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L’Union européenne et la zone euro

L’UE est-elle encore maîtresse de ses choix ?

Ou l’illusion des limites d’un système…

avril 2012


Qui peut se permettre aujourd’hui d’affirmer que notre pays est encore maître de ses choix souverains, politiques et financiers, économiques et sociaux sur l’échiquier européen ou mondial ? On peut faire le même constat pour l’Union européenne. Sans réel poids politique extérieur, elle inquiète ses membres bien plus qu’elle ne les rassure. L’Union européenne est un espace de paix prolongée, composée d’une mosaïque de pays tous différents. Ils ont leur langue, leur religion, leur culture, leur histoire, leur régime politique. Leur ambition et leur chance de réussite dépendent de leurs atouts ou de leurs manques, économiques et sociaux. Une partie de l’Union a été jusqu’à adopter une monnaie unique. L’avantage de cet ensemble doit-il se résumer à un aménagement particulier au milieu d’une simple zone de libre-échange à deux étages ?

Source : Wikipédia

 
Les déséquilibres économiques dans l’Union entre l’Est et l’Ouest ou le Nord et le Sud ont mis en évidence les faiblesses de la maîtrise du système en place. La crise de la dette a révélé une série de handicaps à surmonter dont le principal correspond à une absence totale de gouvernance. Depuis plus de 3 ans, c’est la même rengaine, la crise de la dette tient le haut du pavé. Au plan mondial, les pays émergents, Brésil, Chine et Inde, pour ne citer qu’eux, commencent à en ressentir les effets. Ceux-ci vont s’accentuer en 2012 avec des taux de croissance plus faibles. Leurs clients privilégiés, États-Unis et Europe sont en difficulté. Si les Etats-Unis sont parvenus à maintenir la tête hors de l’eau et désormais à repartir, la récession menace les pays de l’Union européenne et ceux de la zone euro. Les G8, les G20, les innombrables sommets européens et les autres rencontres bilatérales, n’ont pas permis de progresser dans le sens d’une sortie de crise. La politique du chacun pour soi demeure la référence.

L’Union européenne tente de masquer ce travers. La zone euro, derrière un faux-semblant de cohésion, est incarnée par une politique rigide induite par l’Allemagne, soutenue par la France. Le sauvetage de l’euro, à n’importe quel prix, dans n’importe quelle condition, devient obsessionnel. Ce duo de pays, historiquement et économiquement imbriqués, est indispensable au développement européen. Nul n’en doute. Mais il s’est transformé en un couple franco-allemand de responsables politiques trop partisans, au point d’oublier qu’ils ne sont pas seuls et que la zone euro ne représente qu’une partie de l’Union européenne.

Plus de la moitié des pays de la zone euro est sous perfusion. Les plans de rigueur et d’austérité se multiplient. Les Chefs d’État et de gouvernement des pays de l’euro continuent de tomber, tandis que les pays s’enfoncent dans la crise avec de surcroît une précarité de l’emploi et un chômage en hausse. Les marchés financiers confirment ce climat de défiance. Les taux d’intérêt d’emprunt, au service de la dette, sont prohibitifs pour les pays en difficulté. Les agences de notation y vont de leur couplet, en confirmant ou en anticipant les marchés, avec des dégradations collectives et individuelles dans tous les secteurs. Les pays ont droit à leur propre appréciation commentée politiquement. Les jugements sont de plus en plus comparatifs et manichéens. Il y a désormais les bons et les mauvais élèves.

Au-delà des prêteurs, dans ce contexte, les marchés sont turbulents avec la présence de spéculateurs qui profitent de cette situation. L’Union européenne et la zone euro ont montré leurs limites au rythme de la lenteur des prises de décision et du mal fondé de celles-ci. La crise grecque est un bel exemple de cette incapacité. La situation ne cesse de se dégrader. Nul ne peut s’en satisfaire. Prévoir une sortie de crise à 10 ans, sous réserve d’un respect absolu d’une politique de rigueur et d’austérité, est un raccourci sans aucun fondement crédible, confirmant qu’obstination n’est pas raison.

En ce début d’année 2012, les agences de notations sèment le trouble. Mais quelle crédibilité peut-on accorder à leurs notations ? L’agence, à capitaux français, Fitch & Ratings confirme le triple A de la France, jusqu’en 2013, avec une perspective négative ! Huit jours plus tard, l’annonce de l’agence de notation américaine Standard & Poor’s du 13 janvier tombe comme un véritable couperet. Avec la France, neuf pays de la zone euro voient leur note dégradée dont la plupart avec une perspective négative. Enfin le 16 janvier, c’est au tour de l’agence Moody’s de se prononcer, la France conserve son triple A. Elle ne donnera son point de vue sur les perspectives que dans trois mois ! Quant au Fonds européen de stabilité financière, le FESF, il est également dégradé par l’agence Standard & Poor’s. Le MES, Mécanisme européen de stabilité, est censé le remplacer en complicité avec le FMI et la BCE. Il faut attendre la suite. La signature du traité européen ne signifie pas encore sa ratification. Les marchés financiers ne sont pas surpris et ils avaient anticipé ces notations et leurs projections.

Depuis le début de la crise, l’Union européenne s’est trompée, préoccupée par les agences de notation, laissant planer un doute sur les marchés, quant à sa capacité de stimuler une reprise économique possible en 2012. Derrière un chacun pour soi, habilement maquillé, l’Allemagne a cru qu’il suffisait de montrer avec fermeté son chemin pour qu’il soit suivi par tous. La France, à ses côtés, la rassurait dans cette approche autant par intérêt économique que politique. À ce jour la zone euro est aux abois. Si l’Allemagne maintient sa note triple A avec des perspectives stables, l’Espagne, l’Italie et le Portugal sont sérieusement dégradés et dans une situation économique difficile. La Grèce est au bord du chaos, malgré l’illusion d’une stabilisation financière momentanée avec un défaut partiel supplémentaire ou total probable dans les mois à venir. Le paradoxe, c’est que les pays de l’Union, hors zone euro, comme le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède conservent de leur côté leur triple A.

Même la légère stabilisation des taux d’emprunt sur les marchés, pour le remboursement de la dette, pour les crédits des entreprises et les crédits à la consommation, ne suffira pas à rétablir la confiance. Malgré les efforts consentis par la BCE au bénéfice des banques privées, le manque de liquidités à bas taux, pour satisfaire les remboursements des intérêts des dettes souveraines des pays les plus en difficulté, aura de lourdes conséquences pour l’économie, l’activité et l’emploi. Si la réduction des déficits est impérative pour stabiliser la dette, l’absence de croissance qui va en résulter peut avoir de lourdes conséquences.

En l’absence de relance de l’activité au niveau européen et plus particulièrement dans la zone euro, une politique essentiellement basée sur l’austérité et la rigueur entraînera le continent européen dans la récession. Espérons tout de même que le bon sens l’emporte sur le dogmatisme. Comment le continent le plus riche du monde pourrait-il se contenter de s’enfermer dans une impasse, pour une durée indéterminée, sans risque d’explosion ?

J.M.

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