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ÉDITORIAL

L’emploi en Europe

juin 2013


Pour mieux apprécier la situation de l’emploi en France, il importe de le faire dans un contexte économique global, en l’occurrence l’Union européenne et la zone euro. Ces données comparatives sont essentielles. La Commission européenne a des systèmes de collecte d’informations statistiques et d’indicateurs de performance qui permettent d’évaluer l’impact des changements économiques et sociaux sur le marché de l’emploi.

Les données comparatives du chômage dans l’Union ou dans la zone euro sont intéressantes à examiner même si celles-ci sont difficiles à interpréter dans un milieu inhomogène et de composition hétéroclite.

Les données d’Eurostat

Fin mars 2013, dans l’Union européenne, le taux de chômage, en projection, corrigé des variations saisonnières, est de 10,9%, plus faible que dans la zone euro où il dépasse 12,1%. Selon les estimations d’Eurostat, cela touche plus de 26,5 millions de personnes pour l’ensemble de l’Union dont 19,2 millions pour les pays de la zone euro. Sur un an, le chômage a baissé dans huit États membres et augmenté dans les 19 autres. Hors zone euro, le Danemark, la République Tchèque et la Suède tirent leur épingle du jeu avec un taux de chômage meilleur que la moyenne autour de 8%.

Dans la zone euro, parmi les plus faibles taux de chômage, il faut retenir l’Autriche (4,7%), l’Allemagne (5,4%) et le Luxembourg (5,7%). Dans la zone euro, les taux de chômage les plus élevés, à deux chiffres, touchent le Portugal (17,5%), l’Irlande (14,1%), la Grèce (27,2%) et surtout l’Espagne (26,7%). L’Italie se situe comme la France dans la moyenne de la zone avec un taux de 11,5%.

En référence à l’UE et la zone euro, le taux de chômage en avril est de 7,5% aux Etats-Unis et de 4,3% en février au Japon.

Les dernières statistiques, fin mars 2013, comptent un peu plus de 5,7 millions de jeunes de moins de 25 ans au chômage dans l’UE (23,7%), dont 3,6 millions dans la zone euro (24,0%). Les taux les plus faibles sont en liaison avec les performances des pays les meilleurs (10% et moins de chômeurs). Le Portugal (38,3%), l’Italie (38,4%), l’Espagne (55,9%) et la Grèce (59,1%) sont en très grosse difficulté.

Source : Eurostat

 
La France affiche, à la même date, un taux de près de 11% en augmentation. Les prévisions demeurent pessimistes. L’INSEE affiche plus de 3,2 millions de chômeurs pour un total de plus de 5,2 millions de demandeurs d’emploi. À cela s’ajoutent des millions de salariés en situation de vulnérabilité, sans parler des autres millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté.

Depuis le début de l’année, dans l’UE comme dans la zone euro, la récession se confirme. Le PIB de la zone euro est en baisse de 0,2% et celui de l’UE de 0,1%, ce qui revient à une baisse, respectivement de -1% et de -0,7% par rapport au premier trimestre 2012. A noter que les Etats-Unis affichent sur la même période un taux de croissance de 1,8%. Au plan mondial, le taux de croissance pour l’année 2013 devrait se situer autour des 2,5%.

Le chômage à la « carte »

Dans l’ensemble de l’Union européenne, au-delà des jeunes, les autres catégories en mal d’emploi sont, comme d’habitude, les personnes les moins qualifiées, les travailleurs intérimaires, temporaires ou précaires, les salariés non qualifiés, et les seniors au-delà de 50 ans. La France se trouve dans les mêmes créneaux, ce qui en soit n’a rien de surprenant. Mais attention, si les mêmes causes produisent les mêmes effets, les raisons de ces causes d’un pays à l’autre sont multiples. Elles ne sont pas les mêmes et les conséquences de leurs effets non plus. Elles diffèrent d’un pays à l’autre sans que l’on puisse en déterminer la véritable origine.

C’est pourquoi, il n’existe pas d’interprétation unique des raisons du chômage. Il faut se garder d’en généraliser les origines ou les causes. Surtout ne pas imaginer que des prétendus remèdes sont transposables d’un pays à l’autre. Là encore, la pensée unique n’a pas du tout de sens. Se contenter de se référer aux seuls indicateurs économiques et financiers engendre de nombreuses contrevérités.

Certes, tous les pays n’ont pas été atteints de la même façon avec la même amplitude. Mais le constat est général en ce qui concerne la perte nette d’emplois, la baisse de l’offre, la faiblesse du nombre de créations d’emplois surtout dans les pays du sud de l’Europe, en insuffisance de production où l’économie est en majorité basée sur la consommation. Encore une fois, le poids d’un euro trop fort pèse sur l’emploi pour les pays européens les plus touchés avec l’accentuation des délocalisations vers l’Est. Les disparités fiscales sont importantes. Le dumping social accentue le malaise. L’insuffisance de soutien des banques en matière de crédit contribue aux nombreuses fermetures d’usines entraînant des délocalisations hors Union européenne, des faillites et des liquidations. Chaque pays de l’Union, s’appuyant sur sa politique économique et de l’emploi, essaie de contenir ces afflux de chômeurs en fonction des outils et des amortisseurs sociaux dont il dispose, quand ils existent.

Source : courriercadres.com

 
La France, grâce à une couverture « chômage » que beaucoup d’autres pays nous envient, offre ainsi sa dernière solution qui consiste à permettre au chômeur de se faire oublier et de vivre ou de survivre son chômage en attendant quoi ? Un éventuel retour à l’emploi, la fin de ses droits puis un Revenu de solidarité active (réel ou virtuel). Si les chômeurs, les plus aisés, arrivent tant bien que mal à s’en sortir en approchant de l’âge de la retraite, ce n’est pas le cas de beaucoup. Ces derniers, les plus démunis vivant en dessous du seuil de pauvreté, cherchent un pseudo revenu de solidarité précaire. La route du premier emploi ressemble à un profond marathon sans fin pour les jeunes, les moins qualifiés et ceux qui sont sans expérience. Les chômeurs les plus vulnérables sont les femmes, les travailleurs âgés ou peu qualifiés. Le chômage longue durée, supérieur à un an, est un lourd handicap et ce d’autant plus qu’il concerne des « seniors » ou des jeunes. Pour pallier ce handicap, la plupart des États ont recours sous des formes différentes à des formations ciblées et aux emplois « aidés », suivant dans ce sens les recommandations de Bruxelles.

Chômage, activité et emploi ?

À quoi est due l’absence de politique volontariste en matière d’emploi ? Est-elle liée à un manque d’idées novatrices de la part des gouvernements et des personnes en charge de l’emploi ? Au manque de dialogue suffisant avec l’ensemble des partenaires sociaux ? Le seul remède au mal du chômage c’est la croissance, que n’a-t-on pas entendu cette rengaine ! Comme cela a été expliqué, dans l’éditorial du mois dernier, l’austérité est un vrai-faux remède.

Les plans de relance peuvent apporter un minimum d’oxygène, sous réserve qu’ils génèrent suffisamment d’activité, d’emploi et de richesses pour ne pas apparaître comme un coût financier sur une ligne budgétaire. Les emplois « aidés » n’ont de sens que s’ils répondent à de réels besoins sur le marché et qu’ils peuvent eux-mêmes être des générateurs d’activité productive. Quelle attitude adopter devant les licenciements « boursiers » ? Comment appréhender les délocalisations en particulier dans l’Union européenne eu égard aux pays bénéficiaires ? La réduction des charges patronales, tant réclamée, grâce au recours à une TVA non qualifiable, correspond à une aide aux entreprises et un coût probable pour le consommateur. Faudrait-il encore être mesure d’évaluer la part du coût de l’ensemble des aides existantes et de les juger ? Un tri général s’impose ? Une telle approche n’a de sens que dans le cadre d’une très importance réforme fiscale de l’entreprise avec tout le discernement que cela nécessite entre le géant du Cac 40 et la très petite entreprise en nouvelles technologies !

Gérer socialement le chômage (c’est-à-dire l’inactivité) en attendant les effets d’une reprise économique est tout simplement utopique, quels que soient les efforts. Il est temps d’arrêter de cacher la vérité et d’entretenir l’inactivité. La gravité de la situation de l’emploi qui ne va pas cesser de se dégrader sur le fond à court et moyen terme nécessite une réponse claire à la hauteur du défi à relever. L’activité et l’emploi au futur vont nécessiter des choix difficiles pour chacun, une approche sociale différente, autour d’un nouveau projet de société à la fois plus individuel et plus solidaire.

Club Espace 21

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