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Janvier 2021

« Quand Le Maire affirme qu’il n’augmentera pas les impôts, il ment »

janvier 2021


Du 23/01/2021 par Emmanuelle Berretta pour LE POINT

ENTRETIEN. Spécialiste des finances, la députée Émilie Cariou, en rupture avec le macronisme, démonte le plan de relance et les choix sanitaires du gouvernement.

Le mandat d’Émilie Cariou n’a pas été de tout repos. Venant de la gauche, la députée de la Meuse avait été élue dans la vague LREM de 2017. Mais les tensions au sein du groupe entre l’aile droite et l’aile gauche ont fini par l’éloigner des options politiques prises par Édouard Philippe et Emmanuel Macron. En mars 2020, cette spécialiste de la fiscalité, passée par Bercy, quitte son rôle de « whip » au sein de la commission des Finances.

Premier pas vers un divorce complet avec la macronie en mai 2020 quand elle fonde, avec d’autres déçus, le groupe parlementaire Écologie, Démocratie, Solidarité. Le groupe ne survit pas aux défections. La rupture avec LREM est consommée lorsque, avec son collègue Aurélien Taché, elle crée le 16 décembre 2020 un parti politique, Les Nouveaux Démocrates (LND). Émilie Cariou est, cette semaine, notre invitée du « Grand Entretien » politique. Plan de relance, choix sanitaires, la députée de la Meuse passe au peigne fin la politique du gouvernement.

Le Point : Depuis sa présentation, vous multipliez les critiques contre le « plan de relance » de 100 milliards d’euros. Bruno Le Maire a présenté des aménagements pour cibler les petites entreprises. Est-ce que cela va dans le bon sens ?

Émilie Cariou : Oui, c’est bien de maintenir des aides économiques et financières à destination des entreprises, et notamment à celles qui subissent des fermetures administratives. Mais des manques subsistent encore. Déjà, parce que les mesures de soutien ne sont pas ou très peu ciblées vers les entreprises qui en auraient le plus besoin, à savoir les petits commerçants, les bars, les restaurants, mais aussi l’écosystème des petites et moyennes entreprises qui ne sont pas frappées par les mesures de fermeture mais subissent indirectement les effets des chutes d’activité économique.

Le plan de relance adopté à l’automne est déjà très ciblé sur les grandes entreprises qui seront bénéficiaires des baisses de 2 milliards d’euros d’impôt. La contribution sur la valeur ajoutée des entreprises n’est en effet pas payée par les commerçants et artisans, et très peu payée par les PME. L’aide de 20 milliards d’euros va donc irriguer les grandes entreprises, dont les entreprises de la finance. La nouvelle annonce du gouvernement concernant la couverture des charges fixes, mesure que nous avions réclamée lors de l’examen de la loi de finances, va, elle aussi, exclure de nombreuses PME qui ne sont pas dans le champ des fermetures administratives, mais subissent bien des pertes d’activité. Je déplore aussi une perte de temps inutile sur fond de jeu d’oppositions avec la majorité…

Bruno Le Maire a annoncé le 15 janvier que les entreprises pourraient retarder leurs charges d’amortissement. C’est une mesure que j’ai proposée quatre fois, pendant l’examen des lois de finances rectificatives et du projet de loi de finances pour l’État. Je crois surtout que je commence à m’interroger sur l’idéologie qui nourrit ce plan de relance… En économie, il y a l’offre, et puis il y a la demande. La relance, cela passe aussi par le soutien de la demande, à savoir des ménages. Dans une crise, de surcroît, soutenir les ménages les plus fragiles permettrait également de lutter contre la paupérisation. Pourtant, il n’y a aucune aide directe dans ce plan de relance. Aucune. Pourquoi ? Par crainte de l’assistanat ? C’est d’un mépris pour les Français.

Bruno Le Maire s’est engagé à ne pas augmenter les impôts des Français. Pourquoi dites-vous que c’est faux ?

C’est faux parce que ce gouvernement a fait le choix de faire peser le remboursement de la « dette Covid » sur les Français. Je m’explique. Pour faire face à la crise, il a fallu augmenter les dépenses de santé, et les mesures de soutien à l’économie (ciblées ou non) ont été multipliées. Cela a créé de la dette que le gouvernement entend rembourser. Une partie de cette dette Covid, soit environ 150 milliards d’euros, a été transférée à la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades). Ce transfert a alourdi la dette sociale et surtout a allongé sa durée de remboursement. Or, la Cades est financée par la CRDS (contribution pour le remboursement de la dette sociale), qui est ni plus ni moins qu’un impôt prélevé à la source sur le revenu de tous les ménages, y compris les plus modestes. C’est ce qu’on appelle l’art de plumer l’oie sans la faire crier. C’est un choix délibéré du gouvernement, mais c’est un choix qui n’est pas assumé. Donc, quand Bruno Le Maire affirme qu’il n’augmentera pas les impôts, il ment. C’est déjà fait.

Oui, mais le taux de la CRDS est toujours de 0,5 %, ça n’a pas bougé. Donc, Bruno Le Maire n’a pas augmenté les impôts…

C’est vrai, le taux de la CRDS n’a pas augmenté. Sa durée de vie en revanche, oui… La CRDS devait initialement disparaître en 2024. Or, la date d’extinction de la Cades d’abord prévue au 31 décembre 2025 a été reportée au 31 décembre 2033. De fait, la prorogation du mandat de la Cades a prolongé la durée de vie de la CRDS. Idem pour l’affectation d’une partie de la CSG.

Le plan français est de 100 milliards d’euros, celui des Italiens atteint 222,9 milliards d’euros… Et pourtant, les deux pays sont dans des situations voisines en termes de pandémie. A-t-on vu trop juste en France ou bien l’Italie voit-elle trop grand ?

L’Union européenne a fait le choix de soutenir massivement l’Italie dont l’économie était déjà en berne avant la crise sanitaire, avec une croissance au ralenti. Pourquoi ? Pour relancer son économie, car la dette italienne est potentiellement problématique pour l’ensemble des pays membres. Quant au plan de relance français, il pourrait effectivement être plus ambitieux. Le gouvernement a fait le choix d’une relance par la compétitivité dont l’effet éventuel ne se fera sentir qu’à moyen terme. Dans ce contexte particulier de crise sanitaire, il me semble qu’il fallait accentuer les investissements publics. Ils constituent « de la bonne dette » puisque les effets bénéfiques se confirment à très long terme. Donc, oui, le plan français aurait pu être plus élevé et permettre enfin un investissement massif dans notre système de santé qui, par sa fragilité, fragilise notre économie.

Pourquoi avez-vous rompu avec Emmanuel Macron dont vous avez soutenu la candidature en 2017 ? En quoi est-il si différent de ce qu’il avait annoncé pendant sa campagne ?

Emmanuel Macron, à l’origine, c’était la promesse du renouvellement démocratique. Lorsqu’il a créé En marche !, l’objectif était d’offrir un nouvel espace politique aux revendications et aux préoccupations des Français qui ne se retrouvaient plus dans les partis traditionnels. Ce renouveau n’a jamais eu lieu. En marche ! n’a jamais su tracer sa ligne idéologique, ses lignes rouges à ne pas franchir. Aucune doctrine n’a jamais été construite, et, donc, c’est un parti qui n’a jamais joué son rôle vis-à-vis de l’exécutif. À l’Assemblée nationale, le groupe parlementaire suit la ligne de son gouvernement. Dans les faits, l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif n’est pas respecté. Le Parlement a arrêté de remplir sa mission de contrôle de l’action gouvernementale. Pour moi, le point de rupture se situe au moment de la réforme des retraites. À ce moment-là, le débat parlementaire a cessé d’exister. Sur l’équilibre entre libérer et protéger, l’exécutif a choisi de défendre des positions très libérales en oubliant les solidarités, qu’elles soient sociales, sociétales ou économiques. La justice et l’équité fiscale sont absentes. Et quand a été venu le temps du « virage à gauche », la réalité fut un tournant sécuritaire voire autoritaire…

à suivre dans LE POINT

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