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Chypre : Le grand cafouillage…

avril 2013


La crise financière à Chypre se double d’une crise politique à multi facettes. La situation économique et financière de ce membre de la zone euro est délicate. Le pays encourt une mise en défaut, en se trouvant dans l’incapacité de rembourser ses dettes. Le PIB de Chypre représente moins de 0,2% du PIB de la zone euro !

Problématique et solution ?

A la mi-mars, la Troïka (chefs d’Etats et de gouvernements de l’UE, FMI et BCE) s’est entendue pour un prêt de 10 Md€, bien en-deçà des 17 Md€ nécessaires au redressement du pays, représentant les 100% du PIB. Ce serait ainsi le cinquième Etat membre de la zone euro qui bénéficierait d’une aide internationale en trois ans. Après la Grèce en 2010, ce fut le tour de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne dans des conditions différentes. Cette somme représente 1,56% des sommes distribuées dans la zone euro pour prévenir de la faillite.

Dans un premier temps, les bailleurs de fonds de Chypre exigent l’imposition d’une taxe sur les dépôts bancaires des épargnants chypriotes. Initialement évaluée à hauteur de 6,75% sur les épargnes inférieures à 100.000 euros et de 9,9% pour des sommes supérieurs à ce seuil ! Cette mesure provoque un tollé de protestations, populaires, politiques, économiques et financières.

Source : Reuters

 
Cette façon d’agir est d’autant plus surprenante que l’Eurogroupe et la BCE avait garanti tous les comptes bancaires à hauteur de 100.000 euros en cas de faillite des banques ! L’Eurogroupe se doit de revoir sa copie en faveur des « petits » épargnants avec une exonération totale des dépôts bancaires en-deçà de 100.000 euros à Chypre. Mais rien n’y fait. Ce prêt est soumis à des conditions jugées inacceptables par le Parlement chypriote et rejeté à une forte majorité. Cette pression est considérée comme du chantage par les Chypriotes qui manifestent leur mécontentement dans la rue.

Parallèlement, la situation de la Grèce a connu une nouvelle aggravation. Les effets secondaires seront visibles avant l’été. Avec cette situation attendue et le faux-pas de la Troïka à Chypre, d’autres pays en crise ouverte, comme l’Espagne, le Portugal et sans doute l’Italie, peuvent se retrouver en état de panique bancaire.

La Russie, qui partage avec Chypre une forte culture orthodoxe, juge sévèrement le comportement de la zone euro. Le gouvernement russe a pris très mal cette décision et parle d’incident entre l’UE et la Russie. Les compromis possibles pour calmer le conflit potentiel ne satisfait aucune des parties. la Russie pourrait réduire la part en euro de ses réserves de change. D’après le journal Libération : « La banque russe Gazprom Bank, détenue à 41% par le géant public gazier Gazprom, a proposé à Chypre une aide financière en échange de licences de production de gaz naturel après la découverte de colossales ressources en hydrocarbures sous la mer au large des côtes méridionales de l’île. » Les réserves énergétiques sont évidemment un énorme enjeu.

Source : Reuters

 
Pour éviter le « Bank run », le gouvernement chypriote a fermé toutes les banques de l’Ile jusqu’au 26 mars, en espérant progressé sur un plan « B » à propos de la mise en place d’un fonds chypriote d’investissement. La zone euro ne veut pas céder, l’Allemagne en tête.

Quelles conséquences pour Chypre ?

D’autres solutions pouvaient être envisagées d’autant qu’avec un taux d’imposition de 10% pour les entreprises à Chypre, l’île apparaît comme une sorte de paradis fiscal (comptes rémunérés à 5%, dépôts frauduleux, emprunts toxiques, blanchiment d’argent, etc…). Les fonds déposés représentent entre 7 à 8 fois le PIB de Chypre. Une augmentation de 2 à 5 points de l’impôt sur les bénéfices des sociétés pouvait être proposée, avec une suppression des comptes rémunérés. L’Irlande et le Luxembourg profitent aussi, à quelques nuances près d’autres types de régimes d’exception.

L’agence de notation Standard and Poor’s s’en mêle en abaissant d’un cran, à "CCC", la note de la dette de Chypre. Après avoir évoqué la question d’une sortie de Chypre de la zone euro, le FMI, la BCE, l’Eurogroupe et l’UE ont finit par se mettre d’accord avec les autorités chypriotes. Deux banques sont déclarées en cessation de paiement. Les comptes inférieurs à 100.000 euros ne sont pas taxés. Seuls le seront à hauteur de 30 à 40% ceux qui sont supérieurs à cette somme. Ceci aura pour effet d’obliger les plus gros déposants à retirer leur argent. A noter que 33% des avoirs des banques chypriotes sont russes. Le prêt qui sera mis en place sera de 10 Md€. Chypre complètera la donne à hauteur d’un peu plus de 6 Md€. Ceci aura des répercutions financières, économiques et sociales. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Nul ne peut le prévoir. De son côté, la zone euro prétend à nouveau être sauvée. Et la France s’engage sur 20% de cette avance… !

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