Avec " Actualité et Propos de presse" , l’information, c’est au quotidien..., la “Lettre” est bimensuelle...
Accueil du site > ÉDITORIAL> Austérité : un vrai-faux remède ?

ÉDITORIAL

Austérité : un vrai-faux remède ?

mai 2013


Depuis 2008, la crise de la dette est à la « Une » de tous les agendas politiques et économiques. En fonction des circonstances et de leur propre intérêt, politiques et économistes n’hésitent pas à la mise en scène de modèles « catastrophes », en minimisant ou en accentuant les données factuelles et les conséquences de la situation sur le terrain en tenant compte de l’environnement régional et des particularismes locaux à une échelle continentale.

La diminution de la dette par la réduction des déficits est devenue l’objectif prioritaire. La stimulation comparative entre les Etats aliment les débats, les échanges et les critiques. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, la rigueur tient la « corde ». Le langage économique est « choisi ». Mais l’austérité, sans le dire, s’impose comme le seul « remède ». Les dirigeants les plus influents de l’Union tiennent à apparaître devant leurs médias et aux yeux de leur opinion publique, comme maîtrisant totalement la situation économique et financière. Chacun prétend avoir choisi la « bonne » direction au travers de figures imposées. L’austérité n’est pas un remède absolu. Le doute s’installe. Les conséquences sont connues : récession, chômage, perte de confiance, instabilité politique et sociale…

Le G20 face à ses profondes contradictions

Le G20 et ses dérivés au travers des multiples instances qu’il rassemble sont un bon moyen de décrire les acteurs du scénario et d’apprécier leurs contradictions face au problème de la dette. Rappelons que le G20 se réunit sous différentes formes, celui des Chefs d’État ou de gouvernement, celui des ministres des finances et des gouverneurs de banque centrale, enfin celui des ministres des affaires sociales et de l’emploi ainsi que ceux de la Banque mondiale, du FMI et de la BCE, auxquels s’ajoutent les représentants des institutions de l’Union européenne. Le G20 représente les deux tiers de la population mondiale et l’activité commerciale correspond à 90% du PMB (Produit mondial brut égal à la somme totale des PIB).

Source : Direct matin.fr

 
Les Etats-Unis cherchent avant tout à relancer leur économie. Le retour à l’emploi est leur priorité numéro un. Leur taux de croissance est attendu autour de 2% fin 2013. Le taux de chômage a déjà baissé. Il se situe à 7,7% (-0,4% en quelques mois). La dette est aussi une priorité mais ce n’est pas une obsession. Ils attendent un geste de l’Union européenne pour relancer l’économie.

Le Japon ne s’est pas embarrassé. Face à sa dette, plus de 200% de son PIB, il a pris le total contrepied de l’Europe. Le nouveau gouvernement japonais mise sur un assouplissement monétaire avec un plan de relance de plus de 175 Md€. Le Japon compte sur la dépréciation du yen pour rendre les produits japonais plus compétitifs à l’exportation. La Chine, de son côté, en relation directe avec les Etats-Unis, et le marché japonais suit avec intérêt ces opérations. Le yuan, toujours sous-évalué saura s’adapter.

Quant à l’euro, livré à lui-même, ce n’est pas la BCE, ni le représentant de la Commission de Bruxelles qui pourront avoir la moindre influence sur la politique à suivre. Au cours du prochain G20 les discussions dans les couloirs seront vives. Quant aux pays émergents (que l’on peut qualifier d’émergés), ils auront aussi leur mot à dire.

La zone euro, ses priorités et ses conséquences…

L’UE et en particulier la zone euro ont choisi comme ligne directrice la diminution de la dette qui passe par la réduction des déficits à tout prix. Pour y parvenir, la BCE propose de jouer un rôle en dernier recours pour les pays de la zone euro les plus en difficulté sous conditions de recours conjoint au MES (Fusion du FESF et du MESF) et au FMI. Mais les déséquilibres économiques Est-Ouest ou Nord-Sud ont mis en évidence les faiblesses de la maîtrise du système en place, réservé aux pays de la zone euro. La crise de la dette, l’absence de croissance et le chômage ont révélé une série de handicaps à surmonter dont le principal correspond à une absence de stratégie et de politique solidaire. A nouveau, le « chacun pour soi » prend encore l’avantage.

A partir d’une culture de la rigueur et de l’austérité, déclinée sous différentes formes, la liste des pays en difficulté est désormais bien établie. La Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie et Chypre, ont de sérieux problèmes. Tous sont en récession. Le chômage est à la hausse, la dette s’accroît, même si pour certains pays le déficit a diminué. La France est au milieu du gué avec une dette qui grimpe vers les 95%, un déficit en retrait vers les 3,7%, un taux de chômage supérieur à 10,5%, une croissance atone et pourtant des emprunts à 10 ans à des taux qui n’ont jamais été aussi bas ! Les Pays-Bas décident pour leur part de changer de politique. L’austérité cela suffit. Plus de 5 Md€ vont être remis dans le circuit pour alimenter l’activité.

Quant à nos amis Allemands, pourquoi se plaindraient-ils, avec des travailleurs « pauvres » payés moins de 5 € de l’heure, une immigration qualifiée peu coûteuse pour pallier leurs manques et une démographie qui masque la réalité des chiffres. Plus de 60% de leur exportation a lieu dans la zone euro, même avec une petite baisse de quelques pour cents, compensés hors UE, cela va à peu près avec une croissance attendue autour de 0,4% du PIB pour 2013, surtout si l’euro se négocie encore au-dessus de 1,28 par rapport au dollar US. L’Allemagne a été un modèle de ténacité et de persévérance pendant près de 10 ans. Il faut souhaiter qu’elle parvienne à comprendre que l’Europe n’est pas l’Allemagne. L’UE et en particulier la zone euro ne se limite pas à un pays dominateur, qualifié de « bon élève », d’ailleurs une appréciation toute relative et discutable. Les pays de l’UE, hors zone euro, s’accommodent pour leur part avec leur propre monnaie avec plus ou moins de succès et évitent ainsi certaines contraintes bruxelloises…

Le FMI, la Commission et la BCE : entre deux « chaises »…

Depuis des années, qu’il s’agisse du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, cette troïka s’égosille pour tenter de convaincre les membres de l’UE et plus particulièrement de la zone euro que la croissance passe par un préalable absolu : l’annulation rapide des déficits et la résorption progressive de la dette. Ce retour à la croissance aurait alors comme conséquence une baisse significative du chômage et un retour à l’emploi. Les faits n’ont pas montré jusqu’à présent que cette politique était convaincante. Le débat est ouvert. Le FMI souhaite que la Commission assouplisse certains de ses critères. José Manuel Barroso ouvre le bal. La BCE est hésitante. Mario Draghi est indulgent avec la France en lui permettant d’imprimer des euros à volonté. La Commission vit avec toutes ces contradictions. Et avec le nouveau traité européen, c’est la Commission qui validera les budgets dans la zone euro. On croît rêver ! L’Allemagne n’apprécie pas les réicences. Le nouveau gouvernement italien annonce la couleur : pas d’austérité, priorité à l’emploi. L’activité et l’emploi seraient-ils enfin à l’ordre du jour. Comment une Commission avec un budget au niveau européen de l’ordre de 1% peut-elle se permettre de décider en comparant des modèles socio-économiques incomparables ?

Source : Economie-matin.fr

 
Il est vrai que la troïka se réfère, sans complexe, à de « fausses » données macro-économiques. Le commissaire européen aux Affaires économiques a utilisé le rapport de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, deux économistes vedettes de Harvard pour encourager les pays en difficulté de la zone euro à prendre le chemin de l’austérité. En 2010, ces derniers avaient publié une étude dans laquelle ils avaient omis d’inclure un certain nombre de données importantes sur le lien entre dette publique et croissance du PIB. C’est ce que vient de révéler un étudiant américain, Thomas Herdon. Si l’on ajoute à cela l’erreur du FMI, reconnue en janvier 2013, sur les conséquences de l’austérité sur le PIB, cela suffit-il pour provoquer la réflexion ? On peut en douter au regard de cette absence de gouvernance.

Quel avenir pour l’UE ?

L’UE et la zone euro, sans une ferme volonté, clairement affichée, se préparent à un avenir sombre : une récession généralisée, un chômage disproportionné, des manifestations sociales, une instabilité politique et… l’explosion de l’euro. Ne serait-il pas temps de réagir avec courage et détermination ? L’austérité est peut-être un remède pire que le mal. Attention de ne pas oublier qu’austérité n’est pas rigueur et ne pas nous faire avaler des vessies pour des lanternes.

La réduction des déficits est une autre donnée. C’est un objectif à atteindre progressivement. Il est atteignable suivant les conditions et les pays, mais là le temps est le seul facteur sur lequel chacun peut influer avec l’accord de tous. Mais cela se discute au niveau de la planète avec les créanciers…

Club Espace 21

Retour
Contact / Plan du site / Mentions légales    © P.RO COM - 2012