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Mai 2016

Rémunérations des grands patrons : l’État dispose de leviers d’action pour les limiter

mai 2016


Du 19/05/2016 par Philippe Villemus, propos recueillis par Sébastien Billard pour Le Nouvel Obs

LE PLUS. Faut-il limiter la rémunération des grands patrons ? Oui, répondent 40 personnalités dans "Libération". "Nous demandons au gouvernement de légiférer pour que, désormais, un patron ne puisse pas être rémunéré plus de 100 Smic", écrivent-ils. Une telle limite est-elle pertinente et possible ? Éclairage de Philippe Villemus, auteur de "Le patron, le football et le smicard".

La question de la rémunération des grands patrons est récurrente. Et pour cause : depuis le début des années 1990, celles-ci se sont envolées. À tel point que les patrons français sont aujourd’hui sans conteste les mieux payés du monde après les Américains…

Non seulement ces rémunérations ont augmenté à un rythme sans commune mesure avec l’évolution de la rémunération moyenne des Français, mais en plus, la situation s’aggrave encore, les écarts se creusent plus que jamais, et ce en dépit des polémiques.

Une singularité française

En matière de rémunération, il faut savoir qu’il existe bel et bien une singularité française. Si les rémunérations de "nos" patrons sont si élevées, c’est d’abord parce que cette élite est dans notre pays bien plus petite que dans d’autres.

On parle ici d’une élite d’à peu près 200 personnes, dont une bonne moitié est issue des grands corps d’État. Ils ont souvent été dans les mêmes lycées, fait les mêmes prépas, les mêmes écoles, travaillé dans les mêmes cabinets ministériels.

De par la structure du capitalisme à la française, il y a des relations très incestueuses entre ces individus, et une grande porosité entre Bercy et les conseils d’administration des grands groupes français. Conséquence : nos patrons sont des cumulards. Ils cumulent les mandats dans les conseils d’administration, et un système de renvoi d’ascenseur existe.

En France, les grands patrons sont pour la plupart d’anciens hauts fonctionnaires, là où, aux États-Unis, on note plus de concurrence, de diversité, de mouvement.

Le marché mondial des patrons ? Un mythe

Au regard de cette situation, limiter les rémunérations des grands patrons me semble à la fois souhaitable et possible.

Ceux qui refusent toute modération se cachent souvent derrière le mythe d’un marché international des PDG. Si on limite les rémunérations des patrons français, ces dernières iront travailler pour de grands groupes étrangers, disent-ils.

Ceci est pourtant un mythe dénué de toute réalité. C’est une farce inventée par l’establishment français pour justifier de gros salaires. Car à la différence du marché des footballeurs, ou du marché des cadres de haut niveau, il n’existe pas de marché mondial des patrons.

Aucun Français n’est à la tête d’une groupe du Dow Jones, aucun Français n’est à la tête d’un groupe du Nasdaq, aucun Français n’est à la tête d’un groupe du DAX. Tout juste trouve-t-on un demi PDG français au Nikkei si l’on compte Carlos Ghosn chez Nissan. Depuis 1986, date de création du CAC 40, aucun PDG français n’a même été débauché par un groupe étranger à un poste de PDG.

Oui, l’État dispose de leviers d’action

L’existence d’un marché mondial des patrons étant une farce, on ne voit pas bien pourquoi l’État ne pourrait pas agir sur ce sujet. Il dispose d’ailleurs de plusieurs leviers pour le faire.

1. Augmenter la fiscalité

Si ce n’est pas à l’État de fixer le niveau des salaires dans des entreprises privées, il peut en revanche agir à travers le niveau d’imposition, en mettant en place une fiscalité dissuasive sur les très hauts salaires. Pourquoi, par exemple, ne pas imaginer un taux d’imposition de 80 ou 90% pour la part des salaires supérieures à 3 ou 5 millions d’euros ?

2. Intervenir dans les conseils d’administration

Dans les entreprises dans lesquelles il possède des participations, l’État peut aussi avoir son mot à dire dans les conseils d’administration et les comités de rémunération.

S’il ne le fait pas aujourd’hui, ou insuffisamment, c’est parce que les liens entre hauts fonctionnaires (et plus particulièrement Bercy) et grands patrons sont très forts en France, comme nous l’avons dit plus haut. Les rémunérations ne sont pas tant fonction de l’utilité ou du talent mais le résultat de l’arbitraire et de la cooptation.

3. Interdire les parachutes dorés

Derrière les rémunérations importantes des patrons français se cache un important "mille-feuille" dont le salaire n’est qu’une partie, parfois même "négligeable". Parachutes dorés, retraites chapeau, bonus, actions s’ajoutent au salaire proprement dit. Ces dispositifs peuvent être interdits. Leur légitimité est d’autant plus posée qu’ils soulèvent un problème de responsabilité.

Les parachutes dorés, par exemple, ne sont pas autre chose qu’une incitation à l’échec. C’est bien la preuve que rémunération importante va rarement de pair avec responsabilité sociale. De même, les retraites chapeaux devraient être interdites : car pourquoi rémunérer la fonction quand on ne l’occupe plus au-delà des seuils normaux de retraite.

4. Mettre en place des contre-pouvoirs

Enfin, il est urgent de réformer la composition des conseils d’administration. Des administrateurs vraiment indépendants doivent y avoir une place et surtout, une plus grande transparence doit primer. Car le pouvoir absolu dont bénéficie les grands patrons français les a rendu jusqu’à maintenant absolument fous.

A suivre dans L’OBS-Le Plus

Commentaire de CE21 :

De quoi s’agit-il et qui est concerné ?

L’appellation « grands patrons » en elle-même est déjà « suffisante ». Elle ne touche qu’un nombre très restreint de personnes. Mais l’objet dérange. Le choc des chiffres est insupportable à l’opinion.

Quels sont les grands groupes et les sociétés dérangés par ce problème ? Les principaux font partie du CAC 40 auxquels viennent s’ajouter quelques dizaines de « très grandes entreprises » multinationales, françaises ou étrangères.

Au total, si cela implique une centaine de dirigeants, seulement moins d’une dizaine d’entre eux sont en cause. C’est pourquoi il faut cesser de tout mélanger. Evidemment, les patrons des ETI, ME, PE et TPE ne sont pas du tout concernés ! Sortons de la confusion...

De fait, ce sont les salaires et l’ensemble des revenus complémentaires de dirigeants de « grands groupes ou de sociétés », cotés en bourse, qui font l’objet d’une attention particulière et de remarques essentielles sur l’abus.

Pour autant comme l’explique Philippe Villemus, l’excès est toujours répréhensible. il donne lieu à des réactions permanentes, à tous les niveaux et dans toutes les classes de la Société. Argumentés ou non, les propos qu’ils suscitent, parfois dérangeants dans la forme, attachés au principe de liberté des revenus, interpellent sur le fond et ne trouvent pas toujours d’échos favorables, bien au contraire...

Dans la situation sociale et économique actuelle, l’attitude de certains conseils d’administration, jugés à la botte, est très regrettable. Mais il est vrai que l’intelligence est loin d’être toujours au rendez-vous lors de ces prises de décision. C’est souvent l’intérêt personnel du membre du conseil qui prédomine, alors pourquoi ne pas laisser l’assemblée générale des actionnaires prendre elle-même ses responsabilités...

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