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ÉDITORIAL

Le Medef face au Pacte de responsabilité…

Et l’emploi dans tout ça !

mars 2014


Décidément, depuis des mois, on nous amuse. L’emploi est à la « Une » de la plupart des quotidiens, des magazines et des médias. Après l’échec concernant l’inversion de la courbe du chômage, en fin d’année dernière, les vœux du président levaient le rideau.

Le Pacte de responsabilité

Après avoir annoncé lors de ses vœux que les impôts et taxes étaient trop élevés, en particulier pour les entreprises, laissé entendre que le « trou » de la sécu était trop important, François Hollande a présenté le Pacte de responsabilité et de ses multiples modalités. Il retrouvait devant un parterre de journalistes français et étrangers sa posture de chef d’Etat. L’objectif est affiché. Le président s’exprime :

« Il (Le pacte de responsabilité) a un principe simple : c’est d’alléger les charges des entreprises, de réduire leurs contraintes sur leurs activités ; et en contrepartie de permettre plus d’embauches et davantage de dialogue social.

Source : Le Nouvel Observateur


Pourquoi ce pacte ? Parce que le temps est venu de régler le principal problème de la France : sa production. Oui, je dis bien sa production. Il nous faut produire plus, il nous faut produire mieux. C’est donc sur l’offre qu’il faut agir. Sur l’offre ! Ce n’est pas contradictoire avec la demande. L’offre crée même la demande ».

Ce pacte ouvre quatre chantiers :

« Le premier, c’est la poursuite de l’allègement du coût du travail… Le deuxième chantier, c’est de donner de la visibilité aux entreprises. Il ne peut pas y avoir d’investissements si le cadre n’est pas clair, si les règles changent… Avec deux exigences : l’investissement et l’emploi… Le troisième chantier du pacte de responsabilité, c’est la simplification… Le quatrième chantier, ce sont les contreparties, définies au niveau national et déclinées par branches professionnelles. Un « Observatoire des contreparties » sera mis en place et le Parlement y sera associé… Le pacte de responsabilité se veut un grand compromis social… La réduction de la dépense publique est le passage obligé pour réduire les déficits publics ».

Le Medef souffle le chaud et le froid

Pierre Gattaz, président du Medef est au charbon. Présent sur les antennes et dans les médias, il s’attache à démontrer que ce virage « politique » était attendu. Dans un premier temps, il confirme son accord de principe sur l’essentiel du Pacte. Les allègements du coût du travail avec plus de visibilité fiscale et une simplification des démarches administratives sont appréciés. L’entreprise « France » que le président du Medef prétend représenter dans sa grande majorité était en attente de « baisse de charges ». L’encouragement d’« une politique de l’offre » ne peut que satisfaire.

Mais là s’arrête cet enthousiasme de façade. Pierre Gattaz et son Etat-major sont aux aguets. De sérieux doutes s’installent avec la presse spécialisée sur les 50 milliards d’économies à réaliser avant 2017 pour mener à bien sur le fond ce pacte de responsabilité. La constitution d’un « Observatoire des contreparties » porte l’agacement à son comble. Celles-ci seraient définies « au niveau national par branches professionnelles ». Le Pacte de responsabilité est un « grand compromis social » dont la réussite dépend de la négociation entre partenaires sociaux. Le Medef et son président sont à bout.

Source : AFP


Le voyage aux Etats-Unis de François Hollande, au delà du rapprochement avec l’Oncle Sam, donne l’occasion de renforcer le discours entrepreneurial élyséen pour inciter à la création d’entreprises et à l’investissement en France. Une visite en Californie dans la Silicon Valley, est l’occasion choisie pour des rencontres avec des géants américains et des chefs d’entreprises innovantes françaises. La volonté d’agir peut se dégager de cette démarche. Pierre Gattaz en profite pour lâcher une « bombe médiatique » à Washington. Le Medef n’acceptera pas de contreparties ! Il reviendra sur ses propos le lendemain, en annonçant que les engagements seront chiffrés ! Cette provocation de Pierre Gattaz à l’étranger en voyage officiel et son recul immédiat contribuent au ridicule du scénario. Ce n’était ni le moment et ni le lieu pour l’afficher, alors que les modalités et les négociations n’ont pas commencé...

Et l’emploi dans tout ça

Les organisations patronales ne sont pas décidées à parler d’une même voix. La Confédération générale des petites et moyennes entreprises refuse toujours de s’engager sur des créations. Les intérêts avec le Medef sont divergents. Jean-François Roubaud ne peut se satisfaire pour les très petites et petites entreprises de quelques pour cent de réduction sur la masse salariale pour créer des emplois et s’engager dans des contreparties. Faisant allusion au « pin’s » arboré par son homologue du Medef, il réplique : « Je ne porte pas de pin’s. Je suis incapable de m’engager sur l’emploi ».

Source : AFP


Quant aux partenaires sociaux, côté salariés, ils sont muets. Les quelques propos inquiets de la part de Thierry Lepaon de la CGT et de Jean-Claude Mailly de FO, quels qu’en soient les bien-fondés, passent inaperçus. La CFDT avec Laurent Berger, comme à son habitude reste discrète. Mais tous ces leaders syndicaux ont un point commun : ils n’imaginent pas un cadeau de l’Etat sans garanties affirmées pour l’emploi. Peut-être attendent-ils le début des négociations pour s’exprimer plus fermement ? Les chômeurs et les sans-emploi ne sont pas représentés. Il n’existe aucune structure qui puisse leur permettre de participer à des discussions et de s’exprimer. C’est un autre question qui n’a jamais été abordée !

Sur le plan de l’emploi, Jacques Attali ne s’avance pas. Il se contente d’un simple constat : « les emplois aidés ne sont pas une solution ». Les résultats ne sont pas « bons ». Mais le « combat n’est ni gagné, ni perdu… Il faudra juger sur le moyen et long terme » dit-il. Un encouragement, sans engagement de sa part. Il est vrai que les nouveaux dogmes « références » en provenance de l’« Ecole de Chicago » qui ont franchi depuis longtemps l’Atlantique. Sophie Coignard et Romain Hubert ont clairement expliqué cela dans leur dernier ouvrage : « La Caste cannibale » chez Albin Michel. Ils l’expriment sans équivoque « quand le capitalisme devient fou ».

Ce qu’il ressort de ces interminables analyses et constats, c’est qu’ils évoluent peu. Si le décor change, le scénario reste le même et le texte n’ont pas changé. Pour mieux apprécier cette remarque, n’hésitez pas à consulter l’interview réalisée, il y a exactement 20 ans sur le thème : « Emploi : Vérités et contrevérités » que nous avons mis en ligne dans la colonne de gauche, en exclusivité ce mois-ci. Il est très édifiant sur l’immobilisme des mentalités...


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