


Ce dernier a insisté sur l’importance prioritaire de la « solidarité européenne » à opposer à l’austérité. Ils se sont rencontrés le lendemain dans les mêmes circonstances que lors du traité pour signer une « nouvelle déclaration solennelle » pour renouveler leurs engagements, consolider les acquis et fixer des défis et des objectifs pour le futur.

Certes les pays et leurs représentants peuvent être d’accord sur quelques principes généraux en validant leur « nouvelle déclaration ». Mais sur le fond, les divergences sont importantes et, à cette occasion, ils n’ont certainement pas eu beaucoup de temps pour échanger dans le contexte actuel sur l’avenir de l’Union européenne.

Accords et adhésions depuis le traité de Rome

Après le traité de Rome (1957-58), les premiers accords importants sont ceux de Schengen (1985) et du traité de Maastricht (1992-93). Deux révisions vont intervenir lors du traité d’Amsterdam (1997-99) et du traité de Nice (2001-03). Le traité établissant une Constitution pour l’Europe, proposé par référendum, ne sera pas ratifié en France et aux Pays-Bas (2003-05). L’Union européenne passera outre en adoptant les modifications essentielles par le traité de Lisbonne (2007-09).

Signature du traité de Rome le 27 mars 1957 – source : lefigaro.fr


Partie des 6 pays fondateurs de la CCE, l’Union européenne a connu de nombreux élargissements, 7 au total. Successivement : Royaume-Uni, Irlande, Danemark (I-1973) ; Grèce (II-1981) ; Espagne, Portugal (III-1986) ; Autriche, Suède, Finlande (IV-1995) ; Chypre, République Tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie (V-2004) ; , Bulgarie, Roumanie (VI-2007) ; Croatie (VII-2013).

Mais aujourd’hui, l’heure n’est pas à la fête : l’immobilisme est à la « une »

Depuis quelques temps, l’heure n’est pas à la fête. L’Union européenne est attaquée de toutes parts, confrontée à une succession de crises sans précédent. Au plan politique, les données sont modifiées, avec l’évolution probable de la politique américaine, le Brexit en cours et la montée de mouvements populaires dans l’Union, sur fond d’élections en France et en Allemagne.

A l’international, les problèmes restent entiers qu’il s’agisse de la pauvreté des pays sous-développés, de l’immigration croissante, des conflits au Proche-Orient et Moyen-Orient comme en Afrique, sans oublier le terrorisme sur le continent. L’Union européenne est immobile, sans concertation et sans cohésion, sous le joug d’une « austérité » de rigueur, conditionnée par l’Allemagne.

Commémoration du 60ème anniversaire du traité – source : European Ext. Act. Service


Les partisans de l’Union, « européistes inconditionnels » y voient en elle la seule « solution » ! A l’inverse les détracteurs « permanents » considèrent qu’elle est à l’origine des problèmes voire même le « problème ». Il est vrai que nos dirigeants européens, enclins à se maintenir au pouvoir par principe, n’ont peut-être pas une vision compatible avec les défis à relever. Les élections en France et en Allemagne ne sont pas là pour aider à appréhender le problème. A vrai dire, on constate que l’immobilisme est toujours à la « une »…

Jacques Martineau


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L’Union européenne et la zone euro

En 2017, que penser de l’Union européenne ?

Les questions sans réponse s’accumulent…


En ce début de l’année 2017, il n’est pas difficile de constater que le monde est fortement agité. Les conflits meurtriers se multiplient dans de nombreuses régions. Au Proche Orient, la situation est compliquée et les solutions pérennes ne sont pas encore à l’ordre du jour. Le terrorisme occupe une place déterminante. Les réactions et les changements politiques enregistrés ou à venir sont d’actualité presque partout dans le monde occidental : Etats-Unis et Europe n’échappent pas à la règle. Les risques de perturbations financières, économiques, sociales et militaires sont importants.

Beaucoup de questions politiques et stratégiques sont en suspens

Au plan politique et stratégique : quelle position à avoir vis à vis de Vladimir Poutine et de la Russie, de Hassan Rohani et de l’Iran ? Quid avec l’intervention réelle de l’UE en Syrie et en Irak ? Même question en Afrique occidentale ? Et la France dans tout ça qui paie pour les autres, imputant sur son déficit ? Redéfinir et consolider les frontières de l’espace Schengen ? Quelle politique en termes d’immigration ? Comment réagir, sans hypocrisie, avec Recep Tayyip Erdogan à propos de la candidature de la Turquie à l’UE ? Quelle attitude commune faut-il avoir dans la relation commerciale avec la Chine ?

A la demande de Donald Trump et des Etats-Unis, revaloriser les contributions à l’Otan ? Quel sens pour une défense européenne autonome pour Angela Merkel ? Quelle place donner au Royaume-Uni dans le cadre du Brexit avec Theresa May ? Que va-t-il advenir avec le CETA ? Comment appréhender les relations entre le FMI et la BCE ? Que dire du processus indéterminé et sans fin avec la Grèce avec Jean-Claude Juncker ?

Les chefs d’Etat en réunion à Bruxelles - source : euractiv.fr


Egalement, de nombreuses questions à caractère économique et social sont toujours en suspens et quelques-unes d’entre elles restent sans réponses. Souvent les problèmes n’ont même pas le privilège d’être à l’ordre du jour. L’emploi demeure un point essentiel face au chômage, en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie et en France pour ne rappeler que ces pays qui caractérisent cette Union disparate.

D’autres Etats ont d’autres problèmes qu’il serait trop long de développer ici. Mais croissance, crise, déficit, dette, rigueur et austérité, euro sont toujours les mots clés à Berlin et à Bruxelles, sans oublier de poser le problème des favorisés fiscalement comme l’Irlande et le Luxembourg ? Harmonisations fiscale et sociale ne sont pas toujours pas d’actualité. Au delà de cette multitude naturelle de points à débattre que nous n’évoquerons pas aujourd’hui, avec la concrétisation du Brexit, la question de la sortie l’euro est aussi posée comme une hypothèse à prendre en compte d’autant qu’après leurs élections législatives, les Pays-Bas veulent examiner les conséquences d’une sortie de l’euro !

Alors, comment apprécier l’avenir de l’euro dans tout ça ?

Il y a quelques mois, Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie, s’est exprimé sur la question de la monnaie unique. Il considère qu’aujourd’hui, loin d’apporter la prospérité, il est plutôt un « carcan » pour les pays partenaires de l’Euro group. En revenant à nouveau sur son analyse, cela peut permettre de mieux appréhender la suite. A l’entendre, le prix Nobel est formel. Il juge que « l’euro, au moins dans sa forme actuelle, est condamné. »

Joseph E. Stiglitz explique son point de vue


Dubitatif à l’origine de la mise en place de l’euro, il pressentait d’importantes difficultés liées avant tout aux différences financières économiques et sociales entre les pays de l’Union, en particulier ceux de la zone euro. La crise financière de 2008, au départ, n’était qu’une crise bancaire et non d’endettement public. Très vite, elle a eu des influences divergentes entre les Etats ce qui n’a fait qu’accentuer ces différences.

Joseph E. Stiglitz insiste en rappelant que c’est « la combinaison entre la monnaie unique et le marché unique sans garantie des dépôts bancaires a mené à une divergence économique entre les membres de la zone euro qui empruntent pour rembourser leur dette dans une monnaie dont ils n’ont pas le contrôle. » Il rajoute : « cette situation ne peut pas arriver aux États-Unis qui contrôlent leur monnaie. Dans ce genre de cas, il leur suffit d’imprimer des dollars… »

L’euro, monnaie unique en question ? – source : challenges.fr


Depuis des années, Bruxelles n’a cessé de penser qu’il suffisait de surveiller le déficit public et l’inflation et d’empêcher les gouvernements de laisser faire n’importe quoi pour assurer, par la grâce des marchés, la prospérité de la zone. Au départ, la crise de l’euro n’est pas une crise de dette publique. C’est ce que confirme Joseph E. Stiglitz.

Une année 2017 à observer avec attention…

Beaucoup d’Etats de l’Union européenne, l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, pour ne citer qu’eux, ont déjà manifesté leur mécontentement sur de nombreux problèmes permanents comme l’immigration, l’espace Schengen 2, l’application du CETA, les conséquences du Brexit, les taux de crédit à la carte, les travailleurs détachés, la situation de la Grèce, etc.

Avec les élections nationales en cours principalement en France et qui auront lieu aussi cette année aux Pays-Bas et en Allemagne, quelles en seront les conséquences ? Quelles influences sur l’UE ? Comment va-t-on réagir ? Autant de questions qui confirment les degrés d’incertitude sur l’avenir politique de cette institution ?

Ceci étant dit, un regard sur l’Union européenne et son environnement n’est pas très encourageant. Les divergences entre les différents partenaires ne s’affichent pas au grand jour. Un grand nombre de questions restent toujours sans réponses.

Jacques Martineau


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L’Union européenne et la zone euro

Désunion et incohérence de l’Union européenne…

3ème et dernière partie du triptyque : Multinationales, Etats « nation » et désunion de l’UE…


Après avoir montré le problème factuel posé par l’hyper mondialisation, lié au pouvoir et à l’influence des multinationales, nous avons donné quelques exemples dans une deuxième partie des réponses et des réactions des Etats européens (chacun à sa manière) devant ces défis. Mais pour clore le débat, il importe de souligner la désunion et l’incohérence qui caractérisent la réaction de l’Union européenne face à cet enjeu mondial.

Georges Seguin

Ce ne sont pas les exemples qui manquent !

On retiendra de la mondialisation qu’elle a déporté la quasi totalité de l’emploi industriel peu qualifié vers les classes populaires des pays émergents et désertifié le tissu industriel des Etats-Unis et de l’Europe.

Le paroxysme a été atteint dans la nouvelle économique ‘numérique’ qui a ouvert, dans la Silicon Valley et d’autres sites, le robinet d’ingénieurs de haut niveau en provenance du monde entier (et notamment ceux des pays émergents). Les logiciels élaborés par cette concentration de cerveaux sont mis en œuvre sur des ordinateurs ‘made in China’ pour commander en ligne des produits (donc sans nécessiter des emplois intermédiaires) Google, Amazon, les vols low cost…la boucle est bouclée.

Les multinationales organisent ainsi une partition de l’activité, en concentrant les emplois hautement qualifiés de la R&D et des services sur quelques sites et en bénéficiant du faible coût de la main d’œuvre des zones défavorisées. Les nouveaux ‘laissés pour compte’ sont les populations ouvrières ou rurales américaines et européennes. Les élites médiatiques s’étonneront alors que ces populations abandonnées puissent encore exister et, lors des élections récentes, s’exprimer.

De l’illusion à la désunion de l’Union européenne…

On pouvait attendre de l’Union européenne, première économie du monde avec 500 millions de producteurs-consommateurs et pouvant donc dialoguer avec les Etats-Unis et la Chine, qu’elle élaborât une stratégie dynamique pour gérer cette vague de fond inévitable. Où en est-on ?

L’Union a construit un vaste espace de libre circulation des personnes et des biens. Ce marché devait constituer un ‘terrain de jeu’ protégé de l’hyper-compétition mondiale par des barrières juridiques, normatives et douanières, tout en restant compatibles avec les règles de l’OMC. Cela aurait pu conduire à un espace harmonieux si, dans le même temps, avait pu s’opérer une convergence progressive des politiques en ce qui concerne les niveaux des rémunérations, des protection sociales et des fiscalités.

Réunion de la commission européenne à Bruxelles – source : ec.europa.eu


L’esprit européen, qui avait motivé les auteurs du Traité de Rome, et s’est prolongé durant la période de la Guerre froide, a vite laissé place aux égoïsmes nationaux, chacun cherchant à tirer le meilleur profit des avantages et des subventions de l’Union. L’extension incontrôlée vers l’Est a permis un fort développement de ces pays, disposant de salaires faibles et captant une part importante des productions agricoles et manufacturières (trains produits en Pologne, automobiles en Roumanie..). Ceci avec la complicité de l’Allemagne qui connait un déficit de main d’œuvre.

Et puis les accords de libre-échange…

La zone économique possède des vecteurs de porosité avec les accords de libre-échange négociés par la Commission. On peut citer ceux avec Singapour et la Corée du Sud.

Des réserves sont apparues à cet égard sur le traité de libre-échange entre l’Europe et le Canada (CETA), en particulier sur la compétence des cours arbitrales pour régler les conflits. Ceci a finalement été réglé par un projet de cour permanente d’arbitres nommés par le Canada et l’Union (grâce à la déclaration interprétative de la Belgique annexée au traité) . Par ailleurs, le Canada a accepté l’usage des normes européennes, ce qui est une concession très importante. Mais pour certains observateurs, il est malgré tout possible de voir l’ombre portée du traité en cours de négociation avec les USA (TAFTA) sur le même sujet, compte tenu de la fluidité que permet l’accord de libre échange nord-américain (ALENA).

Principaux lobbies intervenant auprès de Bruxelles dans le cadre du TAFTA – source : mondialisation.org


Le TAFTA est déjà un autre sujet de désaccord entre Européens

Les tenants libéraux d’une grande zone de libre-échange de 900 millions d’habitants considèrent cela comme un progrès décisif, même au risque d’une fracture entre Européens, qui est déjà dans les faits actée. Pour les Etats-Unis, il s’agit de procéder rapidement à une convergence réglementaire et juridique pour la zone Nord Atlantique, avant la grande confrontation industrielle et commerciale avec la Chine qui applique le principe du plus fort ‘celui qui produit impose les normes’.

Sous réserve de l’engagement de Donald Trump, le problème est que l’Administration Obama a cherché à imposer son point de vue, essentiellement sur les normes de production industrielle, alimentaire et environnementale et sur le règlement des différends par des cours arbitrales privées. L’Allemagne et le Royaume-Uni libéraux se sont montrés favorables à ce traité, la France tentant une ultime fois de préserver son modèle social et environnemental, en s’opposant à la poursuite de la négociation. La chancelière allemande avait renouvelé sa demande d’une signature avant la fin 2016, lors du dernier sommet de Bratislava.

Mais voilà, la nouvelle administration américaine, pour conquérir l’électorat populaire, a fait campagne sur un arrêt des processus de libre-échange avec l’Asie (TTP), l’Amérique de Nord (ALENA) et l’Europe (TAFTA). L’élection passée, cela ne devrait pas résister longtemps à la pression des milieux financiers et des multinationales. Angela Merkel a reconnu le 17 novembre, lors de la visite d’adieu du Président Obama, que l’accord de libre-échange ne pouvait être conclu, mais qu’elle espérait « pouvoir y revenir un jour ».

Par ailleurs, la Commission devrait définir un nouveau cadre douanier pour faire face au dumping des produits chinois, à l’issue de la période transitoire suivant l’adhésion de la Chine à l’OMC. Une note d’espoir…

En conclusion

Multinationales, Etats « nation » et désunion de l’UE… que nous avons présenté sous forme d’un triptyque en 3 parties pour mieux appréhender les traités de libre-échange, nous amène à conclure notre analyse.

Cette 3ème partie confirme notre réflexion sur l’hyper mondialisation en cours au travers des multinationales, la réaction des pays, chacun à sa manière, et l’immobilisme européen lié à son absence de politique cohérente. De la réalité à l’action, la route reste longue et pavée d’embûches…

Georges Seguin


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L’Union européenne et la zone euro

Face aux multinationales : réponse(s) des Etats « nation » européens ?

2ème partie du triptyque : Multinationales, Etats « nation » et désunion de l’UE…


Nous avons souligné dans une première partie du triptyque, Multinationales, Etats « nation » et désunion de l’UE, l’importance du pouvoir et de l’influence de la majorité des super multinationales et en illustrant leur morphologie capital/structure et leur rôle dans l’activité en France. Face à la réalité de ces « grands ensembles » quelle est aujourd’hui la réponse des Etats européens ? C’est l’objet de cette 2ème partie.

Georges Seguin

De l’intention à l’action ou la réalité des réponses…

En pratique, c’est toujours l’Etat « nation » qui réagira...


Les Etats peuvent avoir une influence en considérant leurs entreprises comme des instruments essentiels du développement économique et scientifique et en les accompagnant par des politiques incitatives (fiscalité, normes et formation). Face à ces multinationales, il est toutefois à présent acquis que, presque partout, le tissu des PME/TPE constituera le terreau le plus fertile pour l’innovation et la création des emplois du futur.

Chaque Etat agit à sa façon. C’est l’Etat « nation » qui prédomine.

La France possède un acquis considérable dans le domaine des hautes technologies (aéronautique, espace, construction navale, nucléaire et produit logiciel), ce qui lui permet de rester globalement compétitive, malgré un coût du travail élevé dans un contexte compétitif.

Quelques points forts de l’industrie « high-tech » en France - montage : Club Espace 21


Les dirigeants actuels de la France souhaitaient maintenir un modèle social très couteux, considéré comme le ciment de la cohésion nationale, tout en redéfinissant une politique de l’offre (réduction de la fiscalité des (seules) entreprises pour rétablir les marges et la compétitivité, simplification des normes, fluidification du marché du travail, formation). La diplomatie française est largement mise à contribution dans la recherche de marchés étrangers (le commerce extérieur a été d’ailleurs rattaché au Quai d’Orsay). Cette politique courageuse pourrait être sanctionnée lors des prochaines élections (les 40 milliards du CICE sont considérés par une partie de la Gauche comme un cadeau aux entreprises). Réponse après la présidentielle !

L’Allemagne est un pays de retraités, très vigilants aux revenus de leurs fonds de pension. La compétitivité et la rentabilité économiques sont des objectifs beaucoup plus importants que le maintien du système social : salaire minimum très bas, appel aux travailleurs déplacés des pays de L’Est, organisation de l’apport jugé positif des flux de réfugiés peu exigeants dans un pays en dépeuplement.

L’automobile, point fort de l’industrie en Allemagne – source : lexpansion.lexpress.fr


Les exportations allemandes bénéficient du haut niveau technologique et des qualités des entreprises. De façon anecdotique, les exportations comportent une large part de voitures de luxe (Mercédès, BMW, Porsche, etc.) dont les prix peuvent être fixés arbitrairement.

Le Royaume-Uni est resté un pays Thatchérien. Le vote des oubliés de l’Angleterre périphérique en faveur du Brexit, par crainte des flux migratoires, sera probablement neutralisé par différents artifices pour répondre aux intérêts de la City.

Pour quelques remarques dans le comparatif, à signaler au Portugal le salaire minimum qui est de 500 euros avec une quasi inexistence de charges sociales (un salarié français coute au final trois fois plus cher que son homologue portugais), les poids lourds polonais, tchèques et baltes qui font du cabotage sur les autoroutes loin de leur port d’attache… On pourrait poursuivre avec l’Irlande, l’économie souterraine de l’Italie, etc.

Ces quelques exemples montrent, s’il était encore nécessaire, l’incohérence généralisée dans l’Union européenne en matière économique et sociale !

Georges Seguin

La 3ème et dernière partie : (3) La désunion et l’incohérence de l’Union européenne… (à paraître le 15 décembre prochain)


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L’Union européenne et la zone euro

Multinationales, Etats « nation » et désunion de l’UE…

Un triptyque en 3 parties pour mieux appréhender les traités de libre-échange


L’économie mondiale est dominée par la prééminence des grandes multinationales qui peuvent s’opposer, dans le cadre de leur stratégie de développement, aux systèmes juridiques, sociaux et normatifs protecteurs de certains Etats européens. L’hyper-mondialisation fait des gagnants, des victimes et des complices. Elle est aujourd’hui imparable. C’est ce que nous allons à présent illustrer en 3 parties : (1) Pouvoir et influence des multinationales ; (2) Face aux multinationales : la réponse des Etats européens ; (3) La désunion et l’incohérence de l’Union européenne. Et ceci est d’autant plus important à examiner aujourd’hui avec l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis et compte tenu de son point de vue sur la « globalisation »…

Georges Seguin

Une réalité à prendre en compte… en France !

(1) Pouvoir et influence des multinationales


Une multinationale est une entreprise implantée dans plusieurs pays, grâce aux filiales dont elle détient tout ou une partie du capital. Les actionnaires ne viennent pas du même pays. Elle produit des effets économiques dans plusieurs pays par l’optimisation de ses sites d’implantation : sièges sociaux dans des pays disposant d’une fiscalité favorable, intrication de montages financiers, unités de R&D (et quasi uniquement elles) dans les zones à fort potentiel scientifique (USA, Europe occidentale, Asie de l’Est mais aussi Inde).

New York, symbole du rêve américain – source : e.monsite.com


Les ateliers de production sont soit localisés dans les pays à bas salaires et dépourvus de droit sociaux, soit sur les marchés où les produits sont consommés afin de ne pas être affectés par les tarifs douaniers à l’importation ou pour pouvoir bénéficier de l’appui des autorités locales soucieuses de maintenir l’emploi.

On estime le nombre des multinationales à 80 000, pour 840 000 filiales et 75 millions de salariés. Elles représentent les 2/3 du commerce mondial. Pour ces structures protéiformes, on conçoit que les frontières et les droits nationaux des Etats puissent représenter les vestiges d’un ordre ancien.

Mais qui sont les propriétaires et les décideurs (des entreprises françaises) ?

Pour ce qui concerne la France, le capital des grands groupes du CAC40 est à présent détenu majoritairement par des actionnaires étrangers – fonds de placement américains, britanniques ou norvégiens. Il faut ajouter à cela les fonds souverains qataris, saoudiens et les placements chinois.

Paris, troisième ville économique la plus influente au monde – source : lefigaro.fr


Il existe peu de fonds de placement en actions, conséquence du système de retraite par répartition (par opposition au système par capitalisation, qui crée un capitalisme populaire). La taxation des revenus du capital a été alignée sur ceux du travail, ce qui a entrainé un arbitrage pour se reporter un peu plus sur les placements immobiliers qui cristallisent déjà une part considérable des avoirs des ménages. Les propriétaires français des structures d’origine familiale (grandes surfaces, luxe, automobile…..) résident souvent en Belgique ou en Suisse.

La réalité du pouvoir à la tête de ces grands groupes…

Devrait-on demander aux dirigeants des plus grands groupes de gérer leurs entreprises selon des critères de patriotisme, par exemple en diminuant la part des dividendes distribués dans la répartition des profits, en maintenant des sites peu rentables ? La réponse est ailleurs. Les gérants des fonds étrangers investis en France suivent la rentabilité de leurs prises de risques, participent aux assemblées générales, contrôlent les administrateurs et finalement pèsent sur la désignation des dirigeants. Ces derniers doivent en retour dégager des profits pour rémunérer les actionnaires par des dividendes. La stratégie des entreprises françaises tient compte des décisions prises par des gérants à New York, Londres, Oslo, Shanghai… ArcelorMittal, société de droit luxembourgeois, a un propriétaire indien. Ce groupe a négocié avec l’Etat français la restructuration du site de Florange qui présentait un caractère symbolique. Le capital de Sanofi est détenu à 63% par des institutionnels étrangers. La société coréenne STX construit à Saint Nazaire les plus grands paquebots du monde. Les vignobles bordelais et de Bourgogne font l’objet d’acquisitions massives par les investisseurs chinois, après Aéroport de Toulouse, Club Méditerranée, Louvre Hôtels.

Mais que faire ? Le seul remède serait que les Français rachètent massivement leurs entreprises, par un système de retraite par capitalisation (mais il est trop tard), ou en investissant vers les entreprises une part plus significative de leur immense épargne financière : 4700 milliards soit dans des placements sécurisés (livret, fonds euros de l’assurance-vie, servant en grande partie au financement de la dette publique et des logements sociaux ), soit (pour 20%) en actions ou fonds de placements investissant dans les entreprises.

Georges Seguin

La deuxième partie : (2) Face aux multinationales : la réponse des Etats européens (à paraître le 1er décembre prochain)


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L’Union européenne et la zone euro

Zone euro : le caractère récessif de l’austérité…

Un surplace inconsidéré, mais bien entretenu !


Sur fond de Brexit, les attentats islamiques qui ont eu lieu, les risques potentiels de nouveaux attentats comme les conflits au Moyen, au Proche-Orient et dans le monde tiennent toujours le haut du pavé. Le flot continu de migrants dans l’Union européenne dérange sous couvert d’un « chacun pour soi » non partagé. Pour intervenir sur le terrain, Etats-Unis et Russie s’accordent sur le fond. Si l’élection présidentielle Outre-Atlantique interpelle, avec une issue incertaine, les politiques intérieures dans l’Union européenne et plus particulièrement dans la zone euro occupent de plus en plus l’opinion…

Un contexte politique international de plus en plus incertain

La France, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, pour ne citer que ces pays, tous, membres de la zone euro, sont confrontés à des enjeux de politique intérieure, lourds de conséquences au plan économique. Elections présidentielle, générales ou législatives occuperont l’attention dès l’an prochain. Il est clair que les leaders actuels de ces principaux pays sont dans l’incapacité totale de se déterminer pour définir une politique durable, quel qu’en soit le domaine, à la hauteur de ces enjeux.

Autre tentative de relance tripartite après le Brexit – source : directmatin.fr


Dans un tel contexte incertain, il est difficile de prouver la valeur ajoutée de la zone euro par rapport au reste de l’Union. Mario Draghi avec la BCE a fait le maximum pour permettre à chaque pays d’appréhender au mieux la gestion de « sa dette » en profitant d’un contexte rendu favorable. Pourtant, il est facile de constater que depuis des multiples « micro-réunions », bi ou tripartites, Angela Merkel, Matteo Renzi et François Hollande, n’ont permis en rien de s’accorder sur une idée, pour revaloriser ou repenser un projet européen. Ne parlons pas de Mariano Rajoy, aujourd’hui, il est considéré officieusement comme n’étant plus un interlocuteur.

Le « chacun pour soi » souligne l’incohérence de l’ensemble !

Dans cet environnement lourd, avec des pressions politiques intérieures importantes, on peut se poser la question de la remise en cause dans la zone euro. C’est effectivement à des fortes montées qualifiées, à tord ou à raison, de « nationalistes ou de populistes » que la plupart d’entre eux fait face. Dans tous les cas, bon nombre d’européens ne supportent plus ce « surplace » inconsidéré, mais bien entretenu ! Et cela est d’autant plus décrié que les principaux pays en difficulté et en recherche d’équilibre sont tous dans la zone euro.

Chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro en réunion – source : lepoint.fr


Au delà des problèmes de défense, de sécurité et d’immigration, le « chacun pour soi » traditionnel montre l’incohérence de l’ensemble quels que soient les sujets. Mais c’est le déséquilibre économique qui se révèle. Il est lié à des performances discutables entre les principaux partenaires européens et à leurs différences de points de vue sur les raisons de ces difficultés. Ni l’Italie, ni l’Allemagne, ni la France ne parviennent à se mettre d’accord au minimum sur les causes de ces déséquilibres. Il va de soi qu’aucune solution unique n’a de sens pour satisfaire les besoins de chacun. Mais pour le moins faudrait-il encore accepter de s’entendre sur les raisons des causes ?

Assez du caractère récessif de l’austérité

D’aucuns, comme l’Italie et la France ne peuvent plus se satisfaire du caractère récessif de l’austérité. Le chômage de masse et la faible croissance durent depuis trop longtemps. La politique permanente de l’offre, non inflationniste, non compensée par les tentatives de relance de la BCE n’est pas acceptable. L’Allemagne bénéficie d’une compensation de l’insuffisance de sa demande interne au détriment de ses partenaires de la zone euro. Les désaccords au plan international concernant, à titre d’exemple, les traités (TTIP ou CETA) sont caractéristiques de cette différence d’approche.

Joseph Stiglitz à propos du TTIP (ou TAFTA) – source : Fiscalité et Crise


Trop d’austérité sans retrouver un rééquilibre entre l’offre et la demande continuera à refermer l’économie européenne sur elle-même. C’est aussi le point de vue de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. Il rappelle qu’ « une monnaie unique n’est ni nécessaire ni suffisante pour établir la coopération économique et politique étroite dont l’Europe a besoin ». Il ajoute : « réduire les dépenses de l’Etat va aboutir à ce que l’on voulait éviter, le chômage va exploser et la dette va s’alourdir ». « Demande », « investissement public et privé », « inflation », sont autant de mots qu’il serait agréable de retrouver dans les commentaires. La Banque Centrale Européenne retrouvera alors tout son sens et son efficacité…

Jacques Martineau


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L’Union européenne et la zone euro

Conséquences immédiates liées au Brexit ?

Theresa May succède à David Cameron...


Il faut reconnaître que la situation politique tant Outre-Manche que sur le Continent n’est pas claire. Le divorce annoncé entre le Royaume-Uni et l’UE n’est pas prêt d’être prononcé à en croire Theresa May qui vient de succéder à David Cameron comme Premier ministre pour en négocier avec Bruxelles les modalités. Nul n’est en mesure aujourd’hui de prévoir les conséquences réelles de ce Brexit, sinon une multitude de réactions imprévisibles et contradictoires...

Réactions au niveau de l’UE

Si le Royaume-Uni sera dans un premier temps le plus directement affecté sur le plan économique, il va de soi que les autres pays européens seront aussi touchés. Le Brexit, c’est d’une « première » dont il s’agit et qui aura des conséquences politiques. Aucun pays n’a jamais quitté l’UE. Dans le cadre de la Grèce, l’idée d’un « Grexit » a été remisée, malgré un référendum favorable à sa sortie ! Comment parvenir à y voir clair ?

Rencontre préalable au sommet européen – source : lefigaro.fr


Réunis auparavant à Berlin, François Hollande et Mario Renzi ont convaincu Angela Merkel d’insister au niveau du Conseil européen pour ne pas tarder à valider le Brexit et définir la marche à suivre. Rome, Paris et Berlin sont opposés au début des négociations sans Brexit formalisé. Il n’y aura pas de négociations « à la carte » avec le Royaume-Uni tant que la demande formelle de retrait n’est pas présentée. Cette démarche de « divorce » est un préalable aux différentes discussions. La réunion qui s’est tenue à Bruxelles a confirmé le bien fondé de ce processus, ménageant quand même le temps, tout en demandant à David Cameron de ne pas trop tarder !

Influence sur les marchés

Après l’annonce et la confirmation du vote du Brexit, un choc prévisible, mais toujours difficile à appréhender dans son ampleur et sa durée, a engendré un début de panique financière et les marchés sur les principales bourses. Elles ont du mal à repartir face à une incertitude à caractère politique difficile à maîtriser. Le retrait du Royaume-Uni correspond dans l’absolu à celui de la deuxième puissance européenne. Un rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) insiste sur les effets négatifs pour le Royaume-Uni et pour l’ensemble des pays de l’UE dans un premier temps. Les agences de notation ont commencé à s’aligner après cette décision. Standard & poor’s a pris l’initiative en faisant passer la note de AAA à AA !

Indices boursiers en réaction le 24 juin dernier – source : AFP


Mais, d’après certains experts de l’OFCE (Office français des conjonctures économiques), les économies européennes devraient néanmoins ne pas être trop perturbées à moyen terme et continuer à progresser, sachant que les échanges commerciaux entre l’UE et le Royaume-Uni seraient malgré tout protégés…

Et le Royaume-Uni dans tout ça !

La Fed et d’autres grandes institutions, comme le FMI ou le G7, ont pointé le risque économique qu’allait constituer le Brexit pour la Grande Bretagne. Parmi les risques attendus, sont évoqués : la chute de la livre sterling, l’instabilité des marchés, la baisse des investissements, une récession significative, un retour du chômage et un retour de l’inflation. L’impact négatif sur le PIB peut s’évaluer à quelques %. Les Etats-Unis, eux-mêmes surpris, sont inquiets. Le Royaume-Uni, en dehors du circuit, la négociation du traité transatlantique (TAFTA ou TTIP) avec l’Union européenne sera très probablement interrompue.

Le Royaume -Uni a voté pour sa sortie de l’UE – source : l’expansion.lexpress.fr


Dans l’état actuel, le Royaume-Uni se trouve avoir sa propre monnaie et ne fait pas partie de la zone euro. De plus, il ne fait pas partie de l’Espace Schengen. Sa frontière avec la France se trouve à Calais ! Des centaines d’accords et de particularismes favorisent le statut du Royaume-Uni. Dans l’immédiat, avec le résultat du Brexit qui est jugé surprenant, les britanniques se retrouvent divisés et se cherchent. Par ailleurs, le pays se déchire politiquement et géo-stratégiquement. L’Ecosse et l’Irlande du Nord se posent, à des degrés divers, la question de leur devenir ? Une charge de travail pour la nouvelle Premier ministre Theresa May !

Entre la décision et le passage à l’action, l’espace-temps est indéfini. L’UE va devoir patienter et les négociations ne sont pas prêtes de commencer rapidement. Le souhaiter est une chose, y parvenir en est une autre.

Jacques Martineau

Cet article a été publié dans Economie Matin


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L’Union européenne et la zone euro

Les prévisions de croissance mondiale en 2016

Le paradoxe d’une inconnue non maîtrisable…


En ce milieu d’année, le FMI et d’autres institutions et organismes éprouvent de sérieuses difficultés à maintenir leurs prévisions initiales en termes de croissance mondiale (3% au lieu de 3,3%). Il est vrai que si quelques pays ont la chance ou le privilège de maintenir une économie à la hauteur de leurs attentes, en général la situation est plutôt pessimiste pour la plupart des pays qualifiés de développés. C’est ce qui ressort de nombreuses analyses.

Qui sont concernés par ces prévisions ?

Essentiellement sont concernés dans ces études prévisionnelles, les membres de l’OCDE. A ce jour, l’Organisation compte 34 pays à travers le monde, de l’Amérique du Nord et du Sud à l’Europe et l’Asie-Pacifique. En font partie les pays les plus avancés, mais aussi des pays émergents comme le Mexique, le Chili et la Turquie.

Ecarts des prévisions de croissance - source : BSI economics.org


Sont également à prendre en considération les économies de grands pays de la BRICS, comme celles du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de l’Afrique du Sud. Il ne faut pas oublier non plus la Chine. A cet ensemble de pays qui représente l’essentiel du PIB mondial, s’ajoutent une multitude de pays « pauvres » en Afrique, en Asie et au Proche Orient.

L’état relatif des économies mondiales

Sur les derniers six mois, les Etats-Unis ont eu une croissance trimestrielle de l’ordre du 1%. Le Japon en difficulté depuis la fin 2015, est jugé au bord de la récession. Si la baisse de l’euro a contribué à aider la zone euro à un léger redressement, le taux de croissance correspondant reste bien inférieur au pour cent. A titre d’exemple, la Commission européenne a repoussé au mois de juillet d’éventuelles sanctions à l’égard de l’Espagne et du Portugal malgré leurs dérapages budgétaires. La croissance serait considérée comme une priorité ! Bruxelles préfèrerait-elle une lecture souple du pacte de stabilité ?

Le Royaume-Uni, parmi les autres membres de l’UE, est en pleine incertitude avec l’arrivée du référendum de juin à propos de son maintien dans l’Union. La Norvège de son côté subit la baisse du prix des matières. L’Australie et le Canada sont dans le même cas. Les pays émergents sont dans des situations peu encourageantes. Le Brésil et la Russie sont en récession. Si l’Inde s’en sort, la Chine a un fort ralentissement. Quant à l’Afrique du Sud la croissance est étale.

Le G20 finances sur la croissance et l’évasion fiscale à Washington – source : l’Express


L’état économique de très nombreux pays « pauvres » n’est pas brillant. L’instabilité politique est en général inquiétante. Elle est à l’origine ou la conséquence de forts mouvements conflictuels. Les implantations locales terroristes, agressions et attentats, se multiplient. Les conflits au Moyen et au Proche Orient contribuent à ce profond affaiblissement. L’immigration vers l’Europe devient une donnée essentielle à prendre en considération. Son impact économique et social est fondamental. L’année 2015 a été marquée par une arrivée massive en Europe (> 1,5 millions de réfugiés), principalement en Allemagne, par la route de l’Est via la Turquie. L’accord signé avec l’UE a un coût (6 Md€) et ne fait que déplacer le problème, mettant à nouveau à la une, la route du Sud (migrants et réfugiés) via la Lybie, ajoutant le risque accru de la traversée de la Méditerranée…

Quelles perspectives à venir ?

Les perspectives et prévisions sont pessimistes au regard des indicateurs mondiaux en terme de croissance actuelle et à court terme. Pour la plupart des pays de l’OCDE, leur taux de croissance potentielle annuelle en perspective est estimé à la baisse. Les institutions et organismes internationaux s’affairent à rechercher les raisons de ces forts ralentissements de croissance. La baisse constante des matières premières ne fait qu’accentuer le recul de la croissance, affectant en particulier, sur l’ensemble de la planète, tous les pays producteurs de pétrole.

Ministres des finances et Gouverneurs des Banques Centrales – source : La Tribune de Genève


Dans un premier temps, sont toujours évoquées les situations budgétaires, dettes et déficits massifs, à redresser. C’est pourquoi, les niveaux des dépenses publiques et des apports privés à des fins d’investissements lourds restent très faibles. Ces derniers n’ont pas retrouvé leurs niveaux d’avant la crise financière et d’autant moins que l’ensemble se place sur fond d’immigration.

Depuis la crise, les conséquences, quelles qu’en soient les origines et les causes, se sont traduites dans les faits par un chômage croissant et de longue durée qui affecte des classes de travailleurs et un potentiel humain important. A ces raisons « classiques » s’ajoutent des réactions sociales et syndicales avec de nombreuses contestations, manifestations et grèves sporadiques qui perturbent l’économie et fragilisent la confiance. La France n’en a pas l’exclusivité, mais elle est très représentative du phénomène.

Le dogme de « l’austérité » au service de l’inactivité

Depuis 2008, la crise de la dette est à la « Une » de tous les agendas politiques et économiques. Le G7, le G20 et ses dérivés au travers des multiples instances qu’ils rassemblent montrent leurs contradictions et leur incapacité d’agir face au problème de la dette. Les politiques budgétaires ont tendance au blocage de l’économie, alors que seule la consolidation de l’offre et de la demande serait suffisante pour favoriser la reprise.

Sans volonté et sans imagination, le FMI et la Commission européenne, dérangés par la BCE et ses mesures monétaires, s’égosillent pour essayer de convaincre les membres de l’UE et plus particulièrement de la zone euro que la croissance passe toujours par un préalable absolu inchangé : l’austérité et la rigueur. Ce qui correspond au paradoxe d’une inconnue non maitrisable…

Jacques Martineau


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L’Union européenne et la zone euro

L’Union européenne n’a plus de frontière maritime !

Une prise de conscience nécessaire pour mieux comprendre…


S’il est encore « a priori » possible de définir, de protéger et de contrôler efficacement les frontières terrestres, ainsi que les points d’entrée par les voies aériennes, cela est désormais impossible pour ce qui concerne les accès maritimes se trouvant sur la façade sud de l’Union européenne.

Des centaines de milliers de réfugiés et de migrants économiques rejoignent les frontières de l’Union européenne par des voies maritimes, souvent au péril de leur vie, car ils n’ont pas d’autres accès pour y parvenir. Cela exprime la détresse de millions de personnes fuyant des zones de conflits ou simplement à la recherche d’une vie meilleure.

Cet article se concentre uniquement sur le statut juridique des frontières de l’Union, mis en évidence à l’occasion de ces évènements, pour aboutir à une conclusion simple : quel que soit notre jugement nous ne pouvons pas nous soustraire aux obligations auxquelles nous nous sommes engagés par l’enchainement d’une dizaine de conventions ou traités.

Pour mieux structurer le propos, l’article distingue les instruments internationaux applicables aux personnes réfugiées et migrants transitant par la Méditerranée centrale ou la Mer Egée.

Méditerranée centrale

Le premier texte applicable est, dans l’ordre chronologique, la Convention de Genève du 12 août 1949, et le protocole additionnel en date du 8 juin 1977, qui traite dans son article 51 de la protection des victimes se trouvant dans les zones de conflits armés. Ce protocole détaille les éléments constitutifs de cette protection, qui ont pour effet principal, pour ce qui concerne notre propos, d’interdire de refouler les personnes civiles fuyant les combats vers les zones de conflits. La clause de non-refoulement entraine la nécessité d’assurer le débarquement des personnes secourues en mer en « lieu sûr » et donc concrètement sur le sol européen.

La Convention de Genève du 28 juillet 1951, relative au statut des réfugiés, s’applique aux réfugiés arrivés sur le sol européen, et sera donc analysée dans un autre article.

Les signataires de la convention - source : UNHCR


Deux conventions internationales de l’OMI (Organisation maritime internationale dépendant des Nations Unies) traitent de la sauvegarde de la vie humaine en mer (Convention SOLAS, 1974) et de la recherche et du sauvetage maritime (Convention SAR, 1979).

La Convention des Nations Unies de Montego Bay, instaurant le droit international de la mer de 1982, est aujourd’hui le principal texte applicable, qui regroupe différentes dispositions des conventions précédentes. Le droit de la mer ne précise pas de juridiction spécifique en cas de manquement aux obligations de porter secours aux navires en détresse, mais son article 92 (dont l’intention initiale était de protéger les marins des navires de poursuite devant des tribunaux étrangers) indique que la juridiction compétente est celle de l’Etat du pavillon du navire.

Pour être plus complet, il faut mentionner, la Résolution 1821 (2011) de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en date du 21 juin 2011, qui rappelle à tous les Etats membres « qu’ils ont l’obligation tant morale que légale de secourir les personnes en détresse en mer sans le moindre délai » ainsi que le principe de non-refoulement.

Les migrants quittent les côtes sur des embarcations de fortune qui sont qualifiées, dès le départ, de ‘navires en détresse’, selon l’interprétation du HCR (Haut comité des Nations unies aux réfugiés). Les navires battant pavillons des Etats signataires des conventions (à l’exception notable des Etats-Unis – non signataires de la Convention de 1951 sur le statut des réfugiés et de la convention de 1982 sur le droit de la mer), dès qu’ils sont prévenus, doivent alors se détourner pour porter secours. Il s’agissait, jusqu’à une date récente, essentiellement de la ‘Marina militare’ italienne (opération Mare Nostrum). Les opérations de sauvetage bénéficient à présent de l’assistance de l’agence européenne Frontex au travers de l’opération conjointe Triton, qui a été lancée le 1er novembre 2014 en Méditerranée centrale pour venir en aide à l’Italie.

Les Etats concernés par l’Espace Schengen - source : Wikipédia


Les personnes secourues en mer doivent nécessairement être débarquées dans un Etat de l’UE. Il faut retenir que l’obligation de sauvetage « sans délai » interdit tout contrôle et filtrage des identités en mer.

Mer Egée

Pour comprendre l’origine du problème, il est nécessaire de replacer les trois traités signés en 1923, 1979 et 1997 dans un contexte historique.

- Traité de Lausanne de 1923

Le traité, faisant suite au Traité de Versailles de 1918, a réglé définitivement le conflit entre l’Empire ottoman et les alliés occidentaux dont la Grèce. Il mettait fin à de nombreux génocides et déportations massives de population de part et d’autre. Ce traité a donné satisfaction à la Grèce en faisant de la Mer Egée un ‘lac’ grec, puisque toutes les grandes iles à proximité immédiate de la Turquie continentale (Limnos, Lesbos, Chios, Samos) et d’autres plus petites sont depuis cette date des territoires grecs à moins de 10 kms de la Turquie.

- Traité d’adhésion de la Grèce à la CEE

Le traité a été signé le 28 mai 1979, pour une entrée de la Grèce dans la CEE le 1er janvier 1981. La CEE est depuis devenue l’Union européenne en 1993.

- Traité d’Amsterdam

Le traité du 2 octobre 1997, instaurant l’Espace Schengen à l’échelle européenne, a achevé le processus en faisant de toutes les iles mentionnées plus haut des zones de cet espace.

Quelques kilomètres suffisent pour pouvoir passer du Moyen-Orient et de l’Asie à l’Espace Schengen. Si ces transferts font encore trop des victimes (les distances à franchir permettant l’usage de simples radeaux pneumatiques), cela simplifie le trajet initial méditerranéen plus périlleux, y compris pour les migrants provenant de l’Afrique du nord ou sub-saharienne.

La distinction entre réfugiés et migrants économiques est réalisée dans les centres d’accueil des iles grecques dans des conditions épouvantables de files d’attente, de disponibilité d’interprètes et d’experts des zones concernées (Frontex). Le contrôle réel se trouve de fait reporté aux étapes suivantes du parcours vers les pays cibles (Allemagne, Royaume-Uni via Calais, Danemark, Suède et Finlande).

Conclusion

Après la traversée des espaces maritimes, les réfugiés auxquels se mêlent les migrants économiques abordent donc à Lampedusa, en Sicile ou dans les Pouilles, ainsi que dans les iles grecques. En conséquence, ouverte sur son versant sud de l’Espace Schengen, on peut affirmer que l’Union européenne n’a pas de frontière maritime.

Les Etats membres tentent de réagir dans l’urgence à cette situation avec la création de ‘hotspots’ aux points d’entrée de cet espace pour identifier et enregistrer les personnes pouvant prétendre au statut de réfugié.

Néanmoins cette politique ne pourra pas s’opposer aux droits des réfugiés tels que définis par les conventions internationales. C’est ce que nous avons voulu expliquer dans cet article. Dans tous les cas, cela ne tarira pas le flux de millions de réfugiés et migrants qui arriveront dans l’Union européenne au cours des prochaines années.

Georges Seguin


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L’Union européenne et la zone euro

2016 : et l’Europe dans tout ça ?

Un chacun pour soi, compétitif et explosif…


L’approche globale d’un problème n’est jamais simple. Mais elle présente au moins un avantage : replaçant le problème dans son contexte, elle permet de mieux en comprendre les conditions initiales, les origines dans le temps et d’en apprécier les conséquences. C’est le cas de l’Union européenne et de la zone euro.

Une politique essentiellement fondée sur l’austérité, la rigueur et la gestion de la dette n’a aucune chance d’aboutir en Europe.

En ce début d’année, les conditions du marché sont telles que l’euro voisine le dollar US, que les taux de prêts bancaires sont bas et que la baisse du baril de pétrole convient aux pays consommateurs. Attention, cette dernière condition dérange les pays exportateurs.

Le pétrole en chute libre - source : usinenouvelle.com


De son côté, la BCE est généreuse. Elle n’a pas hésité à prêter même à taux négatif en arrosant de devises les milieux financiers et les banques dans certains pays de la zone euro. Industriels et promoteurs de « grands projets » européens auraient probablement préféré une autre approche. Mais la politique domine. Il est vrai que l’Union européenne et plus particulièrement les membres de la zone euro se cherchent encore, faute d’imagination et surtout de courage.

La BCE intervient dès janvier 2015 - source : usinenouvelle.com


L’Allemagne joue et confirme son rôle dominant d’autosatisfaction. Les « chiffres » positifs de ses résultats économiques, sont incontestables. Le taux de chômage déclaré comme faible peut être discuté, compte tenu de la multiplication des mini-jobs, la tolérance « officielle » de travailleurs « détachés », la non-implication « réelle » dans les conflits armés, etc. De plus, l’annonce délibérée d’accueil de « réfugiés » et de « migrants » sélectionnés pour pallier une crise démographique met l’Europe au pied du mur. L’analyse de l’ensemble lui confère un statut de leader. Comment réagiront les membres de l’UE en 2016 et 2017, avec une politique imposée des « quotas » ? Avec un statut de soumis ou d’insoumis ? La Turquie est à nos « portes », qui, moyennant « finances », accepte de jouer un rôle de recueil temporaire de « réfugiés » et de « migrants ». Et son dossier de candidature, appuyé par l’Allemagne, va être réexaminé…

Le Royaume-Uni, déjà avec un pied dehors et un pied dedans, hésite à rester dans l’Union européenne. Il pose ses conditions à Bruxelles. Malgré quelques contestations, l’Union européenne finira-t-elle par céder ? Très probablement. Mais quel sera le résultat du référendum prochain prévu en principe en 2016 ? Au plan économique, les résultats semblent satisfaisants. Le comparatif le fait passer en terme de PIB devant la France. Le chômage « officiel » est aussi faible que l’emploi « officieux » est précaire. Les mesures sont fermes contre le chômage passif et encourageantes pour développer le système du contrat « 0 heure » salvateur. Les « migrants » sont à Calais, frontière « réelle » du Royaume-Uni ! En liaison avec les Etats-Unis, notre partenaire est désormais engagé au Moyen Orient.

L’UE et la zone euro – source : Le Point


La France est dans un état de « suivisme » européen maladif. En plus d’être directement impliquée (presqu’en solitaire) dans des conflits armés en Afrique, au Proche et Moyen Orient, la France n’est pas sortie de la crise. La baisse de l’euro et du prix du pétrole aidant, le taux de croissance repartirait lentement à la hausse, tout comme les effets du Pacte de stabilité et du Cice se feraient sentir ? Que faut-il en penser ? Une chose est certaine : quels que soient les artifices l’emploi réel « marchand » ne sera pas de retour avant la fin de l’année de manière significative.

Les meilleurs européens sont pour la plupart en dehors de la zone euro ! La Suède et le Danemark s’en tirent à peu près. Mais les deux pays bousculés avec l’afflux croissant de « migrants » ont rétabli leurs contrôles d’identité aux frontières, y compris avec l’Allemagne ! A part les Pays-Bas, la Belgique (avec les attentats) et l’Irlande appréhendent la suite. Nos partenaires méditerranéens de la zone euro, Portugal, Espagne, Italie et Grèce, sont tous en difficulté. Mais personne n’ose en parler. Comme toujours, le « chacun pour soi » prédomine. La politique européenne migratoire dérange. Après l’Autriche, la Hongrie, la République tchèque et la Slovénie, c’est la Pologne qui s’affirme avec un changement de gouvernement qui interpelle. L’Espace Schengen dans sa version actuelle n’a plus de sens…

De ce fait, les regards « comparatifs » et « soumis » se portent en priorité vers les Etats-Unis, en ignorant l’incapacité de rebond du Japon, toujours en récession. Il ne faut pas oublier la situation politique et économique en retrait de la Chine ainsi que l’ensemble des difficultés des pays émergents, exception faite de l’Inde, comme le Brésil atone, sans parler d’une Russie aussi en baisse sérieuse d’activité et de ressources. Comment compenser le ralentissement naturel de ces nombreuses économies ?

Un contexte américain particulier qui propose et qui dérange…

Pour mieux comprendre, il importe de se rappeler que le Congrès américain a défini dans le « Federal Reserve Act » trois objectifs : le plein emploi, la stabilité des prix et celle des taux d’emprunt modérés. Si dans l’UE deux de ces objectifs sont a priori globalement tenus par une petite majorité de partenaires de l’UE, l’objectif du plein emploi demeure du domaine de l’illusion comparative.

La non accessibilité aux textes du TTIP – source : stoptafta.wordpress.com


Le monde est imprégné de la notion de libre-échange, une réalité qui a besoin d’être régulée et réorganisée et à laquelle l’OMC veille tandis que les accords bilatéraux se multiplient. L’énorme chantier de libre-échange TTIP (TAFTA) entre l’UE et les Etats-Unis, témoigne de cette volonté d’aller à la conquête de nouveaux marchés en surveillant l’ensemble de l’économie mondiale d’une autre manière. Ce sont les Etats-Unis qui sont « maîtres du jeu » en toute complicité avec l’Allemagne. L’Union européenne n’est pas de taille aujourd’hui à leur résister.

Les Etats-Unis et le FMI ont déjà interpellé Bruxelles pour que la Commission intervienne auprès de l’Allemagne à propos de sa politique économique et de ses excédents commerciaux extérieurs, réalisés pour les 2/3 dans l’Union européenne elle-même ! Vaste question qui est toujours restée sans réponse. C’est la relance économique qu’il faudrait favoriser au travers de grands projets communs européens. Mais cela est du domaine du rêve pour cette UE, technocratique et sans objet, dont beaucoup d’européens ne veulent plus !

Jacques Martineau

Cet article a été remis à jour à partir de celui publié dans Economie Matin du 08/01


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L’Union européenne et la zone euro

La Turquie face à ses ambitions et ses contradictions

Un paradoxe dans l’OTAN, aux portes de l’UE…


Au plan géographique, la Turquie se situe entre la Syrie, l’Iran et l’Irak, sans parler de la Géorgie, de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. 7ème économie à l’échelle européenne, en termes de PIB, cette république de 78 millions d’habitants est membre de l’OTAN, de l’OCDE, du Conseil de l’Europe et du G20. A majorité sunnite, son président, proche des « frères musulmans » participe à sa façon au conflit sunnite-chiite avec un positionnement équivoque dans le conflit actuel. Son influence en local est discutable. L’Egypte se tient sur ses gardes. Sans parler de l’ambiguïté permanente de ses relations avec Israël...

La Turquie face à ses ambitions - source : lapresse.ca


Une position ambiguë dans ce conflit

Pour lutter contre Daesh, la Turquie intervient modérément. Elle le justifie par l’ambiguïté de son contexte local. Les frappes aériennes effectuées par la Turquie, membre frais émoulu de la coalition anti-Daesh, visent à 80% les positions du Parti des travailleurs du Kurdistan en Irak et en Syrie, faisant ainsi voler en éclats la seule force capable de faire face aux djihadistes au sol. Quoiqu’il fasse maintenant, la position d’Erdogan au profit de la coalition est trop tardive.

Troupes turques en position - source : Atlas info


Même si la Turquie qui prétend ne pas avoir su qu’il s’agissait d’un avion russe a fini par exprimer « ses condoléances » à la Russie pour la mort d’un de ses pilotes, la tension entre Moscou et Ankara n’est pas prête de retomber. S’adressant clairement aux Occidentaux, le chef de l’Etat russe, Vladimir Poutine a précisé dans son discours annuel sur l’état de la nation qu’aucun pays « ne devait appliquer un système à deux poids deux mesures concernant le terrorisme » et « utiliser des organisations terroristes à leurs propres fins ». La présence et l’action de la Russie contre les opposants au gouvernement syrien et contre Daesh seront déterminantes. Devant les réactions russes, la Turquie a intérêt à se tenir à l’écart économiquement et militairement.

Une frontière transparente qui dérange tout le monde !

Le journal autrichien « Die Presse », indique que « la coopération entre la Turquie et les terroristes du groupe Daesh est beaucoup plus large que la perception qu’en a la communauté mondiale… » Les djihadistes auraient mis la main sur une vaste zone longue d’au moins 100 kilomètres, située à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Il précise que « c’est une véritable tête de pont, favorisant la contrebande, le trafic de pétrole, l’afflux d’argent liquide ainsi que le trafic d’armes, d’antiquités et d’aliments. » Sans contrôle, cette zone facilite les déplacements des djihadistes entre les deux pays. Ajouter à cela, la minorité turkmène en opposition au régime syrien, la tension est importante !

Les Etats en présence - source : itélé


Pour sa part, l’Irak a appelé samedi 5 décembre la Turquie à retirer "immédiatement" ses troupes de son territoire après le déploiement de soldats turcs dans les environs de Mossoul (nord), selon un communiqué officiel. La Turquie nie cette affirmation…

L’Arabie saoudite à l’origine d’une coalition de 34 pays arabes se sent contrainte de s’engager. Le 22 décembre dernier, la Ligue arabe vient de dénoncer le déploiement militaire turc qui persiste dans le nord de l’Irak, considérant que c’était une atteinte à la souveraineté de ce pays. Ceci n’est qu’un début. La suite prendra corps avec les Kurdes...

Après l’accord signé avec l’UE le 29 novembre dernier, la Turquie annonce officiellement qu’elle aurait empêché plus d’un millier de migrants à se rendre en Grèce. Une information qui n’est pas reconnue par Frontex et les autorités grecques.

On peut se poser la question qui vient sans cesse à l’esprit : Quel sens donner à l’OTAN dans ce conflit avec un « allié » aussi complexe et dont on doute de la solidarité ? Comment réagiront les Etats-Unis ? La Commission de son côté ne se pose pas de questions, le dossier des négociations pour l’accès de la Turquie à l’Union européenne est à nouveau ouvert…

L’extension du conflit en Lybie et en Afrique est programmée.

Jacques Martineau

Cet article a été remis à jour à partir de celui publié dans Economie Matin du 10/12


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L’Union européenne et la zone euro

Turquie - UE : 3 Md€ de marché de dupes ?

Un sommet européen équivoque...


Un important sommet européen s’est tenu le 29 novembre dernier à Bruxelles pour parler et conclure avec la Turquie sur les problèmes de gestion du flux des migrants. La chancelière Angela Merkel, à l’origine de cette rencontre avait rencontré préalablement le président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour le solliciter afin de réduire et de contenir les flux de « réfugiés » vers l’UE et bien évidemment vers l’Allemagne. Elle avait laissé entendre la possibilité d’un engagement financier de l’UE pour soutenir l’action en Turquie.

Rappel des données actuelles

Depuis le début de 2015, on chiffre aujourd’hui à plus de 1,4 million le nombre de migrants et réfugiés qui sont entrés dans l’espace Schengen. Un total de près de 1 million d’entre eux aura rejoint l’Allemagne d’ici la fin décembre, répondant aux appels et à l’ouverture de la chancelière. En réaction à ces flux continus importants, la Hongrie, l’Autriche et la Croatie ferment physiquement leurs frontières, sans parler de la Slovaquie et de la Serbie !

Arrivée de réfugiés en Grèce - source : BFMTV


La Grèce pour sa part est en grande difficulté et doit se porter garante des frontières de l’UE ! Les récents attentats en France ne font que renforcer cette anxiété sur les mobilités de migrants et réfugiés, infiltrés par des terroristes islamiques dans l’espace Schengen. Les contrôles aux frontières nationales se multiplient.

Les principales routes de migration - source : Le Télégramme


Principalement en provenance d’Afghanistan, du Pakistan, d’Irak, de Syrie et du Yémen, ces migrants et réfugiés passent par la Turquie pour entrer en Grèce, c’est-à-dire dans l’espace Schengen. Avec un contrôle « facilitateur » aux frontières de la Turquie lié au commerce complice avec Daesh, la situation s’est profondément dégradée. Le récent « laisser-faire » caractéristique aux frontières de l’espace Schengen après les messages d’ouverture de l’Allemagne n’a rien arrangé.

Camp de réfugiés en Turquie - source : 20 minutes


Depuis plusieurs années, ce sont plus de 4 millions de migrants et de réfugiés qui sont hébergés en Egypte (0,15 million), en Jordanie (0,65 million), au Liban (1,2 million), en Irak (0,25 million) et en Turquie (2,2 millions). En ce qui concerne la Turquie, une petite partie est abritée dans des camps au voisinage de la frontière syrienne tandis que la majeure partie des réfugiés et migrants est répartie dans des communautés dans le pays, avec interdiction d’exercer une activité.

Une réunion au sommet préméditée pour un marché de dupes ?

Ce sommet UE-Turquie était certes attendu depuis des années. Il était destiné à parler d’abord des migrants et des réfugiés. Le sentiment général à l’’issue du sommet était embarrassé. On constate des conclusions brèves – trois pages – avec des engagements d’ordre général et sans calendrier détaillé. L’UE fournira bien les 3 Md€ d’euros par an d’aide financière qu’exige la Turquie pour s’occuper des réfugiés syriens hébergés sur son sol, mais l’argent sera déboursé avec discrétion, en fonction des projets d’aide proposés par Ankara à Bruxelles. On ne sait pas encore aujourd’hui d’où proviendront les fonds ! Seulement 500 millions seront mis à disposition rapidement.

L’UE veut à la fois que la Turquie garde les réfugiés, que les contrôles vers la Grèce soient stricts et efficaces, et qu’elle d’intensifie sa lutte contre le passage de combattants européens en territoire syrien. La mise en place dans son ensemble de l’accord de part et d’autre n’est pas pour demain !

Sommet de Bruxelles du 29/11 - source : La Dépêche


Or cette réunion au sommet UE-Turquie a surtout discuté de l’adhésion de la Turquie dans l’Union européenne sur fond de conflit en Syrie avec Daesh. C’est ce qu’il ressort de l’intervention d’Ahmet Davutoglu, premier ministre turc. Il qualifie cette rencontre de « jour historique » pour la relance du processus. Concernant les migrants et réfugiés, les avancées ont été pratiquement inexistantes en référence aux attentes du Conseil européen du 15 octobre dernier. A entendre les commentateurs, près de certains « exécutifs », l’entrée de la Turquie dans l’UE, si elle avait lieu, pourrait prendre encore de longues années. N’oublions pas qu’en ce moment la Commission se préoccupe de l’entrée du Monténégro avant celle de la Serbie…

Quant au processus d’adhésion à l’UE, qui peut le croire ? Même le président Erdogan a laissé entendre qu’il n’y était pas favorable dans l’immédiat. On croît rêver ! Mais ce montage n’arrange-t-il pas d’abord Madame Merkel ?

Jacques Martineau

Cet article a été publié dans Economie Matin du 09/12


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L’Union européenne et la zone euro

L’UE et l’espace Schengen sont dépassés…

C’est d’un conflit mondial dont il s’agit !


Les chiffres concernant les prévisions de migration vers l’UE sont discutables, mais l’élan a été enclenché. Il est et sera très important. L’arrivée croissante de migrants et de réfugiés ne va faire que révéler l’incapacité européenne à s’accorder sur le fond. Le problème ne sera pas que passager. L’incohérence dans l’UE est généralisée. Les accords bilatéraux de façade entre la France et l’Allemagne resteront insuffisants. Les autres partenaires européens restent discrets…

Repenser l’Union et les accords de Schengen : une priorité

Déjà un simple rappel : qu’est-ce que l’espace Schengen ? L’UE comprend 28 pays dont 18 sont dans la zone euro, 22 dans l’espace Schengen, 2 bénéficiant d’un « opt-out » (Royaume-Uni, Irlande), 4 en attente (Roumanie, Bulgarie, Chypre, Croatie) et enfin 4 admis dans l’espace Schengen (Islande, Lichtenstein, Norvège et Suisse), mais hors UE.

Source : © Club Espace 21


Frontex a enregistré 710.000 arrivées en Europe, fin septembre depuis le début de l’année. A terme, les mouvements à l’intérieur de l’espace Schengen vont compliquer l’image de ces migrations, « réfugiés » ou non. Pour l’ensemble des citoyens européens, c’est un flou généralisé qui inspire la méfiance. Quant aux chiffres réels, nombre et coûts, à ce jour, nul n’est en mesure de le dire. Ils seront bien entendu, beaucoup plus élevés.

Si l’accueil de « migrants », qualifiés de « réfugiés », qui, sur le plan humain, est reconnu en majorité comme un devoir, le doute s’installe sur les suites à donner et les conséquences sur place. Les économies et les majorités politiques des pays sont des éléments générateurs de divisions qui provoqueront des fractures fondamentales. L’Allemagne, débordée dans sa générosité non contenue, et voulue exemplaire, s’en prend dès les premiers jours à parler d’échec de l’UE dans les frontières de l’espace Schengen en Italie et en Grèce ! Une réunion informelle des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE a confirmé la règle des « quotas » dans le cadre du règlement de Dublin et des acquis de Schengen. Si la surveillance renforcée des frontières de l’UE comme la mise en place progressive de centres d’accueils pour les réfugiés en Grèce, en Italie et en Hongrie, ont retenu l’attention, de nombreux pays, surtout parmi les anciens pays de l’Est, sont en retrait. Ces désaccords feront l’objet de discussions lors d’un prochain Conseil européen. Dans tous les cas l’UE est divisée. La chancelière Angela Merkel et le président François Hollande ont tenté de rassurer devant le Parlement européen. Cela n’a pas été convaincant, d’autant que les Allemands sont de plus en plus réticents désormais face aux réalités sur le terrain.

Source : franceinfo.fr


Les premiers obstacles vont très vite apparaître sur la « libre » circulation des « réfugiés », dès lors que ceux-ci auront obtenu officiellement leur statut dans un des pays de l’UE. Pourront-ils se déplacer dans l’espace Schengen comme les autres citoyens européens ? Pourront-ils travailler dans tous les pays de l’UE et de la zone euro ? Les politiques de regroupement familial vont-elles se généraliser ? Jusqu’à quel niveau ?

Il est temps de s’attaquer aux origines des causes de ces migrations

Qu’il s’agisse d’immigration, d’exil, voire d’exode, les données du HCR estiment aujourd’hui à plus de 40 millions le nombre de personnes sur les routes dans le monde. Le HCR n’est plus à la hauteur de traiter seul ces problèmes. Si de nombreux « exilés » sont concernés par des crises politiques, des conflits armés, des guerres, d’autres fuient leur pays et leur zone de vie après de longues périodes de sécheresse ou des catastrophes naturelles.

Source : afrique360.com


La majorité de ces populations « déplacées », en « exil » ou en « exode », préfèrerait peut-être rester ou retourner dans leurs pays d’origine. Pour aller dans leur sens faudrait-il encore vouloir s’attaquer à l’origine des causes qui provoquent ces maux ? Il faut savoir que si les mêmes causes produisent les mêmes effets, les raisons de ces causes ont des origines différentes et leurs effets des conséquences multiples.

ONU : des allocutions qui confirment les positions en Syrie

Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre dernier, les principaux dirigeants mondiaux ont eu l’occasion de s’exprimer à propos de la crise en Syrie et en Irak. La France n’a pas changé de position. François Hollande continue de considérer que toute solution politique doit écarter le dirigeant syrien Bachar al Assad. Le président iranien Hassan Rohani a appelé à la constitution d’un « front uni » contre l’extrémisme. De son côté, Vladimir Poutine propose d’associer la Russie à une large coalition antiterroriste internationale, considérant que le terrorisme dépasse l’Islam. La Chine avec son président Xi Jinping voit la résolution des conflits par le dialogue et la négociation. Enfin, Barak Obama affirme que « les Etats-Unis sont prêts à travailler avec toutes les nations, y compris l’Iran et la Russie, pour résoudre le conflit en Syrie », précisant qu’il réclame le départ du dirigeant syrien comme préalable à toute coopération. En coulisses, Angela Merkel laisse entendre qu’elle est prête à ne pas mettre le départ de Bachar El Assad dans la balance…

Source : Nouvel Obs


Négocier une stratégie avant d’agir sur le terrain… C’est trop tard !

Pour le conflit actuel en Syrie et en Irak, il faudrait monter à Genève une conférence internationale, en liaison avec l’ONU et le Conseil de sécurité. Cela nécessiterait la mobilisation de l’ensemble de tous les pays limitrophes (Jordanie, Liban, Israël, Turquie), et des acteurs de la région (Syrie, Irak, Iran, Egypte, Lybie, sans oublier les Kurdes), des pays du Golfe (Qatar, Arabie Saoudite, Emirats), des grandes puissances (Etats-Unis, Russie) et des représentants de l’Union européenne (France et Royaume-Uni en tête). Ce rassemblement permettrait d’entamer des négociations pour définir d’abord et avant tout une stratégie de fin de conflit, avant d’intervenir ensemble sur le terrain pour réduire Daesh et les autres organisations…

C’est en fait l’inverse qui s’est produit. La France, pour faire partie à part entière de la coalition, frappe désormais Daesh en Syrie (officiellement 2 fois en un mois !). Devant une forte inertie occidentale, compte-tenu des positions divergentes par rapport à Damas, les Russes ont décidé de prendre eux-mêmes l’initiative d’intervenir sur le terrain. En liaison avec les forces syriennes et l’Iran, leurs forces aériennes et mobiles interviennent contre Daesh et les « poches rebelles » locales, toutes origines confondues, jetant le trouble dans l’appréhension de sortie de crise à Washington et à Paris…

Source : Le Parisien


La Syrie et l’Irak ne sont pas les seuls sous tension dans la région. La situation entre Palestiniens et Israéliens à Jérusalem et dans la Bande de Gaza témoigne de la tension. Le violent attentat récent non revendiqué à Ankara inquiète. La position de la Turquie dans ce conflit n’est pas nette et son combat contre le PKK plus que confus dans un contexte électoral. Quant aux nombreux attentats en Afrique, cela fait partie des faits divers.

Par principe avant d’agir sur place au bénéfice des pays en difficulté et sur les différents théâtres d’opération, il est temps d’adopter urgence des stratégies adaptées, accompagnées d’engagements fermes avec, à chaque fois, un « morceau choisi » d’alliés reconnus.

Ce n’est pas demain la veille que cela se mettra en place, et pourtant c’est bien d’une crise mondiale en progression dont il s’agit…

Jacques Martineau


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L’Union européenne et la zone euro

Un regard prévisible sur une Chine perturbée et perturbante…

Le besoin d’un retour à l’économie réelle


La Chine, considérée comme un moteur de l’économie mondiale, se retrouve au pied du mur des marchés internationaux. Depuis près d’un mois, une véritable crise financière occupe l’actualité, sans parler de la catastrophe chimique à Tianjin... La débâcle boursière de la Chine perturbe les marchés mondiaux après une progression excessive et artificielle de plus de 150% sur un an à la bourse de Shanghai ! L’Etat chinois est en difficulté. Les dévaluations successives et la baisse des taux d’emprunts ne suffisent pas à calmer le jeu.

Une prévision de croissance réelle en forte baisse

La banque centrale chinoise n’avait pas cessé d’inonder les places financières et les banques de liquidités encourageant les placements en tous genres. La bourse de Shanghai a dégringolé. Les « petits » porteurs s’affolent. La bourse n’est pas un jeu. Beaucoup le découvrent. Si cette correction était prévisible, elle dérange. Le gouvernement chinois vit l’éclatement de sa « première » crise financière.

Source : Slate.fr


La prévision de croissance annuelle pour 2015 aujourd’hui de 6,8%, n’est plus crédible. Certains experts parlent d’une croissance réelle à venir autour de 3,5%. Une classe moyenne de 250 millions de personnes avec des salaires plus élevés ce qui rend les productions moins compétitives. La Chine délocalise pour trouver des coûts de main d’œuvre plus faibles. Son économie se ralentissant, ses demandes en matières premières diminuent fortement entraînant une chute des cours en moyenne de l’ordre de 33%. Le prix du baril de pétrole est au plus bas à 44 $ US.

Source : LCI


Les conséquences vers les pays émergents sont évidentes. Le Brésil, la Russie et l’Afrique du Sud sont déjà en difficulté en début de récession, pour certains. Ils vont le ressentir encore plus. Seule l’Inde prétend pouvoir éventuellement en tirer profit, grâce aux faibles coûts des matières premières dont ellle a un grand besoin. Si les BRICS sont en danger, l’économie mondiale va en souffrir. Dans l’immédiat, ce sont les acteurs du marché asiatique et pacifique qui sont aussi perturbés. La Corée du Sud, le Japon, la Malaisie et l’Indonésie ne sont pas à l’abri de cet ensemble de secousses pour ne citer qu’eux. L’UE et la zone euro ne doivent pas oublier que cette situation économique délicate, accompagnée des mesures protectionnistes directes et indirectes, sera un lourd handicap pour l’exportation.

Une situation perturbée qui ne sera pas sans conséquences

Dans les chiffres à garder présents à l’esprit : la consommation en Chine a baissé. Les exportations ont diminué de 8,3%, tandis que les importations ont baissé de 8,1% quant à l’investissement immobilier, il a lui même ralenti de 10%. Près d’un logement sur cinq est inoccupé. C’est la concrétisation de la fin de l’hyper-croissance et le retour à l’économie réelle.

Source : french-daily.com


Cette baisse des importations chinoises affectera les marchés mondiaux et européens. Prenons l’exemple de l’Allemagne dont la richesse est basée d’abord sur son exportation. La Chine est un client important avec un chiffre d’affaires de plus de 74 Md€ par an. Une baisse sensible affectera sa balance commerciale. La France pour sa part fait un chiffre d‘affaires à l’export de 16 Md€ surtout dans les hautes technologies, l’industrie automobile et les produits de luxe. Tous ces secteurs seront probablement touchées. Le pouvoir d’achat du consommateur sera impacté. Cette rupture prévisible de ce que l’on peut appeler une « bulle financière » à caractère économique peut devenir perturbante. Le gouvernement chinois veut anticiper la remontée des taux d’intérêt.

Comment imaginer la suite ?

La volatilité des marchés va se poursuivre comme l’ont confirmé les experts de Goldmann Sachs, le rappelle Paolo Garoscio. Mais au delà, les bourses seront sensées retrouver une stabilité à terme, alors comment réagiront les Etats-Unis ? L’UE et la zone euro, si l’Union dans ce secteur a encore un sens ? L’euro qui retourne à la hausse par rapport au dollar US ? Sans parler des milieux financiers, en matière d’investissements et de placements ? Et pour leur part que diront les organismes de tutelle, les banques centrales, la FED, la BCE, le FMI, la BM, l’OMC, etc. ? Sans parler du TTIP (TAFTA) !

N’oublions pas que depuis 2011, les politiques des banques centrales ont inondé le marché de liquidités, la Chine a suivi. Quels seront les moyens à disposition des politiques et des banques centrales pour anticiper une crise financière mondiale, toujours trop éloignée de l’économie réelle ?

Jacques Martineau


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L’Union européenne et la zone euro

Un traité transatlantique entre l’UE et les Etats-Unis…

Mais au fait de quoi s’agit-il ?


Qui, en tant que citoyen français, est aujourd’hui en mesure de dire ce que signifie TTIP (ex TAFTA) ? Très probablement très peu d’entre nous le savent. Quand bien même, nous finirions par faire un rapprochement entre ces sigles et le futur traité de Partenariat Atlantique de Commerce et d’Investissement que l’UE négocie avec les Etats-Unis, ce serait une performance ! Pour les « puristes », autant l’appeler par son nom : Transatlantic Trade and Investment Partnership (ex Trans-Atlantic Free Trade Agreement).

A ce propos, quelques éléments de base…

Dans les faits, la Commission européenne est en train de négocier le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (le TTIP, ancien TAFTA) avec les États-Unis. En novembre 2014, Bruxelles a rendu public le mandat des négociations, officiellement lancées en juillet 2013 !

Source :Room for discussion


Ce mandat tourne autour de 3 objectifs : l’un destiné à « accroître le commerce (biens et services) et les investissements entre l’UE et les États-Unis, en supprimant les droits de douane et en rapprochant les réglementations » ; l’autre pour « développer l’accès mutuel aux marchés publics, à tous les niveaux administratifs » ; et le dernier, pour « préserver la diversité culturelle et linguistique de l’UE, permettant à l’UE et à ses États membres de conserver les mesures visant à soutenir le secteur culturel. »

La Commission s’engage à proposer un TTIP « complet » et « ambitieux » stimulant commerce, croissance et création d’emplois aussi bien en Europe et aux Etats-Unis. Un accord final sur le TTIP pourrait se composer des trois piliers suivants : l’accès au marché, la convergence réglementaire et les règles.

Les négociateurs exclusifs sont d’une part, pour les Etats-Unis, l’américain Dan Mullaney, d’autre part, pour la Commission européenne, l’espagnol Ignacio Garcia Bercero. Tous deux sont de « chauds » partisans d’un néolibéralisme poussé. Depuis le début des négociations, les travaux ont un caractère confidentiel que d’aucuns dans la presse qualifient de secret.

Les négociations (9ème round en cours) sont très critiquées

Le 9ème round des négociations EU-USA a eu lieu à New-York fin avril. L’objectif des négociateurs est de proposer un projet à l’automne. Mais comme cela a été souligné à plusieurs reprises, deux grands obstacles se font jour en permanence. Tout d’abord, parmi les points sensibles il faut craindre « le risque d’affaiblissement des normes européennes (environnementales, sanitaires, phytosanitaires, de protection des marques et brevets, de protection des données personnelles, etc.) » Par ailleurs, une objection se fait jour en termes de « recours à des arbitrages privés (création de tribunaux de commerce privés) pour régler les différends entre les investisseurs et un État. » Ce dernier point est contesté à la fois « dans sa mise en oeuvre (risque de coûts élevés pour les États) et dans ses implications politiques (remise en cause de la capacité à légiférer des États). »

Source : ilovewindsor.co


Les critiques sont nombreuses et les arguments ne manquent pas. La presse britannique, au travers du Guardian, dénonce des accords sur l’utilisation de pesticides obtenus sous la pression des américains depuis 2013 et dont on apprend par hasard en 2015 l’existence. La non-communication et le secret des négociations sont parmi les plus grands reproches. Les technocrates de Bruxelles sont plus sensibles aux lobbyistes des multinationales qu’à la réalité des gouvernements européens. Egalement parmi les critiques, sont dénoncés les multiples avantages donnés aux investissements dans l’UE, toujours à l’avantage des grandes sociétés.

L’adoption du TTIP est-elle à l’ordre du jour en 2015 ? Où en est-on ?

Bien que la chancelière allemande, Angela Merkel presse le pas auprès de la Commission de Bruxelles, pour une adoption du traité en 2015, la commissaire européenne Cecilia Malmström commence à sentir la montée des contestations citoyennes dans différents pays. C’est pourquoi, afin de revoir pour la nième fois sa « copie », la signature du projet d’accord n’est pas prévu pour cette année. La Commission envisage d’abord la possibilité de « couper l’ensemble » en plusieurs morceaux et d’inclure déjà des « clauses de renégociation » suivant les secteurs.

Source : Challenges


Le Parlement européen va être amené à voter du 8 au 11 juin en session plénière le rapport sur les recommandations du Parlement à l’intention de la Commission sur les négociations. Entre le 13 et le 17 juillet aura lieu à Bruxelles le 10ème round des négociations.

A l’issue des négociations, le traité de partenariat transatlantique devra être entériné par le Conseil de l’Union européenne. Celui-ci pourra conclure l’accord définitif, mais seulement à la condition que le texte soit approuvé par le Parlement européen et ensuite ratifié par les parlements des Etats membres.

JM


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L’Union européenne et la zone euro

A la recherche d’une gouvernance mondiale ?

Un nouveau Bretton Woods n’est pas pour demain…


Que de nouveaux paramètres à gérer ! Devant un endettement colossal des principaux pays de l’OCDE, la baisse des prix du pétrole, la chute de l’euro face au dollar et les faibles taux d’intérêt se propagent dans des environnements disparates qui dépendent de contextes politiques et de situations financières, économiques et sociales différentes, propres à chacun d’entre eux.

Avec un taux de croissance mondial, révisé à la baisse, le FMI se cherche, hésitant dans ses prévisions, ses recommandations et ses attitudes à tenir. Le FMI a compris que c’est le retour à l’activité à l’échelle mondiale et en particulier en Europe qui permettra de sortir de cette crise. Il hésite encore. L’Europe et surtout la zone euro sont quasi-atones, sous couvert d’une reprise annoncée timide pour 2015, plus consolidée pour 2016.

Les pays émergents de la BRICS, Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud ne sont pas non plus au mieux pour des raisons différentes. Mais le contexte n’est pas favorable, même si les pays du Golfe continuent à s’afficher. Si les Etats-Unis tirent leur épingle du jeu, leur progrès n’a de sens et ne sera pérenne que dans la mesure où leurs interlocuteurs sont eux aussi en « bonne santé ».

Au delà de l’aspect économique et financier qui concerne l’ensemble des pays développés et émergents de la planète, les multiples conflits armés et la « guerre déclarée » au terrorisme compliquent l’approche du problème. D’autres priorités se font jour.

Une multitude d’organisations mondiales interconnectées

Les « grandes puissances » dans le cadre de l’ONU, du G7, G8 ou G20 tentent de progresser sur le sujet, tout en privilégiant pour « les plus forts » leurs avantages. De nombreuses institutions, dépendantes ou non de l’ONU, comme des organisations intergouvernementales à vocation planétaire complètent la panoplie. Elles couvrent l’ensemble des champs d’activité dans le monde politique, financier, économique, social, culturel ou humain.

Source : Club Espace 21



Les institutions officielles, mondiales et européennes, leurs sous-ensembles et leurs dérivations tentaculaires ne cessent de croître tant par leur nombre que par leur taille. L’interférence est généralisée. Plus personne n’est en mesure de savoir qui fait quoi, qui est responsable de quoi et qui finance quoi ? Des kyrielles de dirigeants, de hauts fonctionnaires, de responsables, d’experts en tout et de personnel de soutien, opèrent dans des multitudes de structures figées qui se veulent aussi importantes les unes que les autres.

Au cours du temps et des circonstances, tous ces acteurs ont été choisis par leur pays ou l’institution pour être là. Ils ont été nommés, placés ou déplacés. Certains sont reconnus par leurs pairs pour leur compétence et leur expérience, d’autres appartiennent à une catégorie identifiée, celles des pistonnés. Qu’ils soient actifs ou mis au placard, utiles ou non, ils participent au système. Par manque de réactivité contrôlée, de cohérence et de dynamique prévisionnelle, caractéristiques de tout ensemble vivant, tous ces acteurs, affublés de leurs compétences par attribution, ne font que rajouter à la lourdeur, à l’opacité et à la complexité de cet ensemble de systèmes interconnectés.

Un nouveau Bretton Woods n’est pas pour demain…

Rappelons que les accords de Bretton Woods sont des accords économiques qui ont permis de décrire les grandes lignes du système financier international en 1944, destiné à la mise en place d’une organisation monétaire mondiale pour favoriser la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la guerre. Ils ont rassemblé 730 délégués représentant 44 nations alliées. C’est la proposition américaine qui l’emporte, organisant le système monétaire mondial autour du dollar américain, avec un rattachement nominal à l’or.

FMI - source : Reuters



En 2015, plus de 70 ans après ces accords, comment remettre le système à plat, lui-même ayant été modifié à plusieurs reprises. On comprend mieux pourquoi la route est encore très longue pour parvenir à l’esquisse de ce que chacun qualifie et appelle de ses propres vœux : une gouvernance mondiale. Depuis des années, Jacques Attali se fait l’avocat de cette thèse. Comme un véritable credo, il insiste avec conviction sur l’absolue nécessité de sa mise en place à l’échelle planétaire. L’époque du chacun pour soi, avec un appétit glouton, dans lequel l’autre est ignoré, doit s’achever. Rêve ou utopie ? Il est conscient que la composante temps est déterminante et qu’elle ne joue pas à ce jour en notre faveur.

Autre intervenant, reconnu et apprécié au plan mondial, véritable poids lourd, le Prix Nobel d’économie, l’Américain Joseph E. Stiglitz, n’est pas tendre non plus dans son appréciation. Depuis plus de dix ans, il s’acharne à convaincre que l’Occident fait fausse route. Joseph E. Stiglitz parle d’une société nouvelle, de vivre avec ses moyens, de partage, d’humain et de collectif. Il dérange. Il est précis. Il est clair. Mais il demeure sans grande illusion sur l’inertie du système. Ces mises en garde ne sont pas les seules.

Des dizaines de livres et d’interventions, quelles que soient la qualité et la notoriété de leurs auteurs, interpellent sans pour autant parvenir à convaincre ces multiples oligarchies politiques et financières. Aucun n’est en mesure de fixer d’échéance pour le début du moindre changement. Pessimisme et réalisme ne sont pas du tout incompatibles. Ce n’est pas une raison pour renoncer à réaffirmer ce besoin indispensable de gouvernance mondiale.

Les dirigeants sont trop préoccupés par leur quotidien et leur devenir politique. Pavées de bonnes intentions, leurs promesses restent en général sans effet. C’est mou et indécis. Pourquoi un second Bretton Wood ne serait-il pas possible pour mettre en place une organisation monétaire mondiale, favorisant la résorption de dette et le retour de la croissance économique dans l’ensemble des pays touchés par la guerre des marchés financiers ? Faudrait-il encore le vouloir vraiment ? L’Union européenne n’est pas prête à cette remise en cause. Beaucoup trop divisée, pas suffisamment solidaire, elle se cherche elle-même et n’est pas encore parvenue à un tel niveau de réflexion.

JM


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L’Union européenne et la zone euro

UE : des enjeux et des défis à relever…

Une Union confuse sans gouvernance !


La crise économique et les évènements récents, en particulier en France, ont révélé les faiblesses d’un système européen confus qui n’a pas su faire face à ces défis. L’Union européenne n’est pas aujourd’hui en mesure de répondre à ses propres enjeux. La notion d’objectif n’aurait-elle plus de sens ou n’en a-t-elle jamais eu ?

La situation économique de l’Union européenne et surtout de la zone euro est plus qu’inquiétante. Les effets comparatifs plutôt que de stimuler les gouvernements mis en cause les humilient. On constate une très faible inflation, des débuts de déflation et une croissance en général atone avec des récessions locales. Les quelques indices positifs, perçus pour le début de 2015, sont dus avant tout à la baisse du prix du pétrole, en dessous des 50 $ le baril, à la remontée du dollar US par rapport à l’euro, autour de 1,10 $ pour 1,00 €, et à des taux d’emprunts très bas pour ne pas dire parfois négatifs en ne citant que ces facteurs. L’UE n’y est pour rien. Qui saura en profiter ?

La BCE propose de racheter des actifs souverains

Le 22 janvier dernier, Mario Draghi a annoncé, avec détermination et courage, le rachat par la BCE de titres souverains pour un montant supérieur à 1100 Md€ entre mars 2015 et septembre 2016. Il a été majoritairement apprécié. A peine votée, la décision était déjà mise en cause par l’impénétrable ministre des finances allemand. A raison de 50 à 60 Md€ de rachats par mois, la BCE entre dans la logique de l’assouplissement quantitatif (QE ; quantitative easing). Le taux des prêts à long terme serait de 0,05% contre 0,15% jusqu’à présent. C’est un moyen présumé pour éviter la déflation en tentant de relancer l’inflation. Un enjeu difficile à relever sans prise en mains et réformes structurelles, car le rachat de dettes ne signifie pas pour autant un laisser aller pour les Etats membres. Encore faut-il aussi attendre la reprise du crédit et la volonté d’investir pour les entreprises et les particuliers. Au moment où la Grèce se prononce, c’est une bouffée d’oxygène qu’il appartient d’exploiter avec intelligence, à condition de savoir choisir une stratégie gagnante.

Source : Pedro Armestre AFP




Les Etats-Unis, toujours « maîtres du jeu » ont montré le chemin, la croissance est de retour, avec un emploi qui se reconstruit. Le Japon est toujours en difficulté parce qu’il avait trop tardé à injecter des centaines de milliards de yens. Hors zone euro, le Royaume-Uni fait illusion. Certes, il y a du mieux grâce à des réductions significatives des dépenses publiques, mais aussi après 2 dévaluations de la livre sterling. Néanmoins la dette est encore importante et le déficit élevé. Si le chômage est statistiquement en baisse, les contrats « zéro heure » ne signifient pas pour autant que les Britanniques ont retrouvé du travail. Mais là, c’est encore un autre débat…

L’UE et la zone euro ne sont pas exempts de besoins de réforme

« Relance de l’activité » ou « austérité et rigueur » sont deux points de vue économiques antinomiques. La BCE interfère, jouant un rôle de catalyseur. Un besoin de « croissance » et une obsession « comptable » s’affrontent dans un milieu européen hétérogène où « comparaison n’est pas raison ». Sachant que les dirigeants allemands usent de leur « veto » d’influence, il est temps de parvenir à des accords sur le fond. L’UE et la zone euro ont des intérêts et des contraintes différentes. Le Royaume-Uni en est un bel exemple que d’aucuns ne manquent pas de mettre en avant. Aujourd’hui, la Belgique, la France et l’Italie sont montrées du doigt par la Commission, sans parler de l’Espagne, du Portugal et des autres. Quant à la Grèce, les citoyens se sont prononcés le 25 janvier en refusant l’austérité avec Syriza. Une renégociation intelligente de la dette paraît indispensable.

Source : Le Parisien




A la « troïka », Commission de Bruxelles, FMI et BCE de revoir aussi leur « copie » pour permettre à la Grèce de pouvoir faire ses réformes tout en relançant son activité avant de s’organiser pour avoir les moyens de rembourser dignement sa dette. Une approche systémique et globale, incluant l’ensemble de la dette européenne, traitée au cas par cas, serait de fait le meilleur moyen pour relancer l’activité. L’Allemagne ne peut que se tenir en retrait en acceptant un autre regard. N’oublions pas qu’elle a bénéficié à nouveau en 1990 d’un moratoire conséquent au moment de la chute du mur de Berlin et à l’occasion de la réunification avant la signature du traité de Maastricht.

Optimisation, évasion, fraude fiscale et dumping fiscal perturbent l’équilibre financier européen. Y contribuent entre autres, le Luxembourg (LuxLeaks), la City of London et ses annexes, la Suisse, les Iles anglo-normandes, l’Irlande, la Belgique, les Iles Caïman, Monaco et… la France (peut-être). Les conséquences de cette forme de dumping fiscal, toléré voire même encouragé, sont importantes pour la concurrence. Ce déséquilibre, entretenu par le lobbying des grandes banques et des grands groupes multinationaux, est révélateur d’une Union européenne sans gouvernance ! C’est pourquoi, revoir la fiscalisation et assurer le contrôle au niveau européen est indispensable. Le FATCA (loi américaine) cela existe, mais il n’y a rien d’équivalent en Europe ! Au travail, « Monsieur Juncker » !

Un dumping social d’exception, lié aux travailleurs détachés, est aussi entretenu par la Commission et soutenu par le gouvernement allemand. Un besoin d’inventaire et une remise à plat complète s’imposent. Des concurrences déloyales se développent. La France doit exiger la réécriture de la directive européenne sur les travailleurs détachés. La concurrence sociale en Europe n’est pas réglée. Le problème reste entier. C’est le préalable à la construction d’une nouvelle Europe. Mais on en est loin. Si l’Allemagne apparaît aux yeux de certains comme le « modèle référent », faut-il encore savoir de quoi on parle. Le dumping social est là un sérieux avantage, bien exploité, d’autant que le Smic n’est encore qu’une notion élémentaire qui va avoir bien du mal à se développer outre-Rhin…

Il faut repenser l’Europe autrement…

L’UE devrait être une zone de libre échange, protégée du dumping économique, fiscal et social, avec le soutien d’une BCE indépendante. Sous son contrôle, Il faudrait mettre en place une Union bancaire européenne en encourageant l’investissement productif comme la recherche, le développement et l’innovation dans les domaines à forte valeur ajoutée. La Commission se devrait de favoriser des champs d’activités, à caractère transversal et multipolaire, en se limitant sur le plan opérationnel à la mise en place et au suivi de très grands projets entre quelques partenaires concernés ou à l’échelle de l’ensemble de l’Union. Pour les produits importés hors UE, un protectionnisme intelligent, partiel, choisi et temporaire, avec un principe de réciprocité pourrait voir le jour…

Source : Wikipédia




L’espace Schengen concerne 22 Etats sur 28 de l’UE et 4 hors de l’UE, l’Islande, le Lichtenstein, la Norvège et la Suisse. L’Irlande et le Royaume-Uni sont en dehors pour ne citer qu’eux. Cet espace englobe plus de 400 millions d’habitants qui bénéficient de liberté de circulation, de sécurité et de justice. L’espace Schengen a des frontières physiques territoriales, très perméables. On a tendance à l’oublier. L’immigration dans l’UE est en forte croissance. Le nombre de réfugiés, ressortissants du Moyen-Orient et d’Afrique, est très élevé. La plupart seront à terme des clandestins. Plus de 150.000 sont arrivés par l’Italie. La Grèce et l’Espagne sont les autres points d’entrée connus.

Plus de 3000 disparus en méditerranée en 2015 sans parler des 750 abandonnés le 31 décembre et de plus de 450 le 1er janvier au large de l’Italie ! C’est alors que les limites du système s’avèrent évidentes. Si l’agence Frontex est en charge de la gestion opérationnelle aux frontières, elle travaille en coopération avec tous les organismes de sécurité, de police, de douanes et de santé des Etats. Le budget de Frontex était de 85 millions d’euros en 2013 ! Il est insuffisant et il est encore en baisse. Mais surtout, l’UE n’a aucune politique commune en matière d’immigration. Les économies et les démographies des pays sont souvent antinomiques…

Affirmer volonté et détermination pour une véritable gouvernance

Dans un système confus, il faut affirmer volonté et détermination dans la continuité de sa position. Le compromis permanent actuel, « synonyme d’immobilisme », n’est pas la solution. Les récents attentats en France, la multiplication des menaces, en Belgique et en Allemagne, les revendications de massacres en Afrique au Moyen et au Proche-Orient soulignent les faiblesses dans des secteurs, comme la défense, (avec l’OTAN qui vient d’être touchée par un terrible accident meurtrier au sud de Madrid), la sécurité et le renseignement, la lutte anti-terroriste, etc.

Pourtant la France ne peut pas vivre sans l’Europe, ni l’Europe sans la France. L’Allemagne se trouve dans la même situation. Mais l’Europe n’est pas destinée à se développer sous l’hégémonie d’un État ou d’un duo dont les caractéristiques au-delà de l’économique sont antinomiques. La notion de gouvernance européenne passe par un autre concept que celui de la simple « loi du plus fort » ou du « chacun pour soi ». 28 Etats inhomogènes dans la même « division », avec les même droits, les mêmes contraintes et une monnaie unique optionnelle sans gouvernance, c’est un non sens. Il faut repenser l’Europe autrement. Le problème est posé depuis longtemps, mais reste sans réponse. Il importe de se réveiller Le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour les deux prochaines années.

L’absence de réponse concrète, obstacle au progrès favorise l’euroscepticisme qui se développe à grands pas dans les opinions publiques. L’Europe des handicaps se doit d’être repensée. C’est ce qu’affirme Joseph E. Stiglitz dans un de ses articles parus dans les Echos du 22 janvier dernier : « l’Europe doit absolument reprendre ses esprits. »

J.M.


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L’Union européenne et la zone euro

L’Europe doit absolument reprendre ses esprits

Le problème ce n’est pas la Grèce, c’est l’Europe !


Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie et professeur à l’université Columbia à New York, s’est exprimé dans la presse française sur la situation en Europe. Nous avons jugé utile de le mettre à nouveau à la "Une".

L’économie américaine montre enfin des signes de redémarrage. Mais celui-ci n’est pas franc ; au mieux, le fossé entre l’état actuel de l’économie et ce qu’il aurait été sans la crise ne se creuse plus. S’il diminue, c’est très lentement et les dommages engendrés sont là pour longtemps.

Cela aurait pu être pire. On le voit en Europe, où la reprise est beaucoup plus incertaine : le fossé entre l’état actuel de l’Europe et ce qu’il aurait été en l’absence de crise continue de se creuser. Dans la plupart des pays de l’Union européenne, le PIB par habitant est inférieur à ce qu’il était avant la crise. La demi-décennie perdue se transforme sous nos yeux en une décennie entière. Derrière le froid des statistiques, des vies humaines sont brisées, des rêves sont étouffés et des familles éclatent (ou ne se forment pas) en raison de la stagnation qui se prolonge (voire de la dépression dans certains pays).

Source : World economic forum



L’UE n’est pas en manque d’individus qualifiés et talentueux. Les pays membres disposent d’un cadre juridique solide et de sociétés fonctionnelles. Avant la crise, l’économie de nombre d’entre eux était relativement florissante. La productivité ou le taux de croissance de certains d’entre eux était parmi les plus élevés de la planète.

Mais l’Europe n’est pas une victime. Elle s’est auto-infligée son mal-être par une succession sans précédent de mauvaises décisions économiques - à commencer par la création de l’euro. Destiné à unir l’Europe, l’euro l’a finalement divisée. Et en l’absence de volonté politique de créer les institutions nécessaires à une monnaie unique, les dommages ne vont pas disparaître.

Le désordre actuel tient en partie à la croyance discréditée de longue date selon laquelle les marchés fonctionnent parfaitement et ne sont pas affectés par les imperfections de l’information et de la concurrence. L’orgueil démesuré joue aussi un rôle. Sinon comment expliquer que les prévisions des dirigeants européens quant aux résultats de leur politique soient régulièrement démenties par les faits année après année ?

Source : Les Echos



Ces prévisions sont erronées non parce que les pays de l’UE n’appliquent pas la politique prescrite, mais parce que les modèles sur lesquels elle repose sont viciés. En Grèce, par exemple, les mesures destinées à alléger le fardeau de la dette ont en réalité alourdi cette dernière : le ratio dette/PIB est plus élevé qu’en 2010 en raison des conséquences néfastes de l’austérité budgétaire sur la production. Au moins le Fonds monétaire internationale reconnaît-il ses échecs, qu’ils soient intellectuels ou politiques.

Les dirigeants européens restent convaincus qu’ils doivent donner la priorité aux réformes structurelles. Or les problèmes qu’ils mettent maintenant en avant étaient apparents bien avant la crise et pour autant ils n’ont alors pas mis un coup d’arrêt à la croissance. Plutôt que de réformes structurelles internes dans chacun de ses pays membres, l’UE a besoin de modifier la structure même de la zone euro et d’inverser la politique d’austérité qui a échoué à réamorcer la croissance. Ceux qui pensaient que l’euro ne survivrait pas se sont trompés. Mais les critiques ont eu raison sur un point : relancer l’économie européenne exige de réformer la zone euro et d’abandonner l’austérité.

Le drame de l’Europe est loin d’être terminé. La vitalité de ses démocraties constitue l’une de ses forces. Mais, notamment dans les pays en crise, l’euro empêche les citoyens d’avoir leur mot à dire sur l’avenir de l’économie. Les électeurs mécontents de la direction prise par l’économie chassent les gouvernements en place - pour les remplacer par d’autres qui suivent la même politique dictée par Bruxelles, Francfort et Berlin.

Cela va-t-il durer encore longtemps ? Comment les électeurs vont-ils réagir ? Nous voyons à travers l’UE la montée inquiétante des partis nationalistes extrémistes qui s’opposent aux valeurs des Lumières qui ont fait la grandeur de l’Europe. Dans certains pays, les mouvements séparatistes gagnent du terrain.

Source : L’Express



La Grèce constitue maintenant un nouveau test pour l’Europe. La baisse du PIB grec depuis 2010 est bien pire que celle à laquelle ont été confrontés les Américains durant la Grande Dépression des années 1930. Le chômage des jeunes dépasse 50 %, le gouvernement du Premier ministre, Antonis Samaras, a échoué. Le Parlement n’ayant pas réussi à choisir un nouveau président pour la Grèce, des élections législatives anticipées auront lieu le 25 janvier.

Les sondages donnent en tête le parti d’opposition de gauche Syriza, qui s’est engagé à renégocier les conditions de l’aide de l’Union européenne à la Grèce. Si ce parti arrive en tête sans parvenir au pouvoir, cela tiendra sans doute à la crainte de la réaction de l’UE. Or la crainte n’est pas la plus noble des émotions, elle ne suscitera pas le genre de consensus national dont la Grèce a besoin pour continuer à avancer.

Le problème, ce n’est pas la Grèce, c’est l’Europe. Si l’Union européenne ne change pas de politique - si elle ne réforme pas la zone euro et ne renonce pas à l’austérité -, une réaction populiste sera inévitable. La Grèce pourrait maintenir le cap cette fois-ci. La folie économique ne peut durer éternellement, la démocratie ne le permettra pas. Mais combien l’Europe devra-t-elle encore souffrir avant que raison revienne ?

Joseph E. Stiglitz



Cet article a été publié dans les Echos du 22 janvier, en collaboration avec Project Syndicate 2015.


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L’Union européenne et la zone euro

La compétitivité dans l’UE… à n’importe quel prix !

Lequel ? Et au détriment de qui ?


La compétitivité ne se résume pas à parler sans cesse de mondialisation et de ses bienfaits, en assistant à des débats contradictoires et souvent vides de propositions. A Bruxelles, ils tournent toujours autour des mêmes thèmes : rigueur et austérité, productivité et mondialisation, économie et libéralisme.

A force de les décliner, ces mêmes « slogans » deviennent de moins en moins convaincants, en période de crise au niveau de l’Union européenne. La communication est parasitée. Le « fond » est sans message, le « contenu » sans objet et la « forme » laisse à désirer. Ce sont des successions de paradigmes qui inquiètent.

Quel chemin emprunter ?

Cette compétitivité dépasse le continent européen. Elle est mondiale et les règles, à cette échelle, sont loin d’être claires. L’Union européenne n’est pas seule dans le monde. Son point de vue en tant qu’entité indépendante face aux Etats-Unis, au Japon, à la Chine et aux autres pays émergents doit être relativisé. Tous ces pays ont choisi un autre chemin, celui de l’activité, de l’emploi et de la croissance. Ce n’est pas le cas de l’UE. Sans réel poids politique extérieur, l’UE inquiète ses membres bien plus qu’elle ne les rassure. N’oublions pas que c’est la Commission de Bruxelles qui est mandatée par les pays de l’Union pour négocier des accords bilatéraux. Ils ont toujours été favorisés par rapport aux discussions au niveau de l’OMC pour la remise en cause ou l’adoption de nouvelles règles.

Source : Contrepoints.org

 
Les négociations de libre-échange, envisagées de longue date et qui se sont ouvertes entre l’Union européenne et les Etats-Unis témoignent de la volonté des américains d’aller à la conquête de nouveaux marchés. Le manque de solidarité au niveau de l’Union européenne est flagrant. Conscients de cette faiblesse « affichée », les Etats-Unis restent les maîtres de la « table » avec leurs atouts visibles et cachés.

Après quatre ans de négociations, l’Union européenne et le Canada ont conclu fin octobre 2013 un vaste projet d’accord de libre-échange. A cette date, le texte de l’accord n’est pas encore entre les mains des gouvernements des pays de l’Union ! Le parlement européen n’en a pas non plus connaissance ! Les parlements des pays de l’Union ne seront pas consultés. Les droits de douanes seraient supprimés sur 99% des biens échangés. L’Union européenne validerait un accord de libre-échange avec un pays industrialisé, membre du G8 pour la première fois. Une drôle de négociation au nom de la compétitivité !

Une Union ouverte à tous les vents…

A Bruxelles, les communications « politico-économiques » veulent, au nom d’un « libéralisme d’écolier » convaincre l’opinion de la nécessité d’une libre circulation, des biens, des personnes et des finances, à l’intérieur de l’UE. Cette ouverture du marché à tous les pays, sans condition, serait, selon Bruxelles, le seul moyen de sauvegarder l’avenir de ce « continent » prometteur ! Cette course à la compétitivité à n’importe quel prix encourage une véritable « lutte » que se livrent les pays à l’intérieur de l’UE, sous le regard d’une Commission qui n’est là que pour rappeler à l’ordre ou fermer les yeux.

Dans la zone euro, conformément au traité, la BCE est intervenue en fournissant des fonds aux banques, au travers de prêts à un taux « record » de 0,5%. Malgré cela, le soutien bancaire à l’activité en matière de crédit est très insuffisant. Au nom de la compétitivité liée à la mondialisation, beaucoup d’entreprises se retrouvent en difficulté. Leurs actionnaires sont vigilants et demeurent exigeants. La chute progressive des résultats inquiète. Cette défaillance contribue aux nombreuses délocalisations dont la France souffre. Une récente étude de l’INSEE apporte des précisions sur l’impact de ces délocalisations entre 2009 et 2011. Sur l’ensemble des sociétés privées de 50 salariés et plus, 4,2% d’entre elles, soit un peu plus de 1500 ont délocalisé ! Apparemment c’est très peu. L’impact représente 20.000 emplois directs perdus sur 3 ans, 0,3% par an de l’emploi salarié dans ces entreprises. C’est avant tout l’industrie manufacturière et les secteurs de l’information et de la communication qui sont les plus concernés. Le plus important ce n’est pas l’impact direct mais indirect de ses délocalisations qui importe. On peut estimer à un facteur 5 le nombre d’emplois indirects détruits.

Source : Le Temps.ch

 
A noter que plus la taille du groupe considéré est grande, plus il a tendance à délocaliser en priorité en son sein. C’est le cas des entreprises de plus de 5000 salariés. Tous les grands groupes français du Cac 40, ayant leur siège en France, ont la majeure partie de leur activité à l’étranger et une part non négligeable de leur capital aux mains d’actionnaires résidant à l’étranger. Nombre d’entreprises du Cac 40 n’ont d’ailleurs pas hésité à implanter leur siège hors de France. Citons entre autres : Le géant de l’acier ArcelorMittal au Luxembourg ; EADS aux Pays-Bas et ST Microelectronics en Suisse ! Pour 55% de ces délocalisations, qui n’ont pas lieu uniquement pour des raisons salariales, elles se font à l’intérieur même de l’Europe (UE15), contre 18% en Chine, même taux en Inde, 24% en Afrique et 8% en Amérique du Nord. La somme des pourcentages est supérieure à 100, parce qu’une société peut faire plusieurs délocalisations vers des zones géographiques différentes. Cet exercice qualifié d’optimisation fiscale est devenu pour tous ces « grands ensembles » une activité économique à part entière. L’incohérence du système européen fait apparaître des nombreux dysfonctionnements qui dépassent l’entendement. Respectivement Amazon et Google ne paient que 6% et 2% d’impôts au Luxembourg ! Apple est dans la même situation en s’affranchissant du maximum de son dû en Irlande. Chacune de ces sociétés agit en toute légalité avec les règles européennes !

Quant à l’euro, livré à lui-même, ce n’est pas la BCE, ni les représentants de la Commission de Bruxelles, ni le Parlement européen qui pourront avoir la moindre influence sur la politique à suivre. Notons que l’Union européenne est une véritable « passoire » commerciale et pour 22 pays, l’espace Schengen provoque des controverses. A noter que l’Irlande et le Royaume-Uni n’en font pas partie, tandis que l’Islande et la Norvège ont signé les accords ! Ses droits de douane sont souvent minima. Elle s’est ouverte à tous. La Chine, la Corée du Sud, l’Asie du Sud Est et les autres pays émergents ont été les premiers à en bénéficier. Les conditions sont faussées puisque le principe de « réciprocité » ne s’applique pas avec ces pays. Tout simplement parce qu’ils ne le veulent pas. Des pays comme le Brésil, les Etats-Unis, l’Inde et la Chine, pour ne citer qu’eux, se protègent avec un grand nombre de règles et de taxes à l’importation.

Une hésitation eurosceptique…

Face à cela, ici ou là, la Commission s’agite, de temps en temps, en menaçant de surtaxer certains produits manufacturés importés de Chine. Les points de litiges sont nombreux, comme pour la céramique, les tubes d’acier et dans les télécoms. C’est aussi le cas des panneaux solaires. La réplique ne tarde pas à venir, même si elle n’est que symbolique. En ce qui nous concerne, les vins français seront taxés ! Les producteurs bordelais sont sur le « qui-vive ». L’Allemagne voulant protéger son marché à l’export se désolidarise ! Après plus de six semaines de négociations, l’Union européenne et la Chine ont abouti à un accord fixant un prix plancher pour les panneaux solaires. S’il permet à chaque camp de sauver la face, il ne résoudra pas le problème de fond. La compétition économique a lieu également avec acharnement à l’intérieur de l’UE et de la zone euro avec des pays qui bénéficient de « passe-droit » en matière de droit social et fiscal. Faut-il rappeler que le social n’est pas un sous produit de l’économie et l’argent, le seul profit ?

Source : Euro 2013.it

 
Que l’Union européenne réagisse avec vigueur et solidarité dans l’action pour réguler son marché extérieur et protéger les échanges dans l’Union et la zone euro n’est qu’un vœu pieux pour l’instant. Le commerce extérieur demeurera en moyenne déficitaire pour l’ensemble des membres de la zone euro et légèrement positif grâce à l’Allemagne. Encore un effet de moyenne ! Le dumping social, de son côté, n’est pas prêt de se résorber et ce n’est pas la Commission soumise à une pseudo-économie conditionnelle « libre et non faussée » et « néolibérale » qui appuiera dans son sens. D’autant qu’à ce dumping social s’ajoutent d’autres formes maquillées de « combines » dans l’Union européenne et la zone euro qui fausse les « cartes ». Le dumping social est plus toléré que combattu, quand il n’est pas encouragé !

Comment peut-on s’étonner lorsque certains politiques et de plus en plus de citoyens n’hésitent plus à parler de l’Europe comme d’une entité sans fondement, correspondant à une promesse « dépassée » ? La solidarité n’est synonyme que du « chacun pour soi ». Dans les faits, la désillusion a pris le pas sur l’espérance. D’ailleurs par protectionnisme et par souci de relance de l’activité, le besoin du « produire en France » comme la volonté de relocalisation commence petit à petit à trouver des échos, avec déjà en local et dans certains secteurs quelques résultats spectaculaires. C’est ce combat qu’Arnaud Montebourg a engagé depuis son arrivée à Bercy, entraînant quelques risées, toujours déplacées. La volonté existe. C’est un premier point, en faisant prendre conscience que cela est possible. A charge pour les entrepreneurs de se décider, de cibler le marché et de s’y engager. Avec un pacte de responsabilité, mis sur la table, par la France, peut-on parler d’un nouveau tournant ? Certainement oui, mais encore faut-il s’assurer duquel ? Attention une fois de plus, le facteur temps est important pour en apprécier l’impact. Il est vrai qu’un protectionnisme adapté à la frontière de l’Union pourrait arranger beaucoup des partenaires pour assurer leur compétitivité.

J.M


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L’Union européenne et la zone euro

La politique extérieure de l’Union européenne

Entre espérance et désespérance !


L’impact de la politique extérieure de l’Union européenne n’est pas à la hauteur de ce qu’elle représente potentiellement. L’absence d’une politique intérieure commune se fait sentir dans la plupart des domaines : économiques et sociaux, financiers et aussi dans le secteur de la défense.

Aujourd’hui, l’Union européenne est constituée d’une association d’états et de peuples unis par une volonté et des règles communes autour d’un même projet : vivre ensemble en paix dans un espace de liberté, de paix et de justice. Depuis presque 60 ans ce projet continue de se développer et à apporter cette paix à des nations et des peuples qui n’avaient cessé de se déchirer pendant des décennies. Mais l’Union européenne n’a pas atteint son point d’équilibre.

Le modèle européen est en crise…

L’Union Européenne n’est pas une entité centralisée, elle n’est ni une entité fédérale ni une entité confédérale. L’Europe se cherche et la crise qu’elle subit depuis plusieurs années, exacerbe le débat. Certains politiques proposent de continuer une marche en avant vers une union plus intégrée notamment en terme de défense et de politique étrangère, imaginant une sorte de fédération semblable aux différents modèles existants (Etats-Unis, Russie, Inde, Brésil). D’autres jugent plus prudent de ne rien faire, préférant le statuquo. A noter qu’une minorité de plus en plus agissante plaide pour un retour à une communauté d’états souverains unis par quelques objectifs et quelques règles communes. Quoiqu’il en soit, le modèle Européen est en crise. Cette crise se manifeste sous de multiples aspects. Elle fait sentir tout son poids sur l’économie et la vie quotidienne des citoyens européens. La crise rend peu crédible l’influence d’une politique étrangère européenne qui manque de cohérence. Dans les faits, l’Union européenne pèse très peu sur les affaires du monde. N’oublions pas que La France et le Royaume-Uni sont membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, tandis que l’Union européenne n’a qu’une présence de délégation non consultative.

Négociation avec l’Iran - Source : Reuters

 
Parler d’une « puissance » européenne au sens actuel est un leurre. Ce qualificatif dans son acception la plus large caractérise les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie. Il est totalement inadapté pour l’Union européenne. La confusion vient de cette idée d’intérêt européen sans stratégie et dominé par une politique du « chacun pour soi » non solidaire derrière une communauté de libre-échange. La mise en valeur des meilleurs et le pointé du doigt des moins performants rythment les échanges au niveau européen. La politique extérieure européenne est une mécanique complexe. Cette machine tourne à vide avec un faible rendement et une efficacité réduite, sans commune mesure avec les moyens dont elle dispose et l’économie qu’elle représente avec ses 28 Etats.

Non, il n’existe pas de politique extérieure européenne définie et cohérente pour défendre des intérêts « nationaux » en interne ou « européens » au plan international.

La place économique de l’UE à l’international

Directement impliqué dans des affaires européennes au cours de sa vie professionnelle l’auteur a partagé un fort un sentiment d’impuissance et une certaine amertume. Il a subi des situations où l’absence de politique crédible et efficace de l’Union européenne et de ses états membres était flagrante face aux poids lourds de la scène internationale que sont les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie. Même vis à vis de pays perturbateurs de moindre envergure comme l’Iran, ces manques de soutiens cohérents se faisaient sentir à son détriment dans des dossiers dont dépendaient pourtant la sécurité, le développement ou la conception de la démocratie que l’UE veut promouvoir !

L’Union Européenne est un poids lourds en terme de ressources financières, économiques et humaines. Avec seulement 7,3 % de la population mondiale, elle est de loin la première puissance commerciale au monde. Elle constitue un pôle économique de toute première importance avec un PIB supérieur à celui des Etats-Unis, le Japon et la Chine. L’Union européenne dispose de ressources humaines et techniques sans équivalent avec une population ayant un niveau d’éducation plus élevée qu’ailleurs, elle dispose d’industries de capacité de recherche et d’innovation. Malgré ce poids économique considérable, elle n’est toujours pas une grande puissance politique.

Avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne adopté en décembre 2009 qui remplaçait les traités de Rome (1957) et Maastricht (1992), Amsterdam (1999) et Nice (2003), l’Union Européenne s’était dotée d’une gouvernance et d’une structure qui devaient lui permettre de rendre son action plus visible et mieux faire entendre sa voix. L’ancienne structure avec une présidence du Conseil changeant tous les six mois était particulièrement incompréhensible et opaque pour tous les acteurs extérieurs à l’Union. Les rôles du Parlement, du Conseil et de la Commission ont été redéfinis notamment. Le rôle du parlement dans la conduite de la politique européenne a aussi été renforcé.

Catherine Ashton - Source : Reuters

 
Les nouveaux instruments de politique étrangère de l’UE, la création d’un service européen de l’action extérieure (SEAE), la nomination d’un Haut Représentant de l’Union aux Affaires étrangères et à la Politique de sécurité (Catherine Ashton), une nouvelle définition de la Politique Européenne de Sécurité Commune (PESC), la politique de voisinage, la politique d’aide au développement et à la coopération, comme l’instrument de stabilité. L’Union européenne a développé un réseau de 139 délégations dans la plupart des grands pays et auprès des organisations internationales importantes (par exemple l’ONU mais aussi l’AIEA, le WHO, etc.), délégations qui doublent les ambassades des Etats membres et ont souvent du mal à se coordonnées avec elles.

L’expérience européenne propose au monde un nouveau modèle de civilisation démocratique qui vise à promouvoir une approche multilatérale des relations internationales et le respect du droit international. L’ensemble des relations extérieures de l’Union constitue une sorte de diplomatie européenne, mais peu efficace. En outre, elle propose aux pays tiers un modèle, celui de l’intégration régionale, que d’autres parties du monde tentent de reproduire (comme le Mercosur en Amérique latine par exemple). Ce rôle souligne l’importance de s’appuyer sur une politique étrangère forte et de disposer de capacités d’interventions. Mais celles-ci sont limitées aux capacités individuelles de chacun des états membres et à leur volonté de s’engager. La puissance militaire européenne est aujourd’hui inexistence. Seul le Royaume-Uni et la France disposent d’une force militaire et nucléaire. Elle reste à construire et ce n’est pas demain la veille. Faute d’une diplomatie efficace soutenue par des moyens militaires ad hoc, trop souvent la capacité d’intervention de l’Union européenne ne va pas au-delà, malgré son poids économique. Ce qui limite sa capacité d’influence.

Pourquoi l’Union européenne ne pèse pas plus au plan mondial ?

La réponse à cette question est loin d’être évidente. Elle est difficile. Les raisons des causes sont différentes. Pour essayer d’apporter des éléments de réflexion, il peut être utile de retourner à l’essentiel, en particulier aux fondations de l’Union et à son fonctionnement.

Les fondations : D’abord et surtout, la base sur laquelle l’Union européenne s’est construite explique en partie cette situation de retrait à l’international. La construction européenne s’est d’abord faite de manière autarcique. Les six pays fondateurs ont d’abord mis en place des règles autarcique permettant à ces pays de mieux vivre entre eux en paix (traités de Rome : CEE, et Euratom, 1957. Tant que l’élargissement a concerné des pays périphériques des six, la politique européenne est restée focalisée sur des problèmes internes à l’UE. A partir de 1989, la disparition de l’Union Soviétique, la fin d’un monde bipolaire, l’intégration dans l’Union européenne de nations ayant appartenus au bloc soviétique ainsi que l’apparition de la mondialisation ont obligé dès 1992 l’Union européenne à mettre en place un début de politique étrangère et d’ébaucher une politique de défense pour peser sur les affaires du monde et protéger les intérêts de ses états membres.

Organisation de l’UE - Source : Wikipédia

 
L’Union européenne s’est donc construite à l’inverse des autres états fédérés (Etats-Unis, Russie,) qui ont d’abords mis en commun la politique étrangère et la défense et conservé dans une certaine mesure le domaine économique et financier. Ce qui explique pourquoi il est difficile pour les états membre d’abandonner une part du contrôle de leur domaine régalien au profit des instances Bruxelloises. Il arrive assez souvent que la politique européenne ne se substitue pas à celle des Etats et elle vient rarement la renforcer.

Le fonctionnement : les budgets sont votés pour six ans sur la base de programme dont la mise en œuvre et l’environnement évolueront beaucoup aux cours. Pendant le déroulement des programmes l’accent est plus mis sur la réalisation du programme à travers la consommation du budget que sur sa réalisation concrète et son impact. La lourdeur des procédures institutionnelles empêche la révision des programmes qui permettrait de les adapter à l’évolution du contexte. Par ailleurs, le contrôle de l’atteinte des objectifs est essentiellement financier, les aspects techniques passant au second plan. Il y a ainsi un manque flagrant de coordination entre les directions générales qui déroulent des programmes similaires dans les mêmes régions du monde sans qu’il y ait une coordination quelconque entre ces DG.

En conclusion

Le sort de la politique étrangère de l’Union et dans une moindre mesure sa politique de défense dépend de forces antagonistes. D’un côté, pour sortir de la crise il faudrait réfléchir à une réforme du fonctionnement de l’UE et à la défense de ses intérêts dans le monde. Ceci impliquerait un rassemblement politique et commercial. De l’autre, la tendance pourrait être le repli sur soi et sur la bureaucratie actuelle, vers un poids encore plus grand des états membres, les actions de politique étrangère et de défense étant assurées individuellement par chacun de ses membres, ceux-ci pouvant s’unir dans une alliance de circonstance sur un objectif commun pouvant très éloigné des intérêts européens.

Si les Etats membres décidaient de revoir le fonctionnement de l’UE, alors la mise en place de structure et de règles de fonctionnement plus simple, des objectifs mieux définis et mieux contrôlés permettrait déjà de gagner beaucoup en efficacité. A ce stade de la crise du projet européen, faut-il croire à une Europe forte ou à un simple conte de fée ?

Auteur MR [1]
Club Espace 21


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L’Union européenne et la zone euro

Image socio-économique de la zone euro

Par la méthode d’analyse en composantes principales


Les débats actuels sur l’état et le devenir de la zone euro donnent lieu à des échanges d’arguments comparant les chiffres du chômage, du seuil de pauvreté, du déficit public, de la dette, des taux d’emprunt à dix ans, du coût manufacturier, des charges sociales, de l’imposition, etc., sans tenir compte de la corrélation existant entre ces données.

En effet, elles disent souvent la même chose sans contribuer, comme on pourrait le croire vraiment, toutes à l’information, et sans que les éléments constitutifs d’une image [2] des pays européens puissent s’en dégager.

Introduction

L’objectif de cette étude est de parvenir à construire une image compréhensible de la zone euro, malgré la complexité et le nombre de variables socio-économiques, fortement corrélées, intervenant dans l’analyse. Pour cela, il est nécessaire de remplacer ces variables par 2 nouvelles variables « synthétiques », tout en minimisant la perte d’information initiale.

L’article présente brièvement la méthode « d‘analyse en composantes principales », méthode qui est ensuite utilisée dans l’analyse des variables, puis dans l’élaboration d’une représentation plane de la zone euro. Cette « image », qui résulte d’une synthèse de 15 variables socio-économiques, permet de situer les pays les uns par rapports aux autres. A partir de là, on peut mettre en évidence leurs proximités ou leurs distances relatives, et enfin visualiser une classification (terme anglais clustering) selon des critères de proximité.

Liste des pays et des variables
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Pour la suite, les notations utilisées pour les pays sont celles d’Eurostat. Les 15 variables choisies sont celles numérotées de 1 à 15 et explicitées. La plupart d’entre elles étaient disponibles et actualisées fin 2012 ou fin mars 2013.

Tableau des données
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Certains lecteurs peuvent être intéressés par le développement de la méthode. C’est pourquoi, nous avons tenu à en expliquer quelques principes de base et à en détailler l’application à l’analyse socio-économique de la zone euro dans les paragraphes suivants (en italique).

Pour ceux qui préfèrent aller directement au résultat, c’est-à-dire à l’image socio-économique de la zone euro, rendez-vous au paragraphe « Image socio-économique des pays ».

Principe de l’Analyse en Composantes Principales (ACP)

Le tableau ci-dessus, qui décrit n individus (ici 17 pays) à l’aide de p variables (15 variables socio-économiques), définit un nuage de 17 points dans un espace de dimension 15. Dans cet espace, deux pays sont d’autant plus proches l’un de l’autre s’ils présentent des valeurs peu différentes sur les 15 variables. La distance entre deux points est donc une mesure de la dissemblance entre les pays concernés. S’il était possible de voir dans un espace de dimension 15, l’analyste pourrait distinguer des groupes de pays similaires et analyser les proximités et les écarts entre ces groupes.

Pour répondre à ce besoin de visualisation, l’ACP réalise une projection du nuage de points dans un espace de dimension 2 (un plan) qui minimise la déformation du nuage, c’est-à-dire la perte d’information. Dans l’exemple traité, la représentation plane rapporte 64,25% de l’information contenue dans le tableau défini par les 15 variables. Ce plan est déterminé par deux axes orthogonaux qui représentent les deux premières directions principales d’allongement du nuage.

Comment peut-on récupérer 64,25% de l’information en passant de 15 à 2 (les 2 axes mentionnés ci-dessus) variables ? En fait, il arrive fréquemment que plusieurs variables traduisent un même phénomène, ces variables mesurant alors le phénomène sous des angles différents. C’est par exemple le cas du « chômage » et du « risque de pauvreté » qui sont fortement corrélées. L’information apportée par cette deuxième variable est déjà en grande partie contenue dans la première. Lorsque plusieurs variables sont corrélées, il est alors possible de les remplacer par une variable "synthétique" qui représente le phénomène sous-jacent mesuré par ces variables. Il y a évidemment une perte d’information qui est cependant largement compensée par une meilleure lisibilité de l’information.

Voila comment on passe de 15 variables socio-économiques à 2 variables synthétiques qui rendent compte de 64,25% de l’information contenue dans le tableau initial. Ces deux variables permettent de définir un plan dans l’espace à 15 dimensions sur lequel on projette le nuage de points, ce qui permet d’obtenir une représentation plane des pays.

L’ACP structure et ordonne l’information

La première variable synthétique définie par l’ACP correspond à la direction principale d’allongement du nuage, direction dans laquelle la quantité d’information [3] est maximale car les pays y sont le plus dispersés [4]. Dans le cas présent, cette première composante principale rend compte de 38,95% de l’information. La deuxième variable synthétique mise en évidence correspond à la deuxième direction d’allongement du nuage, orthogonale à la première. Elle représente ici 25,3% de l’information, ce qui permet au plan 1x2 de rendre compte de 64,25% de l’information. Il serait possible de définir un troisième, puis un quatrième axe (le plan 3x4 représente 25% de l’information de départ), et ainsi de suite jusqu’à 15 axes. L’ACP a ainsi remplacé 15 variables socio-économiques présentant des corrélations (et donc des redondances) et a priori d’égales importances par 15 variables synthétiques qui sont décorrélées (il n’y a pas de redondance en terme d’information) et dont l’importance va en décroissant (4,9% pour la cinquième). Dans le cas présent, nous nous sommes limités aux deux premières composantes principales.

L’ACP est principalement utilisée en recherche médicale (épidémiologie, essais cliniques), en génétique et anthropologie (groupes de population possédant des similarité de génomes), en sciences économiques, en intelligence économique…

Analyse en composantes principales

Dans l’analyse réalisée, les variables population (1), estimation de la population (9) et géographie (10) sont considérées comme des variables supplémentaires, c’est-à-dire qu’elles ne participent pas à la construction des plans de projection. Par contre, ces variables sont projetées sur les plans définis par les autres variables pour voir comment elles se situent par rapport aux autres (représentées sous forme de vecteurs en couleurs sur la figure de représentation de l’ensemble des variables).

Représentation des variables

La figure ci dessous représente les projections des 15 variables sur le plan 1x2 défini par les deux premières composantes principales. Cette analyse qui se limite au plan 1x2 (64% de l’information) pourrait être complétée si nécessaire en considérant par exemple le plan 3x4 (25%) ou 2x3.

Représentation des variables
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Une variable est bien représentée dans le plan 1x2 lorsque l’extrémité de la projection du vecteur est proche du cercle de rayon 1. A l’inverse une variable est mal représentée si le sommet du vecteur s’éloigne de la circonférence.

Ainsi sont bien représentées [5] dans le plan 1x2 les variables (15) (risque de pauvreté), (6) (taux de chômage), (11) (taux d’emprunt à 10 ans), (3) (dette), (14) (prélèvements sociaux), (12) (coût moyen horaire d’une personne dans l’industrie manufacturière), et (5) (inflation). Sont moins bien représentées, dans l’ordre décroissant, les variables (7) (taux de croissance 2013), (2) (déficit public), (8) (taux de fécondité) et (4) (PIB par habitant).

Analyse des variables

La corrélation entre les variables bien représentées peut s’apprécier à partir de l’angle entre les vecteurs (elle se mesure par le cosinus de cet angle). L’analyse des corrélations permet de tirer les conclusions suivantes, qui sont moyennées sur les 17 pays considérés :

  • Axe 1 (axe horizontal)
    En Europe, plus particulièrement dans la zone euro, les trois variables (15) (risque de pauvreté), (6) (chômage) et (11) (taux d’emprunt à 10 ans) sont fortement corrélées entre elles ainsi qu’avec l’axe 1. Il s’ensuit que la signification de l’axe 1 repose en grande partie sur ces variables ainsi que sur la variable (7) (croissance 2013). Cet axe, qui est associé à la 1ère variable synthétique, peut donc s’interpréter comme une opposition entre les pays plus pauvres (à droite) et plus riches (à gauche), ces derniers bénéficiant d’une croissance positive. On constate que les variables (2) (déficit public) et (3) (dette) sont également corrélées positivement avec cet axe.

  • Axe 2 (axe vertical)
    L’axe 2 (2ème variable synthétique) peut s’interpréter comme une opposition entre les pays dans lesquels (14) (prélèvements sociaux) et (12) coût horaire manufacturier sont élevés par rapport à ceux dans lesquels ils sont faibles. On constate que l’inflation est corrélée négativement avec cet axe. Les prélèvements sociaux ont tendance à être plus élevés dans les pays à forte population.

Image socio-économique des pays

Les pays sont projetés sur le plan des composantes principales 1x2. Cela constitue la meilleure représentation possible en deux dimensions de la carte socio-économique de l’Europe des 17, en fonction des 15 variables choisies.

Image socio-économique des pays
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Cette représentation met en évidence les deux extrémités de l’Europe (zone euro) sur l’axe 1 horizontal (le Luxembourg (LU) du côté des pays plus riches et la Grèce (EL) du côté des pays les plus pauvres) et sur l’axe 2 vertical (en haut la France, la Belgique et les Pays-Bas pour les prélèvements et le coût de la main d’œuvre manufacturière plus élevés, comparés à la Slovaquie et à l’Estonie en bas).

La figure permet d’interpréter les distances entre les pays en termes de similarité sur les variables qui ont contribuées à la formation du plan 1x2 (dont on rappelle qu’il représente au mieux les données du tableau initial). Par exemple la proximité entre ES (Espagne) et PT (Portugal) s’interprète comme une situation socio-économique voisine. Il est ainsi possible de constituer des groupes de pays homogènes.

Clusters ou classification des données

Pour améliorer la représentation cartographique de l’Europe, l’analyse est complétée par une classification automatique dont seuls les résultats sont présentés. La figure fait apparaître 6 clusters regroupés en deux super clusters, que l’on notera pour la simplicité de l’exposé, super clusters Nord et Sud au-delà des notions géographiques.

  • Super cluster Nord (en bleu)
    Il est constitué de deux clusters :
    • le Luxembourg (LU) qui apparaît comme un cas particulier en Europe (outre sa dimension géographique et sa population) : PIB/h égal à 2,7 fois la moyenne européenne, dette, prélèvements sociaux et risque de pauvreté faibles...
    • un cluster composé des autres pays du Nord : A l’intérieur de ce cluster on note une très grande proximité des situations française et belge d’une part, allemande, autrichienne et finlandaise d’autre part (dans un regroupement local DE, AT, NL, FI). La situation NL se rapproche cependant des situations FR et BE. La Finlande (FI) est le pays le plus privilégié de ce cluster.

  • Super cluster Sud (en vert)
    4 clusters sont identifiables :
    • L’Irlande (IE) et la Grèce (EL) constituent chacune un cluster (3 et 4), tant leurs situations sont distinctes des autres pays. La Grèce est le pays le plus isolé sur les axes de la dette et du déficit.
    • le cluster 5 est constitué de la Slovaquie (SK) et de l’Estonie (EE). Ce cluster possède de forte similitude avec le cluster 6 suivant, et se trouve donc rattaché au super cluster Sud, bien que concernant des pays géographiquement situés au Nord.
    • Enfin, le cluster 6 regroupant les pays méditerranéens et la Slovénie. Ces pays sont plus ou moins « tirés » vers la gauche de la figure par les axes (15) (risque de pauvreté), (6) (chômage), (11) (taux d’emprunt à 10 ans), (3) (dette) et (2) (déficit). L’Italie (IT) est le seul pays de ce cluster qui pourrait rejoindre le super cluster des pays du Nord.

Conclusion

Les résultats sont pertinents. Ils confirment l’intérêt de cette étude qui était d’obtenir une image représentative de la zone euro, ayant valeur de diagnostic et de prédiction, à partir de données officielles. Chacun pourra ainsi se faire sa propre opinion sans esprit partisan.

Auteurs : Georges Seguin et Gérard Seguin [6]
Dans le cadre de Club Espace 21


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L’Union européenne et la zone euro

Dette : À chacun son scénario

À la recherche de bonnes excuses ?


Les dirigeants les plus influents de l’Union tiennent à apparaître devant les médias et aux yeux de leur opinion publique, comme maîtrisant totalement la situation économique et financière. Ils souhaitent montrer qu’ils connaissent les origines de cette crise. Ils se flattent d’en interpréter les causes et d’en mesurer les multiples conséquences en établissant des scénarios...

À la recherche de bonnes excuses

En fonction des circonstances et de leur intérêt, les politiques n’hésitent pas à participer à la mise en scène de scénarios, en minimisant ou en accentuant l’aspect dramatique du problème. La Grèce, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal et l’Italie sont aux abois. Mieux, le Royaume-Uni et la République Tchèque ont quitté le navire. Quant à la France, elle est en grande difficulté.

Sous l’influence de l’Allemagne, le regard est tourné exclusivement vers la gestion de la dette et du déficit. Le recul de l’activité et l’augmentation du chômage, presque partout dans la zone euro, sont présentés comme une conséquence et non comme une cause. Le besoin de relance pour alimenter un minimum de croissance est considéré comme une source de déficit supplémentaire et non comme un investissement. Avec plus ou moins d’habileté, les chefs d’État et de gouvernement, conditionnés par cette politique imposée de rigueur et d’austérité, usent de multiples interprétations sur les causes de la dette et du déficit et sur les solutions. Cela leur permet de créer un effet retardateur vis-à-vis de leurs opinions publiques.

C’est de la faute du passé

Tout d’abord on invoque la faute du passé, chacun ayant vécu au-dessus de ses moyens. La France est considérée sur ce sujet comme le plus mauvais élève. C’est devenu un slogan. Les éditorialistes emboîtent le pas. Ils insistent en expliquant à l’opinion publique que la France a, depuis plus de 30 ans, eu plus de dépenses que de recettes ! Perturbés, les citoyens vont devoir accepter des mesures de rigueur et d’austérité. L’opinion s’inquiète, elle prend peur et se culpabilise. Le message passe. Le pouvoir a les mains libres pour annoncer des réductions de dépenses publiques, pour proposer des augmentations de taxes et d’impôts, pour renforcer ses ressources et pallier ses manques.

Source : AFP

 
Une politique européenne défaillante

Autre argument évoqué, de nombreux experts dénoncent la défaillance d’une politique européenne inconsistante. Il a fallu 36 ans pour signer l’acte unique européen à 12 et plus de 20 ans depuis Maastricht pour rester à 27 et 17 dans une totale confusion. C’est du montage d’une véritable gouvernance politique et stratégique dont l’Union européenne avait besoin. Cette gouvernance ne devait pas avoir un caractère de supranationalité, mais d’une alliance communautaire, liée par une convergence d’intérêts communs au service des différentes nations de l’Union. Les chantiers ne manquaient pas : au plan, financier et fiscal, économique et industriel, social et sanitaire, de l’environnement et du développement durable, des domaines privilégiés de la recherche, de l’innovation et de celui des grands travaux. Cela n’a pas été le cas. L’UE en a fait pratiquement l’impasse totale. Le chacun pour soi a toujours prévalu. Il est devenu la règle du jeu.

La mondialisation, responsable de tous les maux

La crise de la dette et du déficit peut être interprétée comme une conséquence de la mondialisation. Les pays européens étaient plutôt mal préparés à une évolution grandissante, inattendue et rapide des marchés économiques. De son côté, l’Union et la Commission ne l’étaient pas du tout, bien qu’elles soient complices de cette atrophie qui s’est développée dans la plus grande confusion et injustice fiscale et sociale. La mondialisation est devenue la règle. Elle est aussi responsable de tous les maux. Les pays émergents qui n’ont plus d’émergents que le qualificatif dirigent le commerce international. Dans la zone euro, en regardant de plus près, il ne faut pas oublier que l’essentiel du commerce extérieur se fait entre partenaires. À ce jeu, la France, depuis des années, est largement déficitaire avec de nombreux pays de la zone euro comme l’Allemagne, la Belgique et l’Italie, exception faite du Royaume-Uni, hors zone euro ! Une très faible partie du commerce européen se fait hors de l’Union. Les plans de rigueur et d’austérité sont en train de se multiplier. Avec le recul de la croissance, voire une période de récession en référence aux prévisions de l’OCDE, ils vont contribuer à diminuer encore plus l’activité économique et les ressources fiscales correspondantes. Malgré quelques pseudo plans de relance compensateurs, financés par de la dette supplémentaire, c’est le début d’une spirale infernale ! L’Union européenne qui s’est développée autour du seul concept de libre-échange concurrentiel sans réciprocité et sans limites favorise la libre concurrence planétaire au-delà d’un espace européen hétéroclite sans frontière ouvert à tous les vents…

Source : AFP

 
La guerre des marchés et la spéculation

La guerre des marchés qui sévit avec ses sous-entendus. La guerre des marchés avec la complicité des agences de notation est totalement responsable de la situation actuelle. En serait-elle la cause principale ? En termes d’analyse, il est préférable de se garder de conclusions hâtives et de confondre la cause et la conséquence d’un problème. Cette affirmation, qui revient en boucle, constitue une quatrième interprétation de la crise de la dette et du déficit. La presse, les médias ont semé sans nuance cette affirmation dans tous les esprits. Les faits et les arguments pour appuyer cette interprétation foisonnent. Les bourses sont sous l’influence des fonds souverains et des spéculateurs, protégés dans les nombreux paradis fiscaux. Cette guerre des marchés n’est qu’un prétexte que les politiques utilisent en période de crise, lorsqu’ils sont en quête d’arguments. Les agences de notations influent aussi sur leurs points de vue que ces mêmes politiques ont tendance à relativiser dans leurs appréciations, surtout lorsqu’elles divergent. Mais ils ne peuvent pas se contenter d’observer et de rester passifs.

L’Euro fort et ses contraintes

C’est un euro fort, soutenu par le gouvernement allemand et quelques complices, et ses contraintes qui sont à l’origine de la crise de la dette et du déficit. Cette cinquième interprétation recueille de plus en plus d’adeptes. Alors qu’une monnaie est un outil et que sa mauvaise utilisation peut avoir des conséquences graves, de plus en plus, l’euro est devenu une fin en soi. En 10 ans, depuis son introduction en 2002, la parité de l’euro par rapport au dollar US a varié de plus de 50%, au plus haut niveau. En France, beaucoup d’industries lourdes, en particulier la métallurgie, en ont pâtit. Le coût du travail devenu trop élevé a entraîné la fermeture d’usines et des délocalisations. Des secteurs entiers de produits manufacturés ont disparu comme celui du textile. Les exportations de produits plus standards ont beaucoup souffert de cette augmentation des prix liée à la valeur de l’euro par rapport aux autres monnaies. Les conséquences se mesurent en termes de baisse d’activité, de pertes de savoir-faire et de destructions d’emplois, diminuant les ressources de l’État et accroissant de ce fait sa dette. À l’inverse, d’autres experts, partisans d’un euro fort, expliquent que sa parité a été une chance pour l’approvisionnement en matières premières, en pétrole et en gaz. Ils affirment que cette parité a permis de mieux résister à la crise et aux attaques du marché, de limiter l’inflation et de contrôler la dette. Ce dernier point de vue est de plus en plus contestable depuis le début de la crise avec l’augmentation vertigineuse de la dette et du chômage dans une grande partie des pays de l’UE et de la zone euro.

En conclusion : C’est le « chacun pour soi » qui prévaut

Toutes les causes évoquées sont liées les unes aux autres. Les situations financières de l’ensemble des pays diffèrent comme leur gouvernance politique, leur modèle de société, leur démographie, leur culture et leur histoire. C’est ce qui va créer la première fracture sérieuse non contestable du système euro. Au-delà de son taux trop élevé par rapport au dollar sur le marché des changes, la disparité entre les pays du Nord de la zone et ceux du Sud n’est plus supportable, comme cela vient d’être évoqué. La disparité des taux d’emprunt sur les marchés correspond à une mort lente de la monnaie unique. Plus vous êtes en difficulté, plus vous êtes pénalisé. Le ridicule ne tue pas. Les agences de notation y contribuent. L’Italie et l’Espagne sont notées respectivement 7 et 8 crans en dessous de la France. On a de quoi être très sceptique devant le montant colossal des emprunts que les pays de l’Union et de la zone vont être amenés à faire en 2013. Encore une fois, c’est un « chacun pour soi », camouflé sous couvert de stabilisation de la dette et de réduction des déficits qui prévaut.

J.M.


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L’Union européenne et la zone euro

Les agences de notation en haut de l’affiche

Mais qui fait monter la température ?


Les faux-semblants ne suffisent plus à masquer aux opinions publiques nationales et internationales les profondes divergences d’appréciation et le manque de cohésion de l’Union européenne. La crise monétaire de l’euro renforce les doutes. Les politiques se figent.

Les agences de notation entrent enjeu. Celles-ci sont par définition, au service de leurs clients privés ou publics, principalement des grands groupes internationaux, économiques et financiers. Depuis quelque temps, ces agences ont trouvé un nouveau marché. Elles s’interrogent sur la crédibilité des États souverains et leur capacité d’emprunt. Leur influence sur les marchés grandit et leur crédibilité auprès des États et des grands organismes de contrôle s’accroît. La planète est sous surveillance !

Source : Euro

 
Non seulement la Commission européenne n’a rien dit, mais mieux, elle n’a cessé de s’y référer et de les solliciter. Surveiller la santé des finances des États européens est devenu une fin en soi. Ces maîtres de l’audit financier mondial sont censés, après analyse des comptes, apporter par des notations subtiles un justificatif précis du niveau des garanties nécessaires aux prêteurs privés, autres que la Banque Mondiale, le FMI, la BCE, etc... Les banques, les États souverains en dehors du besoin ou autres spéculateurs en tout genre les utilisent pour prêter et fixer ainsi leur taux de créance. Ce sont les États clients qui en font les frais !

Source : Wikipédia

 
Les agences de notation ne sont que quelques-unes en haut de l’affiche. Il faut savoir que 94% du marché mondial de notation est partagé entre trois agences. Deux d’entre elles sont américaines, Standard & Poor’s et Moody’s (avec une part de 80%). La troisième agence, Fitch Ratings, est majoritairement à capitaux français (avec 14% du marché). Pour information, la brillante agence Standard & Poor’s, qui a dégradé la France, a déjà trouvé le moyen de se tromper par deux fois. D’un montant supérieur à 2000 Md$, lors d’une évaluation au détriment des Etats-Unis. Au piquet ! C’est l’agence Standard & Poor’s qui devrait être dégradée ! Depuis ce manquement et cette dégradation, la France a été mise en garde par les agences Moody’s et Fitch Ratings sur un risque de dégradation de sa note si sa situation économique ne s’améliorait pas.

En dehors de ces prestigieuses agences, depuis 1994, il existe une nouvelle agence de notation chinoise Dagong Global Credit Rating (sur le reste du marché) qui dérange le monde occidental, en basant son diagnostic sur d’autres critères. Moins indulgente sur l’aspect libéral des mesures suggérées par ses concurrentes, l’agence chinoise est plus préoccupée par la capacité d’un pays à créer de la valeur que par les tendances marchés. En 2011, tous les pays de la zone euro ont été dégradés, hormis le Luxembourg. Dagong est évidemment plus à même de juger le marché asiatique et celui des pays émergents que celui des pays développés.

L’idée de la création d’une agence publique européenne de notation, constructive au service des pays, agissant en concertation, ne séduit pas et n’est pas prête à voir le jour. La Commission européenne préfère s’en tenir à la solution banale en se référant à ces agences prestigieuses qui sèment le trouble. Ce pilotage à vue est inquiétant quand on en mesure les conséquences au quotidien. Qualifiées de thermomètre, ce sont donc ces trois plus grosses agences privées, toutes-puissantes, sans souci financier, qui font la loi dans le monde entier, au nom d’intérêts masqués, loin du terrain, en dehors de tout contexte démocratique et social. Entre les marchés et les agences, qui fait monter la température ?

J.M.


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L’UE est-elle encore maîtresse de ses choix ?

Ou l’illusion des limites d’un système…


Qui peut se permettre aujourd’hui d’affirmer que notre pays est encore maître de ses choix souverains, politiques et financiers, économiques et sociaux sur l’échiquier européen ou mondial ? On peut faire le même constat pour l’Union européenne. Sans réel poids politique extérieur, elle inquiète ses membres bien plus qu’elle ne les rassure. L’Union européenne est un espace de paix prolongée, composée d’une mosaïque de pays tous différents. Ils ont leur langue, leur religion, leur culture, leur histoire, leur régime politique. Leur ambition et leur chance de réussite dépendent de leurs atouts ou de leurs manques, économiques et sociaux. Une partie de l’Union a été jusqu’à adopter une monnaie unique. L’avantage de cet ensemble doit-il se résumer à un aménagement particulier au milieu d’une simple zone de libre-échange à deux étages ?

Source : Wikipédia

 
Les déséquilibres économiques dans l’Union entre l’Est et l’Ouest ou le Nord et le Sud ont mis en évidence les faiblesses de la maîtrise du système en place. La crise de la dette a révélé une série de handicaps à surmonter dont le principal correspond à une absence totale de gouvernance. Depuis plus de 3 ans, c’est la même rengaine, la crise de la dette tient le haut du pavé. Au plan mondial, les pays émergents, Brésil, Chine et Inde, pour ne citer qu’eux, commencent à en ressentir les effets. Ceux-ci vont s’accentuer en 2012 avec des taux de croissance plus faibles. Leurs clients privilégiés, États-Unis et Europe sont en difficulté. Si les Etats-Unis sont parvenus à maintenir la tête hors de l’eau et désormais à repartir, la récession menace les pays de l’Union européenne et ceux de la zone euro. Les G8, les G20, les innombrables sommets européens et les autres rencontres bilatérales, n’ont pas permis de progresser dans le sens d’une sortie de crise. La politique du chacun pour soi demeure la référence.

L’Union européenne tente de masquer ce travers. La zone euro, derrière un faux-semblant de cohésion, est incarnée par une politique rigide induite par l’Allemagne, soutenue par la France. Le sauvetage de l’euro, à n’importe quel prix, dans n’importe quelle condition, devient obsessionnel. Ce duo de pays, historiquement et économiquement imbriqués, est indispensable au développement européen. Nul n’en doute. Mais il s’est transformé en un couple franco-allemand de responsables politiques trop partisans, au point d’oublier qu’ils ne sont pas seuls et que la zone euro ne représente qu’une partie de l’Union européenne.

Plus de la moitié des pays de la zone euro est sous perfusion. Les plans de rigueur et d’austérité se multiplient. Les Chefs d’État et de gouvernement des pays de l’euro continuent de tomber, tandis que les pays s’enfoncent dans la crise avec de surcroît une précarité de l’emploi et un chômage en hausse. Les marchés financiers confirment ce climat de défiance. Les taux d’intérêt d’emprunt, au service de la dette, sont prohibitifs pour les pays en difficulté. Les agences de notation y vont de leur couplet, en confirmant ou en anticipant les marchés, avec des dégradations collectives et individuelles dans tous les secteurs. Les pays ont droit à leur propre appréciation commentée politiquement. Les jugements sont de plus en plus comparatifs et manichéens. Il y a désormais les bons et les mauvais élèves.

Au-delà des prêteurs, dans ce contexte, les marchés sont turbulents avec la présence de spéculateurs qui profitent de cette situation. L’Union européenne et la zone euro ont montré leurs limites au rythme de la lenteur des prises de décision et du mal fondé de celles-ci. La crise grecque est un bel exemple de cette incapacité. La situation ne cesse de se dégrader. Nul ne peut s’en satisfaire. Prévoir une sortie de crise à 10 ans, sous réserve d’un respect absolu d’une politique de rigueur et d’austérité, est un raccourci sans aucun fondement crédible, confirmant qu’obstination n’est pas raison.

En ce début d’année 2012, les agences de notations sèment le trouble. Mais quelle crédibilité peut-on accorder à leurs notations ? L’agence, à capitaux français, Fitch & Ratings confirme le triple A de la France, jusqu’en 2013, avec une perspective négative ! Huit jours plus tard, l’annonce de l’agence de notation américaine Standard & Poor’s du 13 janvier tombe comme un véritable couperet. Avec la France, neuf pays de la zone euro voient leur note dégradée dont la plupart avec une perspective négative. Enfin le 16 janvier, c’est au tour de l’agence Moody’s de se prononcer, la France conserve son triple A. Elle ne donnera son point de vue sur les perspectives que dans trois mois ! Quant au Fonds européen de stabilité financière, le FESF, il est également dégradé par l’agence Standard & Poor’s. Le MES, Mécanisme européen de stabilité, est censé le remplacer en complicité avec le FMI et la BCE. Il faut attendre la suite. La signature du traité européen ne signifie pas encore sa ratification. Les marchés financiers ne sont pas surpris et ils avaient anticipé ces notations et leurs projections.

Depuis le début de la crise, l’Union européenne s’est trompée, préoccupée par les agences de notation, laissant planer un doute sur les marchés, quant à sa capacité de stimuler une reprise économique possible en 2012. Derrière un chacun pour soi, habilement maquillé, l’Allemagne a cru qu’il suffisait de montrer avec fermeté son chemin pour qu’il soit suivi par tous. La France, à ses côtés, la rassurait dans cette approche autant par intérêt économique que politique. À ce jour la zone euro est aux abois. Si l’Allemagne maintient sa note triple A avec des perspectives stables, l’Espagne, l’Italie et le Portugal sont sérieusement dégradés et dans une situation économique difficile. La Grèce est au bord du chaos, malgré l’illusion d’une stabilisation financière momentanée avec un défaut partiel supplémentaire ou total probable dans les mois à venir. Le paradoxe, c’est que les pays de l’Union, hors zone euro, comme le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède conservent de leur côté leur triple A.

Même la légère stabilisation des taux d’emprunt sur les marchés, pour le remboursement de la dette, pour les crédits des entreprises et les crédits à la consommation, ne suffira pas à rétablir la confiance. Malgré les efforts consentis par la BCE au bénéfice des banques privées, le manque de liquidités à bas taux, pour satisfaire les remboursements des intérêts des dettes souveraines des pays les plus en difficulté, aura de lourdes conséquences pour l’économie, l’activité et l’emploi. Si la réduction des déficits est impérative pour stabiliser la dette, l’absence de croissance qui va en résulter peut avoir de lourdes conséquences.

En l’absence de relance de l’activité au niveau européen et plus particulièrement dans la zone euro, une politique essentiellement basée sur l’austérité et la rigueur entraînera le continent européen dans la récession. Espérons tout de même que le bon sens l’emporte sur le dogmatisme. Comment le continent le plus riche du monde pourrait-il se contenter de s’enfermer dans une impasse, pour une durée indéterminée, sans risque d’explosion ?

J.M.


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La croissance et l’emploi dans l’Union

Sachant que l’un ne va pas sans l’autre…


Tandis que l’Allemagne termine l’année 2011 avec un taux de croissance de 3%, la France se tient dans la moyenne européenne, avec un taux de croissance de 1,7%. Les prévisions de croissance pour l’année 2012 ne sont pas optimistes du tout. Elles ont toutes été revues à la baisse pour les pays du G20. Les experts de l’OCDE indiquent que la zone euro aura un taux de croissance quasi nul de l’ordre de 0,3%, tandis que celui des États-Unis se raffermira entre 1,8 et 2%. Officiellement, pour la deuxième révision du budget 2012, le taux de croissance de la France a été fixé à 1%. Selon la Commission de Bruxelles, ce chiffre est encore trop optimiste. La croissance serait au mieux voisine de 0,6%. 


Source : bdidier.fr

 
Le gouvernement vient de le revoir à 0,5%. La plupart des taux de croissance des pays émergents devraient se situer autour de 6 à 7% et celui de la Chine serait un peu supérieur, l’an prochain. L’OCDE a incité l’ensemble des dirigeants du G20 à agir rapidement pour restaurer la confiance et éviter une sévère contraction des économies développées parce qu’avec la crise de la dette, des déficits, c’est désormais la crise de l’emploi qui sera la priorité des priorités et en cas de carence, personne ne pourra en mesurer les conséquences. Les pays émergents, comme la Chine, sont très attentifs à l’aggravation de la situation. Leur croissance peut en souffrir également. Christine Lagarde, à la tête du FMI, ne cesse de demander à l’Union européenne de réagir pour éviter des risques de récession qui pourraient entraîner l’ensemble du monde économique. Ce déficit de croissance annoncé inquiète. 

Le tissu industriel français s’effrite depuis des années. En 10 ans, plus de 500.000 emplois ont été détruits. En 2011, le secteur industriel concerne environ 3.200.000 emplois.

À noter que sur la même période, l’Allemagne a perdu plus de 450.000 emplois industriels. Mais, pays producteur et exportateur, elle préserve un tissu industriel bien mieux structuré et plus important avec près de 7.500.000 emplois industriels. Face à leur impuissance et à leur manque d’idées, les acteurs sociaux français, syndicats et patronat, comme le pouvoir assistent avec plus ou moins de passivité à cette décomposition. Des gadgets de dernier recours, plus médiatiques que réalistes, ne suffisent pas à convaincre de leur effet salvateur.

À la fin du mois de novembre 2011, dans l’Union européenne, le taux de chômage, en projection, corrigé des variations saisonnières, était de 9,8%, légèrement plus faible que dans la zone euro où il s’élevait à 10,3%. Selon les estimations d’Eurostat, cela touche plus de 23,2 millions de personnes pour l’ensemble de l’Union dont 16,2 millions pour les pays de la zone euro. Sur un an, le chômage a baissé dans 14 États membres et augmenté dans les 13 autres. Hors zone euro, le Danemark, la République Tchèque et la Suède tirent leur épingle du jeu. Dans la zone euro, parmi les plus faibles taux de chômage, il faut retenir l’Autriche, les Pays-Bas et le Luxembourg avec un taux inférieur à 5%. L’Allemagne avec un taux de 6% se défend bien. La France affiche, à la même date, un taux de près de 9,7% en augmentation. Les prévisions ne sont pas du tout optimistes. L’INSEE affiche plus de 2,8 millions de chômeurs et 4,4 millions de demandeurs d’emploi. À cela s’ajoutent des millions de salariés en situation de vulnérabilité, sans parler des autres millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. 



Dans la zone euro, les taux de chômage les plus élevés, à deux chiffres, touchent le Portugal, l’Irlande, la Grèce et surtout l’Espagne qui, avec ses 4,42 millions de chômeurs, dépasse les 21%. Parmi les catégories les plus touchées, dans l’Union européenne comme dans la zone euro, ce sont les jeunes de moins de 25 ans, plus de 5,3 millions avec un taux moyen de plus de 21%. Quant au taux de chômage des jeunes Espagnols, il est catastrophique et de loin le plus élevé dans l’Union. Il dépasse les 40%. 



Dans l’ensemble de l’Union européenne, les autres catégories en mal d’emploi sont, comme d’habitude, les personnes les moins qualifiées, les travailleurs intérimaires, temporaires ou précaires, les salariés non qualifiés, et les seniors au-delà de 50 ans. La France se trouve dans les mêmes créneaux, ce qui en soit n’a rien de surprenant. 



Certes, tous les pays n’ont pas été atteints de la même façon avec la même amplitude. Mais le constat est général en ce qui concerne la perte nette d’emplois, la baisse de l’offre, la faiblesse du nombre de créations d’emplois surtout dans les pays du sud de l’Europe, en insuffisance de production où l’économie est en majorité basée sur la consommation. Encore une fois, le poids d’un euro trop fort pèse sur l’emploi pour les pays européens les plus touchés avec l’accentuation des délocalisations vers l’Est. Chaque pays de l’Union, s’appuyant sur sa politique économique et de l’emploi, essaie de contenir ces afflux de chômeurs en fonction des outils et des amortisseurs sociaux dont il dispose, quand ils existent.

Par exemple, l’Allemagne a préféré le blocage des salaires ou leur réduction et/ou celle du temps de travail avec l’utilisation du chômage partiel aux licenciements. Sur ce point, l’effort du gouvernement allemand est remarquable. Il est 10 fois plus important qu’en France, avec un budget supérieur à 6 Md€. La flexibilité a été un atout. Ce choix a préservé l’emploi. Le coût du travail est aussi évoqué comme un avantage pour l’Allemagne. Faux, dans l’ensemble les coûts sont assez voisins. Cependant, il faut rappeler qu’en Allemagne, il n’y a pas de salaire minimum imposé. Le tarif horaire peut descendre parfois jusqu’à 3,00 €. Le soutien, grâce à de la main d’œuvre étrangère, est important. Il est varié, composé de Polonais, de Tchèques, de Roumains, souvent payés aux conditions de leur pays respectifs ! Certains politiques et journalistes affirment aussi que l’Allemagne travaille plus et que c’est pour cela qu’elle a pu résister à la crise. Un simple rappel de Jacques Attali suffit à remettre les pendules à l’heure : le temps de travail annuel est de 1559 heures en France, tandis qu’il est de 1432 heures en Allemagne, en incluant, le travail à temps partiel, le chômage partiel et les vacances. La discussion est ouverte aussi sur le terrain de la productivité. D’autres experts, économistes ou politiques polémiquent sur le sujet… 



Pour sa part, le Royaume-Uni, avec un chômage de 10,3 % et un déficit annuel de 8,1% de son PIB s’est fixé des objectifs drastiques de diminution des dépenses de l’État. David Cameron n’y va pas de main morte. Son libéralisme exacerbé lui dicte une ligne de conduite dure. Cela commence par des augmentations de taxes et d’impôts, par le blocage des salaires, le recul de l’âge de la retraite à 67 ans, la réduction du montant des retraites et la baisse des effectifs des fonctionnaires, correspondant à 700.000 suppressions de postes ou d’emplois sur 5 ans. C’est le travailler plus pour gagner moins façon outre-manche qui trouve quelques adeptes politiques. Des manifestations dans la rue s’organisent. Les frais de scolarité pour les universitaires ont été également très fortement multipliés, ce qui a entraîné une violente colère des étudiants. Mais les Britanniques gardent leur sang-froid pour l’instant. À leurs yeux, l’Union européenne et l’euro sont devenus de sérieux boucs émissaires… 



Toutes sortes de mesures ont été essayées et utilisées à différents niveaux dans les pays de la zone en difficulté. L’Irlande, l’Espagne, le Portugal et l’Italie se sont attaqués au nombre d’employés de la fonction publique et à la réduction de leurs salaires. L’âge de départ à la retraite, le nombre d’années de cotisation et le montant des retraites ont été mis en cause. En Italie, le nouveau tour de vis sévère, réclamé par Mario Monti, apparaît comme le dernier recours possible pour essayer de sortir de la crise. La Belgique est aussi concernée par des mesures de rigueur. Elio di Rupo, son nouveau Premier ministre et son gouvernement sont à la peine. Globalement, la France a échappé pour l’instant, mais pour combien de temps, à de forts soubresauts. Il est vrai que l’échéance présidentielle n’est pas étrangère à cet effet retardateur. Mais le retour de la croissance n’est pas pour tout de suite… 


J.M.


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