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ÉDITORIAL

Exécutif : une lourdeur de proximité très gênante…

Un frein pour le passage à l’action ?

mars 2015


Depuis toujours, les solutions pour engager des réformes proposées par nos politiques, toutes tendances confondues, n’ont jamais été satisfaisantes. Les remèdes sont à la marge. Ils n’ont aucun effet sur le fond.

La plupart du temps, il s’agit d’effets d’annonces, accompagnés d’une multitude de gesticulations politico-médiatiques, pour la plupart destinées à rassurer l’opinion publique, et à ne pas contrarier les partenaires sociaux. Ces dernières années, tous les gouvernants ont veillé à ne pas toucher aux acquis pour préserver à la fois la paix sociale et leur chance de garder le pouvoir.

Un concours d’influence sous toutes ses formes…

Les gouvernements ont toujours besoin de « compétences » pour les aider. L’expérience montre que le pouvoir exécutif jusqu’à présent s’est entouré, par habitude, d’un effectif pléthorique, complété par des « proches » collaborateurs spécialisés, de préférence anciens élèves de l’ENA, souvent issus d’une même promotion ou ayant d’autres affinités particulières !

Début 2015, le premier ministre Manuel Valls compte 16 ministres et 17 secrétaires d’Etat, entourés de plus de 350 conseillers censés aider à la mise en place de la politique du pouvoir ! De son côté, le président de la République, François Hollande, est entouré d’un Cabinet, composé de plus de 40 conseillers. Sur ce point, il n’y a aucune différence significative avec le quinquennat précédent.

Source : AFP



A ces ensembles officiels s’ajoute l’influence d’experts « reconnus » et de quelques philosophes de « salon », intervenants sur tous les sujets. Ils sont toujours les bienvenus à « Matignon » ou au « Palais de l’Elysée ». Ce sont souvent les mêmes personnes qui ont leur droit d’entrée dans l’un ou l’autre lieu. Il leur faut savoir jouer « placé ». Ce qui n’arrange rien, c’est aussi la présence quasi-permanente de certains politiques engagés, majorité ou opposition, députés, sénateurs, qualifiés d’« intouchables ». Ils occupent le rang de « privilégiés » influents.

Ajoutons à cela, l’influence remarquée de tas de lobbies « particuliers », de communautés religieuses, de dirigeants du Cac 40, du patron du Medef, de leaders syndicaux et patronaux, de journalistes « habilités » et de quelques entourages proches toujours très discrets, voire secrets, de francs-maçons entre autres, avec lesquels le président entretient des liens. Les « camarades » de promo de l’ENA ou du parti socialiste sont aussi toujours très présents.

La proximité du pouvoir convient à une multitude d’assoiffés qui cherchent toujours prétexte pour être présents. Ils n’hésiteront pas à se battre comme dans un « panier de crabes ». Le dogme de la France « élitiste » règne en maître dans les choix. Toutes les autres formes de lobbying se manifestent auprès des proches de l’Elysée. Tous les gouvernements, y compris celui-ci, hésitent à repousser ces « envahisseurs » habituels et font semblant de les écouter tout en essayant de les ignorer. Mais tradition oblige. Cet environnement, composé d’experts ayant acquis des « compétences par attribution », contribue à influencer l’exécutif (Matignon et Elysée), allant parfois jusqu’à le paralyser dans son action. Là encore, les habitudes n’ont pas évolué depuis des décennies. Elles ont même une tendance à se renforcer. La recherche du consensus avant d’agir est un obstacle souvent insurmontable.

Plus de 1200 comités ou commissions « Théodule » contribuent à la confusion !

Depuis des années, notre « pouvoir » ressent des contrecoups. Il s’est laissé envahir par une kyrielle de comités « Théodule », d’instituts, d’officines, d’observatoires et d’agences publiques en tous genres. Envisageant de transformer un certain nombre d’administrations en agences, François Fillon a contribué à faire croître leur nombre, tout en en supprimant 225. Cela devait entrer dans le cadre de sa révision générale des politiques publiques (RGPP). Mais la « commissionnite aiguë » s’est à nouveau transmise sans problème.

Source : Contrepoints et Observatoire des gaspillages



L’Inspection générale des finances (IGF) en dénombrait plus de 1200, plus ou moins justifiées, fin mars 2012. Dans un rapport, paru fin septembre de la même année, elle en soulignait leur coût important pour l’Etat et aussi une fuite budgétaire mal maîtrisée. La plupart de ces organismes, rattachés auprès du premier ministre ont pu, au fil du temps, contourner les restrictions budgétaires imposées. Les retours bénéfiques concrets sont de maigre facture. L’IGF dénonçait dans son analyse : « leurs effectifs pléthoriques, l’absence de tutelle effective et de contrôle de l’État, on s’interroge sur l’efficacité de certaines d’entre elles et sur la légitimité de la rémunération de leurs dirigeants ». Une disparition progressive de la majorité de ces entités inutiles serait la bienvenue. A noter que Jean-Marc Ayrault avait entamé la fonte du système et plus de 100 agences avaient disparu début 2014 ! C’était censé n’être qu’un début. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Pour information, juste pour apprécier la différence d’organisation dans le domaine public, sachez qu’au Royaume-Uni, on compte moins de 150 agences satellites. De leur côté, l’Allemagne et la Suède avec des systèmes de fonctionnement là encore différents, affichent respectivement un peu plus de 250 et 270 entités équivalentes ! Pour rester réaliste, étant entendu que nos administrations ne sont pas les mêmes et que tout comparatif absolu est un non sens, on peut estimer que la suppression de 400 à 500 agences serait bienvenue. Pour autant personne ne peut contester la nécessité et la valeur ajoutée de nombreuses de ces agences. Il faut toujours favoriser le qualitatif devant le quantitatif.

Un pouvoir réel dans l’action en deçà du pouvoir potentiel affiché…

Ces freins, plus ou moins identifiables, se transforment en obstacles permanents. Ils sont liés aux décisions qui dérangent. Ils vont influer le pouvoir « exécutif » en le contraignant à sauvegarder sa relation avec ses innombrables conseillers, experts, contacts et leaders de réseaux locaux et environnementaux de tous horizons.

Au plan intérieur, à vouloir plaire ou pour le moins à ne pas déplaire, le pouvoir réel dans l’action est très loin du pouvoir potentiel affiché.

… Avant même d’aller devant le parlement !

Et là encore, nous n’avons pas évoqué le « poids » relatif mais existant du parlement (Assemblée nationale et Sénat) et la valeur ajoutée, elle aussi, toute relative du monde médiatique qui sort souvent du rôle qui devrait être le sien…

Source : Les Echos



L’utilisation de l’article 49-3 pour faire adopter la loi « Macron » avant l’envoi devant le Sénat a donné lieu à un triste spectacle. Il faut rappeler qu’il y a eu plus de 200 heures de débats, un millier d’amendements discutés. Tous ceux présentés dans la loi ont été adoptés par une majorité en séance. Majorité divisée, opposition aux « anges », la politique politicienne l’emporte. La motion de censure est rejetée.

Au fait quelle a été la vraie valeur ajoutée de cet ensemble de collaborateurs, de conseillers, de porte-serviettes et de visiteurs discrets ? Personne n’est en mesure de le dire, mais il y a une certitude, le temps perdu est très important. Sur les dizaines d’habitués, à « Matignon » ou à « l’Elysée » lesquels ont été les plus convaincants et les plus écoutés ? En attendant, c’est la France qui est en panne !

JM

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