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Des idées et des hommes

Une autre relation au travail

En période de crise

septembre 2013


Peut-on parler d’une évolution générale des comportements des salariés dans l’entreprise ? Il est difficile de répondre de manière globale à cette question sans appréhender au préalable avec plus de précision la réalité du marché du travail et de l’emploi.

En vingt ans, pour un gros tiers des français au travail, un grand bouleversement s’est produit sur les métiers. La nature des emplois et leur nombre ont changé. Sur un fond de diminution constante du nombre total d’emplois, la répartition des emplois offerts par secteur d’activité s’est profondément modifiée. Sur l’ensemble de la population active, si un salarié sur trois est un ouvrier, ce taux est encore de un sur deux dans le secteur industriel. A l’inverse, sur cette même période, l’activité s’est développée dans les services au point de concerner près des deux tiers de la population active.

Pour éviter tout amalgame ou toute généralisation excessive sur la situation des salariés il faut s’intéresser en priorité à ceux d’entre eux qui vivent l’entreprise comme un ensemble dans lequel l’effet de système et d’entraînement est suffisamment présent pour agir sur les comportements collectifs. Car ce sont les réactions de ces salariés qui seront perçues et interprétées par l’opinion publique. La taille critique des entreprises correspondantes se situe au-delà de 500 emplois, ce qui concerne 42 % des salariés actifs. C’est cet échantillon qui peut servir de référence.

A chacun son analyse dans un contexte différent

Pendant toutes ces dernières années, la crise n’a pas eu le même impact absolu sur l’emploi. En quête de gains de productivité, face à la concurrence et aux difficultés du marché, il est de mise dans l’entreprise de s’en prendre à la qualification et à l’assiduité des salariés. Par sa généralisation hâtive, cette vision réductrice et tronquée de l’homme au travail dans l’entreprise a fait des ravages. C’est ainsi que les idées reçues sur une France paresseuse et mal préparée aux évolutions technologiques et de la mondialisation ont fait leur chemin. Les trente cinq heures hebdomadaires, l’augmentation du nombre de fonctionnaires, les grèves dans le secteur public, l’abus des protections sociales, les rentes de situation des faux chômeurs, l’accroissement des déficits du commerce extérieur, etc., sont autant d’arguments qui confortent les partisans de cette analyse.

Relayée et médiatisée, petit à petit, cette appréciation négative, globale et excessive, s’est étendue à l’ensemble des salariés du public et du privé dès lors que leur activité n’était pas ou plus considérée comme directement productive. Indépendamment de la valeur intrinsèque des individus dans l’accomplissement de leur tâche, c’est ainsi qu’il y a, dans l’entreprise, les protégés et les exposés, ceux qui rapportent et ceux qui coûtent, ceux qui produisent et les autres... Dans cette logique, la situation économique s’aggravant, l’entrée dans la spirale des suppressions d’emplois et des licenciements comme seule solution de survie devient alors inévitable. L’amortissement du coût interne de l’opération est justifié par l’entreprise qui est sensée retrouver ainsi sa santé financière.

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Source : Institut supérieur du travail

 
Devant la complexité du tissu social et économique, tous les salariés n’ont pas les mêmes degrés de motivation ou de démotivation, les mêmes types d’intérêts ou les mêmes craintes, les mêmes attentes ou les mêmes rancoeurs. Face au travail, à l’activité et au risque du chômage, l’ambiguïté est de taille. On ne parle plus de société à plusieurs vitesses mais bel et bien de société duale. Il y a les protégés et les exposés, secteurs public et privé confondus.

Faut-il en conclure pour autant que les salariés dans leur ensemble ne sont plus mobilisables ? En tout état de cause, pour tous, il semble bien que la nature même de la relation de travail avec l’entreprise se modifie sur le fond. La confiance se gagne et se partage. Elle ne se restaurera pas d’un coup de baguette magique après tant d’années de décon-venues par des discours lénifiants, parsemés de promesses incongrues, tenus par les mêmes acteurs. Il faudra être crédible dans le concret et parler vrai. Ce retour à la confiance autrement est à mon avis la première attente forte des français. Le retour progressif, probablement sur d’autres bases, de la motivation pour les choses de l’entreprise ne peut venir que d’un climat de confiance retrouvée.

Même en cette période de crise, ce serait une erreur grave de mésestimer le nombre important d’hommes et de femmes qui ont le goût du travail et de l’effort pour eux-mêmes. La passion du métier se rencontre partout, tous les jours, dans toutes les branches d’activité. Combien d’artisans, de commerçants, d’ouvriers, d’employés, de techniciens, d’ingénieurs, de cadres moyens ou supérieurs, d’enseignants, de fonctionnaires, ne vivent que pour leur métier ? Ces individus existent. Ils constituent une base de départ qu’il appartient de ne pas ignorer, sur laquelle il faut s’appuyer et capitaliser.

Mobilisation autour de nouvelles attentes ?

Ces attentes sont de deux natures différentes : les unes sont directement liées aux besoins personnels et à l’environnement proche, les autres concernent l’entreprise et le milieu du travail. De toute évidence, la première attente des salariés et des citoyens, pour ne pas dire des français, c’est déjà de retrouver la confiance en soi. La forte inquiétude sur l’emploi les amène à relativiser leurs problèmes et à les hiérarchiser. Même si cela n’est pas facile et s’ils n’y parviennent pas toujours, cette priorité existe. Dans tous les cas, cela commence en général par un repli sur soi. Pour les plus menacés dans leur dignité et leur existence au travail, celui-ci s’accompagne souvent d’une remise en cause, plus ou moins forte, de la société. Pour la plupart, même pour les plus à l’abri, cette réflexion s’est construite dans la morosité ambiante. Elle a fini par déboucher sur un retour à des valeurs essentielles, affirmées comme primordiales : la santé et la vie affective.

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Source : Blog au bas de l’échelle

 
Leur regard sur l’emploi, le travail et les loisirs s’en trouve modifié. La vision est beaucoup plus globale et s’exprime souvent en termes d’activité et d’occupation, en relation directe avec la raison d’être. Dans la mesure où leurs besoins fondamentaux d’existence seraient satisfaits en cas de coup dur, leur projection sur l’avenir est moins pessimiste qu’il n’y paraît. Ils pensent pouvoir s’accommoder d’un mélange d’emploi salarié à temps partiel, complété par d’autres activités associatives bénévoles ou partiellement rémunérées. Le temps libéré serait en partie consacré à des occupations de proximité ou à d’autres travaux personnels.

Préserver l’emploi demeure évidemment au centre des préoccupations des salariés. Une forte majorité d’entre eux considère que la plupart des entreprises ne font pas tout ce qui est en leur pouvoir pour aller dans ce sens. Ils sont près des deux tiers à penser qu’elles abusent encore de plus en plus des licenciements préventifs. L’immense majorité des salariés est persuadée que les solutions viables sont à trouver d’abord dans l’entreprise. Sans écarter la participation des syndicats, des initiatives ponctuelles et ciblées du gouvernement, ils comptent plus sur eux-mêmes et sur leurs dirigeants pour les élaborer ensemble. Ceci ne les empêche pas de reprocher à ces derniers un manque de dialogue et de réflexion.

L’ensemble de ces besoins exprimés et insatisfaits n’est pas absent de cohérence. Les salariés légitiment, dans leur responsabilité face à l’emploi et aux conditions de travail, l’entreprise et ses dirigeants auxquels ils demandent de plus se mobiliser dans l’action avec eux. La recherche d’une véritable concertation, cartes sur table, entre salariés, syndicats et dirigeants, est une attente réelle pour pouvoir examiner sur le fond l’ensemble des problèmes auxquels l’entreprise doit faire face pour être plus compétitive.

Vers une autre relation de confiance...

Comme c’est souvent le cas lors de sondages d’opinions, il est difficile d’en déduire avec certitude un point de vue global majoritaire. Mais ne voit-on pas ici la confirmation de l’émergence d’une France à deux visages ? D’un côté, celle des « encore » salariés avec leurs convictions, leurs attentes et leurs espoirs, de l’autre, celle des « sans-emploi », prêts à tout faire éclater pour sortir de l’exclusion et du désespoir. Influencées par l’environnement à un moment précis, les opinions se sont forgées à la fois sur du vécu, des faits et des perceptions, mélangeant aussi bien les points de vue du salarié que ceux du citoyen. Cela plante assez bien le décor de ce que devraient être, à court et moyen termes, les voies possibles d’amélioration répondant en partie aux souhaits d’un grand nombre de salariés. Elles pourraient servir de point de départ pour bâtir une autre relation de confiance au travail...

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