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L’Union européenne et la zone euro

La compétitivité dans l’UE… à n’importe quel prix !

Lequel ? Et au détriment de qui ?

février 2014


La compétitivité ne se résume pas à parler sans cesse de mondialisation et de ses bienfaits, en assistant à des débats contradictoires et souvent vides de propositions. A Bruxelles, ils tournent toujours autour des mêmes thèmes : rigueur et austérité, productivité et mondialisation, économie et libéralisme.

A force de les décliner, ces mêmes « slogans » deviennent de moins en moins convaincants, en période de crise au niveau de l’Union européenne. La communication est parasitée. Le « fond » est sans message, le « contenu » sans objet et la « forme » laisse à désirer. Ce sont des successions de paradigmes qui inquiètent.

Quel chemin emprunter ?

Cette compétitivité dépasse le continent européen. Elle est mondiale et les règles, à cette échelle, sont loin d’être claires. L’Union européenne n’est pas seule dans le monde. Son point de vue en tant qu’entité indépendante face aux Etats-Unis, au Japon, à la Chine et aux autres pays émergents doit être relativisé. Tous ces pays ont choisi un autre chemin, celui de l’activité, de l’emploi et de la croissance. Ce n’est pas le cas de l’UE. Sans réel poids politique extérieur, l’UE inquiète ses membres bien plus qu’elle ne les rassure. N’oublions pas que c’est la Commission de Bruxelles qui est mandatée par les pays de l’Union pour négocier des accords bilatéraux. Ils ont toujours été favorisés par rapport aux discussions au niveau de l’OMC pour la remise en cause ou l’adoption de nouvelles règles.

Source : Contrepoints.org

 
Les négociations de libre-échange, envisagées de longue date et qui se sont ouvertes entre l’Union européenne et les Etats-Unis témoignent de la volonté des américains d’aller à la conquête de nouveaux marchés. Le manque de solidarité au niveau de l’Union européenne est flagrant. Conscients de cette faiblesse « affichée », les Etats-Unis restent les maîtres de la « table » avec leurs atouts visibles et cachés.

Après quatre ans de négociations, l’Union européenne et le Canada ont conclu fin octobre 2013 un vaste projet d’accord de libre-échange. A cette date, le texte de l’accord n’est pas encore entre les mains des gouvernements des pays de l’Union ! Le parlement européen n’en a pas non plus connaissance ! Les parlements des pays de l’Union ne seront pas consultés. Les droits de douanes seraient supprimés sur 99% des biens échangés. L’Union européenne validerait un accord de libre-échange avec un pays industrialisé, membre du G8 pour la première fois. Une drôle de négociation au nom de la compétitivité !

Une Union ouverte à tous les vents…

A Bruxelles, les communications « politico-économiques » veulent, au nom d’un « libéralisme d’écolier » convaincre l’opinion de la nécessité d’une libre circulation, des biens, des personnes et des finances, à l’intérieur de l’UE. Cette ouverture du marché à tous les pays, sans condition, serait, selon Bruxelles, le seul moyen de sauvegarder l’avenir de ce « continent » prometteur ! Cette course à la compétitivité à n’importe quel prix encourage une véritable « lutte » que se livrent les pays à l’intérieur de l’UE, sous le regard d’une Commission qui n’est là que pour rappeler à l’ordre ou fermer les yeux.

Dans la zone euro, conformément au traité, la BCE est intervenue en fournissant des fonds aux banques, au travers de prêts à un taux « record » de 0,5%. Malgré cela, le soutien bancaire à l’activité en matière de crédit est très insuffisant. Au nom de la compétitivité liée à la mondialisation, beaucoup d’entreprises se retrouvent en difficulté. Leurs actionnaires sont vigilants et demeurent exigeants. La chute progressive des résultats inquiète. Cette défaillance contribue aux nombreuses délocalisations dont la France souffre. Une récente étude de l’INSEE apporte des précisions sur l’impact de ces délocalisations entre 2009 et 2011. Sur l’ensemble des sociétés privées de 50 salariés et plus, 4,2% d’entre elles, soit un peu plus de 1500 ont délocalisé ! Apparemment c’est très peu. L’impact représente 20.000 emplois directs perdus sur 3 ans, 0,3% par an de l’emploi salarié dans ces entreprises. C’est avant tout l’industrie manufacturière et les secteurs de l’information et de la communication qui sont les plus concernés. Le plus important ce n’est pas l’impact direct mais indirect de ses délocalisations qui importe. On peut estimer à un facteur 5 le nombre d’emplois indirects détruits.

Source : Le Temps.ch

 
A noter que plus la taille du groupe considéré est grande, plus il a tendance à délocaliser en priorité en son sein. C’est le cas des entreprises de plus de 5000 salariés. Tous les grands groupes français du Cac 40, ayant leur siège en France, ont la majeure partie de leur activité à l’étranger et une part non négligeable de leur capital aux mains d’actionnaires résidant à l’étranger. Nombre d’entreprises du Cac 40 n’ont d’ailleurs pas hésité à implanter leur siège hors de France. Citons entre autres : Le géant de l’acier ArcelorMittal au Luxembourg ; EADS aux Pays-Bas et ST Microelectronics en Suisse ! Pour 55% de ces délocalisations, qui n’ont pas lieu uniquement pour des raisons salariales, elles se font à l’intérieur même de l’Europe (UE15), contre 18% en Chine, même taux en Inde, 24% en Afrique et 8% en Amérique du Nord. La somme des pourcentages est supérieure à 100, parce qu’une société peut faire plusieurs délocalisations vers des zones géographiques différentes. Cet exercice qualifié d’optimisation fiscale est devenu pour tous ces « grands ensembles » une activité économique à part entière. L’incohérence du système européen fait apparaître des nombreux dysfonctionnements qui dépassent l’entendement. Respectivement Amazon et Google ne paient que 6% et 2% d’impôts au Luxembourg ! Apple est dans la même situation en s’affranchissant du maximum de son dû en Irlande. Chacune de ces sociétés agit en toute légalité avec les règles européennes !

Quant à l’euro, livré à lui-même, ce n’est pas la BCE, ni les représentants de la Commission de Bruxelles, ni le Parlement européen qui pourront avoir la moindre influence sur la politique à suivre. Notons que l’Union européenne est une véritable « passoire » commerciale et pour 22 pays, l’espace Schengen provoque des controverses. A noter que l’Irlande et le Royaume-Uni n’en font pas partie, tandis que l’Islande et la Norvège ont signé les accords ! Ses droits de douane sont souvent minima. Elle s’est ouverte à tous. La Chine, la Corée du Sud, l’Asie du Sud Est et les autres pays émergents ont été les premiers à en bénéficier. Les conditions sont faussées puisque le principe de « réciprocité » ne s’applique pas avec ces pays. Tout simplement parce qu’ils ne le veulent pas. Des pays comme le Brésil, les Etats-Unis, l’Inde et la Chine, pour ne citer qu’eux, se protègent avec un grand nombre de règles et de taxes à l’importation.

Une hésitation eurosceptique…

Face à cela, ici ou là, la Commission s’agite, de temps en temps, en menaçant de surtaxer certains produits manufacturés importés de Chine. Les points de litiges sont nombreux, comme pour la céramique, les tubes d’acier et dans les télécoms. C’est aussi le cas des panneaux solaires. La réplique ne tarde pas à venir, même si elle n’est que symbolique. En ce qui nous concerne, les vins français seront taxés ! Les producteurs bordelais sont sur le « qui-vive ». L’Allemagne voulant protéger son marché à l’export se désolidarise ! Après plus de six semaines de négociations, l’Union européenne et la Chine ont abouti à un accord fixant un prix plancher pour les panneaux solaires. S’il permet à chaque camp de sauver la face, il ne résoudra pas le problème de fond. La compétition économique a lieu également avec acharnement à l’intérieur de l’UE et de la zone euro avec des pays qui bénéficient de « passe-droit » en matière de droit social et fiscal. Faut-il rappeler que le social n’est pas un sous produit de l’économie et l’argent, le seul profit ?

Source : Euro 2013.it

 
Que l’Union européenne réagisse avec vigueur et solidarité dans l’action pour réguler son marché extérieur et protéger les échanges dans l’Union et la zone euro n’est qu’un vœu pieux pour l’instant. Le commerce extérieur demeurera en moyenne déficitaire pour l’ensemble des membres de la zone euro et légèrement positif grâce à l’Allemagne. Encore un effet de moyenne ! Le dumping social, de son côté, n’est pas prêt de se résorber et ce n’est pas la Commission soumise à une pseudo-économie conditionnelle « libre et non faussée » et « néolibérale » qui appuiera dans son sens. D’autant qu’à ce dumping social s’ajoutent d’autres formes maquillées de « combines » dans l’Union européenne et la zone euro qui fausse les « cartes ». Le dumping social est plus toléré que combattu, quand il n’est pas encouragé !

Comment peut-on s’étonner lorsque certains politiques et de plus en plus de citoyens n’hésitent plus à parler de l’Europe comme d’une entité sans fondement, correspondant à une promesse « dépassée » ? La solidarité n’est synonyme que du « chacun pour soi ». Dans les faits, la désillusion a pris le pas sur l’espérance. D’ailleurs par protectionnisme et par souci de relance de l’activité, le besoin du « produire en France » comme la volonté de relocalisation commence petit à petit à trouver des échos, avec déjà en local et dans certains secteurs quelques résultats spectaculaires. C’est ce combat qu’Arnaud Montebourg a engagé depuis son arrivée à Bercy, entraînant quelques risées, toujours déplacées. La volonté existe. C’est un premier point, en faisant prendre conscience que cela est possible. A charge pour les entrepreneurs de se décider, de cibler le marché et de s’y engager. Avec un pacte de responsabilité, mis sur la table, par la France, peut-on parler d’un nouveau tournant ? Certainement oui, mais encore faut-il s’assurer duquel ? Attention une fois de plus, le facteur temps est important pour en apprécier l’impact. Il est vrai qu’un protectionnisme adapté à la frontière de l’Union pourrait arranger beaucoup des partenaires pour assurer leur compétitivité.

J.M

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