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Septembre 2015

Scandale Volkswagen : le "made in Germany" perd de sa superbe

septembre 2015


du 23/09/2015 par Frédéric Thérin, à Munich (Le Point)

Adieu l’image d’Épinal, ou de Wolfsburg. Le monde commence à comprendre que sa vision idéaliste du « made in Germany » était plutôt éloignée de la réalité.

Ah, l’Allemagne... Ses produits d’une qualité incomparable et soucieux de la protection de l’environnement imaginés par des ingénieurs de haut vol. Ses fabricants à la réputation irréprochable toujours à l’écoute de leurs consommateurs et respectueux de la loi. Les images d’Épinal forcent souvent le trait, mais elles reposent généralement sur un fond de vérité.

Un scandale aux conséquences énormes

Les conséquences du scandale qui touche Volkswagen risquent en effet d’être énormes pour l’Allemagne tout entière. Ferdinand Dudenhöffer est encore sous le choc. « Personne n’aurait imaginé que Volkswagen puisse mentir », s’étonne cet expert automobile qui enseigne à l’Université de Duisburg-Essen. « Les gens de Wolfsburg (siège de VW, NDLR) représentaient un idéal de l’ingénierie allemande, renchérit l’éditorialiste Ulf Poschardt dans les colonnes du quotidien Die Welt. Cette image est égratignée et cabossée. Au minimum. » Le journal conservateur va encore plus loin dans un article : « VW a ruiné la marque made in Germany, condamne ce titre. Les voitures allemandes avaient la réputation d’être d’excellente qualité. Avec sa manipulation, la marque nuit non seulement à elle-même mais aussi à l’économie allemande. » Fermez le ban. Le député bavarois de l’Union chrétienne-sociale (CSU), alliée à la CDU d’Angela Merkel, juge, lui aussi, que cette affaire porte « un énorme coup (...) à l’industrie allemande ». Or ce secteur est vital pour la première puissance de la zone euro.

Un emploi sur sept

L’industrie représentait en effet l’an dernier 30,7 % de son produit intérieur brut, selon la Banque mondiale. Un chiffre largement supérieur à celui enregistré en France (19,4 %). Les constructeurs automobiles ont une place à part dans ce marché. Avec une production annuelle de 5,9 millions de véhicules en 2014, la république fédérale est le quatrième producteur mondial de voitures derrière la Chine (23,7 millions), les États-Unis (11,6 millions) et le Japon (9,7 millions). Eurostat estime que 825 000 Allemands travaillent dans le secteur automobile, mais, si l’ensemble des sous-traitants sont intégrés dans ce secteur, le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung a calculé qu’un emploi sur sept outre-Rhin dépend de l’industrie automobile. Ces chiffres font mieux comprendre l’impact désastreux que pourrait avoir la tricherie de VW pour l’ensemble de l’économie allemande.

Un camouflet pour Merkel

Ce scandale est de surcroît un véritable camouflet pour Angela Merkel. La chancelière ne cesse en effet de demander à ses partenaires de réduire leurs gaz à effet de serre. Elle a, malgré de nombreuses critiques, engagé son pays sur la voie de la « transition énergétique » en imposant notamment la fermeture de toutes les centrales nucléaires avant la fin 2022. Pour produire 60 % de son énergie et 80 % de son électricité grâce aux renouvelables d’ici 2050, la république fédérale a prévu d’engloutir d’ici 2022 680 milliards d’euros de subventions. Ces sommes colossales étaient supposées montrer le sérieux de Berlin quant à sa volonté de lutter contre le réchauffement climatique. En découvrant que VW avait installé sur onze millions de ses véhicules un logiciel afin de dissimuler leurs rejets nocifs, Angela Merkel n’a pas dû bondir de joie. Dissimulant comme à son habitude ses émotions, elle a demandé hier que le constructeur fournisse des explications rapides dans « une totale transparence ».

Des scandales en cascade

Cette affaire n’est toutefois pas la première à venir ternir l’image du « made in Germany ». Deutsche Telekom a été montré du doigt pour avoir ainsi graissé la patte de plusieurs fonctionnaires lors de l’ouverture du marché des télécommunications en Macédoine en 2005. Daimler a, quant à lui, payé 180 millions de dollars à la justice américaine pour mettre fin à une enquête fondée sur des accusations de corruption. Et Siemens a été contraint de verser en 2008 une amende de près de 1 milliard d’euros pour avoir utilisé des caisses noires en Argentine, au Bangladesh, en Irak et au Venezuela. Cette liste à la Prévert ne s’arrête pas là. Des dirigeants d’Ikea Property, qui gère le parc immobilier du distributeur en Allemagne, ont été arrêtés pour avoir monnayé pendant vingt ans des contrats de construction contre des pots-de-vin se chiffrant en dizaines de millions d’euros. RWE ainsi que les filiales rhénanes de Faurecia et Philips ont, elles aussi, été soupçonnées de malversations. Ferrostaal ne s’est pas contenté, quant à lui, de payer des pots-de-vin pour ses propres affaires mais il aurait également servi d’intermédiaire pour d’autres entreprises en échange d’une commission. La compagnie aurait notamment versé 850 000 euros de dessous de table à des décideurs de la marine colombienne et du ministère colombien de la Défense pour permettre à une entreprise du port de Brême de décrocher un contrat de 28 millions d’euros portant sur la construction d’un patrouilleur pour les gardes-côtes. Un « service » rémunéré par une commission de 5 %...

L’ancien directeur du personnel de Volkswagen a, pour sa part, été condamné à de la prison ferme pour avoir accepté environ 2 millions de dollars de pots-de-vin. VW déjà... Le « made in Germany » n’est plus ce qu’il était...

A suivre dans Le Point.fr

Commentaire CE21 :

Au nom de la compétitivité chez l’Oncle "Sam"...

La superbe de la première marque automobile mondiale a été violemment secouée. Volkswagen a mis le genou à terre. Fraude, ce n’est pas une faute anodine. Consciemment préparée sur ce terrain US inaccessible, le géant allemand vient de rendre les armes. La course à la compétitivité que nos dirigeants et industriels stimulent à longueur de discours est ternie.

Au delà du sens des normes imposées, souvent inaccessibles, le jeu de VW révèle la pseudo-performance du modèle industriel allemand, avec des coûts de main d’oeuvre avantageux, des sous-traitances d’exception, des travailleurs détachés et un smic qui se cherche. La politique est tenue de s’en mêler. Le gouvernement et la chancelière en tête réclament la transparence sur cette affaire. L’image d’une Allemagne intouchable est écornée...

Mais qu’en est-il en Europe et chez les autres constructeurs ? Alors avant de voir l’étendue du désastre armons-nous de patience, si on ose nous dire la vérité ?

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