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ÉDITORIAL

Retraites dans l’UE : à chacun son régime

juillet 2013


Qui dit chômage pour les « seniors » signifie retraite en vue. Si ce palliatif permet de sortir des statistiques du chômage, il ne résout en rien les problèmes de déficits sociaux. Le chômage élevé dans la plupart des pays de l’UE et de la zone euro affecte les systèmes de retraite.

La plupart des pays sont tous confrontés à un double problème, celui de la baisse de la natalité et de l’allongement de l’espérance de vie. D’après l’INSEE, la France possède le 3e taux de natalité le plus élevé d’Europe avec 12,7 naissances pour 1000 habitants, contre 16,3 en Irlande et 12,9 au Royaume-Uni. Elle se situe bien au-dessus de la moyenne européenne qui est de 10,4, devant l’Espagne (10,2), la Pologne (10,1), l’Italie (9) et l’Allemagne, loin derrière, avec un taux de 8,1. Avec 827.900 naissances en 2011, la France est en tête en chiffres absolus, pour une population estimée à 65 millions d’habitants.

Le déficit de jeunes actifs et l’augmentation continue du nombre d’inactifs sont une source d’inquiétude d’autant plus gênante que presque tous les pays européens ont un système de retraite de « base » par répartition obligatoire. C’est le cas de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Autriche, de la Belgique, de la Finlande, de la Suède, de la Grèce, du Portugal, du Luxembourg et de la France. Ce système peut se présenter sous différentes formes avec d’autres contributions, obligatoires ou non, générant des compléments de revenus individuels. Les Pays-Bas, le Danemark, l’Irlande et le Royaume-Uni cumulent un système « forfaitaire » déterminé par chacun des pays, à un complément par « capitalisation ».

Source : Le Parisien

 
Les grandes différences commencent avec l’âge « légal » de départ à la retraite et avec le nombre d’annuités de cotisation. L’âge « légal » n’a pas la même signification partout. En France, il sera de 62 ans en 2018. Il s’agit de l’âge à partir duquel on peut faire valoir ses droits à la retraite. Celle-ci sera calculée en fonction du nombre d’années de cotisation (41,5 ans). En Allemagne, l’âge « mis en avant » correspond à celui à partir duquel on peut partir à taux plein avec 35 années de cotisation. Il est actuellement de 65 ans et passera à 67 ans en 2029. Plus faible qu’en France, outre-Rhin, la décote est de 3,6% par an. L’âge effectif de départ à la retraite est aujourd’hui de 61,9 ans en France et de 62,1 ans en Allemagne. En revanche, comme le montre une étude de la CFDT en 2008, on cesse de travailler beaucoup plus tôt au Luxembourg (57,5 ans), en Belgique (58,1 ans), en France (59,7 ans), en Grèce (60,4 ans), en Italie (60,8 ans), qu’en Allemagne (61,7 ans), en Espagne (61,4 ans), aux Pays-Bas et au Royaume-Uni (63,2 ans), et enfin au Portugal (64,5 ans).

Source : blog B. Gensane

 
Ces différences sont essentiellement dues au faible taux d’activité des « seniors ». La France n’a que 37,8% de taux d’emplois dans la gamme des 55-64 ans, contre 44,9% en Allemagne ! Le recours permanent aux licenciements et aux préretraites amène une partie de la population active à cesser le travail avant de partir à la retraite, le plus souvent contre son gré, ou en échange d’indemnités de départ très incitatives. Cela concerne le Luxembourg, la Belgique, la France, l’Italie, la Grèce, l’Autriche et l’Espagne. Les chômeurs en Allemagne et en Autriche peuvent accéder à la retraite dès l’âge de 60 ans. La décote plafonnée pour années de cotisation manquantes s’élève à 25% en France. Elle n’est que de 7% en Allemagne ! En Espagne, l’âge « légal » est de 67 ans, pour 35 annuités de cotisation ; en Autriche 65 ans pour les hommes, 62 ans pour les femmes, même durée de cotisation, avec la prise en compte de cas particuliers. En Italie, c’est la durée de cotisation à 35 annuités qui priment sur l’âge « légal » avec les départs anticipés. Le Royaume-Uni se distingue. L’âge « légal » devrait passer en 2016 à 66 ans avec 30 années de cotisation ! Mais favorisant la capitalisation, sous forme de fonds de pension, il incite à travailler jusqu’à 70 ans, moyennant une prime de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Ce qu’il faut retenir, c’est que le choix de l’âge « légal » et du nombre d’annuités reste de la seule responsabilité du pays qui gère le système de retraite. Globalement, ils sont disparates et fortement dépendants du système retenu et du contexte économique. Qu’en est-il des montants réels des retraites de « base », des taux de « remplacement », de l’intérêt des « systèmes par points », de la prise en compte des carrières « longue durée », de la « pénibilité », de l’impact des retraites « complémentaires » et des montages par « capitalisation » ? Existe-t-il aussi des régimes « spéciaux » ? Combien et à quelles conditions ? Aller plus avant n’est pas l’objet de cette « parenthèse ». Il s’agissait simplement de comparer les approches dans l’Union et la zone euro. C’est pourquoi, il faut se garder de toute comparaison à caractère politique ou médiatique sur ce terrain. Elle serait à tendance partisane et peu significative. Dans tous les pays de l’Union, le nombre de dérogations, d’aménagements, d’exceptions est important. Il est considérable chez certains et les statistiques sont discutables. Il est préférable de s’en tenir aux principes et aux grandes lignes. Devant une telle disparité de systèmes de retraites, comment peut-on accepter que la Commission européenne se permette d’intervenir en nous donnant des leçons ? Et d’autant plus que la France a un système déficitaire parmi les plus coûteux pour le salarié et les plus contraignants en nombre d’annuités et en taux de décote !

Les « clés » sont toujours les mêmes quels que soient les « brillants » rapports remis au gouvernement. On peut agir sur l’âge « légal » de départ à la retraite, sur le nombre d’annuités, sur le montant des cotisations salariales et patronales. Autre angle d’attaque, en mettant les retraités à la peine, jusqu’ici épargnés. L’Etat peut jouer sur le niveau des pensions, la désindexation par rapport à l’inflation. Il peut décider d’augmenter les impôts et les taxes à partir d’un certain plancher. Autant de points qui sont discutés et abordés entre patronat et syndicats avant que le gouvernement ne tranche, s’il n’a déjà fait ses choix pour sauver le paiement de la retraite de « base » de la sécurité sociale en résorbant le déficit prévu à hauteur de 20 milliards fin 2017.

Mais rien ne remplacera un retour à l’activité pour sauver un système de retraite !

Club Espace 21

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