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Novembre 2015

Attentats - Revue de presse : les habiletés de François Hollande

novembre 2015


Du 17/11/2015 par Le Point (source AFP)

La presse salue le discours du président de la République hier à Versailles tout en regrettant des mesures tardives et un rassemblement tactique.

Depuis les attentats de vendredi et la première intervention de François Hollande, le mot de guerre est dans toutes les bouches. Et après le discours du président de la République face au Congrès réuni à Versailles, c’est désormais une réalité."Enfin ! L’État a pris la mesure du péril qui pèse sur la France (...) Nous ne sommes pas en guerre depuis vendredi soir, ni depuis Charlie, nous le sommes depuis des années. Le temps de l’aveuglement et des bons sentiments est terminé", écrit dans L’Alsace Raymond Couraud. Des mesures ont été annoncées hier par François Hollande. Un discours plutôt salué par la presse, mais qui n’empêche par certains éditorialistes de noter un coup tactique tenté par le chef de l’État.

Le bon ton du président

"La guerre, donc. François Hollande a endossé, comme il sait le faire, ses habits les plus martiaux pour s’adresser au Congrès réuni et à la nation tout entière. Par la gravité du ton, la qualité des formules, la densité du discours, il a pris la mesure de cette épreuve historique et, par la même occasion, marqué un point politique, note Laurent Joffrin dans Libération. L’augmentation des moyens de sécurité, l’expulsion des étrangers convaincus d’activité terroriste, la coopération internationale contre la terreur, l’intensification des opérations contre l’État islamique, sont légitimes. D’autant que ces annonces sont encadrées par le rappel des principes de liberté et complétées par la volonté de respecter le droit d’asile.(...) On doit examiner avec vigilance l’arsenal de mesures nouvelles présentées au Congrès. (...) Les autres pays européens, dans des circonstances analogues, n’ont pas proclamé l’état d’urgence. Sa prolongation en France est-elle justifiée ? Les mesures d’exception qu’on agite sont-elles conformes à nos principes ? Pour se battre, il faut un idéal. Commencer par l’écorner, c’est s’affaiblir d’emblée."

Les Échos, par la plume de Cécile Cornudet, salue un changement dans l’attitude de François Hollande : "Il bouge (saisie du Conseil de sécurité de l’ONU, rencontres avec Barack Obama et Vladimir Poutine, prolongation de l’état d’urgence, révision de la Constitution...) et il tranche. Deux verbes qui ne lui étaient jusqu’ici jamais accolés. Il va aussi très clairement sur le terrain de la droite, reprenant sa phraséologie et certaines de ses idées fixes – comme la déchéance de nationalité. Tous les sujets peuvent être abordés de face, signifie-t-il, y compris le sujet migratoire, dont le FN fait sa priorité. La gauche de la gauche s’inquiétait depuis les attentats de vendredi d’un possible virage à droite ? Dans les mots et l’intention du moins, François Hollande l’emprunte quand même. Deux objectifs à ce tournant. "Protéger les Français", comme il l’a dit plusieurs fois, fût-ce donc en prenant ses amis à revers. La répétition des attentats l’obligeait à hausser le ton pour être crédible sur la sécurité : François Hollande va plus loin encore, comme s’il voulait incarner l’unité nationale à lui tout seul, au moment où la droite la lui refuse."

Un rassemblement... tactique ?

Jean Levallois, de La Presse de la Manche, note la volonté de François Hollande de rassembler. "Tout au long de son intervention, le chef de l’État a démontré qu’il avait su écouter les responsables politiques reçus la veille à l’Élysée. Même si tous ne retrouvent pas reprises l’ensemble de leurs propositions. En janvier, François Hollande avait enfin revêtu les habits de président. Hier, il a pris une autre dimension, en démontrant qu’il mesurait l’impact des attentats de vendredi. La démocratie, pour survivre et ne pas tenter les ennemis intérieurs ou extérieurs, doit en même temps être un régime d’autorité qui préserve ses valeurs. La vie est difficile. Celle des peuples et celle des États aussi. Et c’est le devoir du chef de l’État, du gouvernement et du Parlement de neutraliser ceux qui veulent nous détruire. Il ne s’agit pas, a-t-il rappelé, d’une guerre de civilisations, car les terroristes n’incarnent aucune civilisation. Or, c’est l’honneur de l’Humanité de progresser vers le mieux vivre ensemble, en terrassant toutes les formes de barbarie."

Une rassemblement tactique ? Selon La Voix du Nord, "l’art de la synthèse devient encore plus difficile que devant un congrès socialiste. Le président chef de guerre a montré hier qu’il n’en oubliait pas pour autant la tactique politique. D’un côté il se montre ouvert à tout l’arsenal de mesures autoritaires prônées par l’opposition, y compris celles de Nicolas Sarkozy qu’il soumettra tout de même à l’avis du conseil d’État. De l’autre il renvoie son prédécesseur aux coupes effectuées dans les effectifs de la police et de l’armée et qui l’obligent aujourd’hui à recréer des postes dans un contexte budgétaire tendu. La Marseillaise entonnée à l’unisson à la fin de son discours ne doit donc pas faire illusion." "À la tribune et dans les couloirs de Versailles, les couacs dans l’interprétation de l’hymne à l’unité nationale se sont vite fait entendre. Et passé le moment du deuil, la campagne électorale reprendra vite ses droits", poursuit Hervé Favre. "Il n’a pas hésité à puiser dans les propositions de la droite. C’est habile sur le plan politique", constate Patrice Chabanet du Journal de la Haute-Marne. Tout comme Christophe Hérigault qui dans La Nouvelle République du Centre-ouest pense que "François Hollande, hier à Versailles, aura d’abord su faire montre d’une indéniable habileté..."

"L’islamisme sera d’abord défait par les musulmans" ("Le Monde")

Sur les mesures annoncées, Yves Thréard du Figaro pense que la question d’une révision constitutionnelle n’est pas "nécessaire". "Sur le plan intérieur, l’heure est à moins d’angélisme. Mais que de temps perdu, là encore ! La déchéance de nationalité des djihadistes binationaux nés en France, que le chef de l’État se résout à accepter, a été maintes fois demandée par la droite, mais elle a toujours été rejetée par la gauche. Il est sidérant aussi de l’entendre militer pour des peines de prison alourdies alors que la garde des Sceaux revendique une politique exactement inverse depuis trois ans. Les effectifs de police, gendarmerie, justice et des douanes seront renforcés. Ceux de l’armée ne seront pas diminués comme c’était prévu. La menace terroriste impose sans aucun doute ces dépenses. Mais, faute d’économies par ailleurs, celles-ci se traduiront par une grave dérive de nos déficits. Le réalisme ne devrait pas empêcher la rigueur. Enfin, plutôt que de vouloir réviser la Constitution pour reconsidérer l’état de siège, ce qui ne semble vraiment pas nécessaire, François Hollande aurait mieux fait de dire comment il compte lutter contre l’islamisation des délinquants, fermer les mosquées fondamentalistes et contrôler l’immigration. Pour détruire Daesh, il en faudra davantage."

Détruire Daesh, un objectif réaliste ? Le Monde est sceptique : "Il ne faut pas se tromper sur la nature du combat à mener. Il ne relève pas de la guerre classique. Sous le choc de l’horreur, certains responsables politiques parlent de déployer des troupes au sol. Elles ne feraient sans doute qu’accroître encore le nombre de candidats au djihad – et qui sait si l’attentat de Paris n’avait pas pour objectif de pousser la France à un tel engagement terrestre ? (...) Le djihadisme sera-t-il "vaincu" pour autant ? Il ne faut pas mentir à l’opinion. Le seul démantèlement de la logistique paraétatique de l’EI n’y suffira pas. Parce qu’il relève d’une pathologie propre à l’islam, parce qu’il est une idéologie totalitaire, l’islamisme sera d’abord défait par les musulmans."

Le rôle des musulmans dans cette "guerre" est primordial pour Dominique Greiner pour La Croix. "Nous, musulmans de France, nous ne pouvons qu’insister sur la cohésion nationale pour refuser ensemble ce malheur qui nous frappe et nous attaque indistinctement, déclarait lundi le recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, (...) Les propos de l’ancien président du Conseil français du culte musulman (CFCM) résument bien la gêne des responsables des communautés musulmanes, en France et à travers le monde : s’ils condamnent avec fermeté les attaques terroristes, ils doivent bien admettre qu’elles ont été perpétrées au nom de l’islam. Et ils auront beau s’en dissocier, dire incarner une autre conception de l’islam, citer des versets contradictoires du Coran, mettre en garde contre une conception erronée du djihad (la "guerre sainte"), ils ne pourront éviter de se demander pourquoi et comment leur tradition d’appartenance a pu faire l’objet d’une telle perversion. Pourquoi et comment leur religion, présentée comme vecteur de paix, a conduit certains à devenir des anges de la mort ? À défaut d’une réponse convaincante, les musulmans laisseront prise au courant islamophobe qui véhicule haut et fort l’idée que l’islam est intrinsèquement violent."

Arrêter de faire "des risettes" aux États du Proche-Orient ("DNA")

Les alliances sont également au coeur des interrogations. Dominique Juong, des Dernières Nouvelles d’Alsace, exhorte le chef de l’État à renoncer "à la duplicité diplomatique qui conduit à faire des risettes à des États du Proche-Orient hostiles aux valeurs républicaines si solennellement évoquées depuis janvier". "Le culte du pétrodollar a ses limites, qui sont largement atteintes, poursuit-il. Quand on voit que l’Arabie saoudite a récemment été invitée à présider une commission consultative de l’ONU chargée des droits de l’homme, on ne peut qu’être inquiet de cet aveuglement. Nous sommes en guerre, proclame-t-on depuis samedi. D’accord, mais alors sachons au moins où sont nos amis et nos ennemis, lesquels ne se dissimulent pas seulement dans les caves de Paris ou de Lyon transformées en arsenaux militaires."

Bruno Dive de Sud Ouest note un inflexion diplomatique. "Hollande veut "mettre chacun face à ses responsabilités", aussi bien "les pays voisins" (Turquie, Arabie saoudite et Qatar ne sont pas nommés) que l’Europe qu’il veut mobiliser "en vertu du traité de l’UE qui prévoit que lorsqu’un État est agressé, tous les États membres doivent lui apporter solidarité contre cette agression". Sous-entendu, la France en a assez de porter seule le fardeau. Hollande en profitera au passage pour indiquer que Paris ne tiendra sans doute pas ses objectifs en matière de réduction des déficits ou de la dette. Il le fera d’une formule bien à lui : Le pacte de sécurité doit l’emporter sur le pacte de stabilité."

A suivre dans Le Point

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