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Septembre 2020

Crise économique : cette deuxième vague qui guette

septembre 2020


Du 11/09/2020 par Mathias Thépot pour Marianne

Affaissement de la demande, risque d’explosion des liquidations judiciaires, entreprises zombies surendettées… Les dégâts économiques causés par la crise du coronavirus laissent présager une nouvelle chute de l’activité dans les prochains mois.

Dans l’œil du cyclone. L’économie française aurait fonctionné en août à environ 95 % de son niveau d’avant-crise, estime l’Insee dans une note de conjoncture du 8 septembre. De quoi laisser penser que la croissance sera miraculeusement de retour dans les prochaines semaines après un second trimestre noir pour de nombreux secteurs, aux premiers rangs desquels le tourisme, la restauration, l’aéronautique ou l’automobile. Mais gare à l’emballement. Ce n’est un secret pour personne : les mois à venir seront durs et éprouvants pour de nombreux métiers. Pour preuve, Pôle emploi compte embaucher entre 3.000 et 5.000 personnes en CDD pour faire face à la vague attendue de nouveaux chômeurs.

Les dernières analyses de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques sur la situation du marché du travail sont aussi alarmantes : "en cumul depuis le 1er mars, environ 51.000 ruptures de contrats de travail ont été envisagées" dans le cadre de plans sociaux (PSE). "C’est près de trois fois plus que sur la même période en 2019, l’essentiel de la hausse étant survenue avec les PSE enregistrés en juin et juillet", rappelle le service de statistiques ministériel.

CERCLE VICIEUX

Mais ce n’est pas tout. L’Insee insiste : "depuis l’été, les enquêtes de conjoncture pointent par ailleurs le risque d’un choc significatif de demande" qui s’affaisserait. En effet, "la confiance des ménages dans la situation économique reste inférieure à son niveau d’avant crise". Or, il y a un lien direct entre l’investissement des entreprises et le niveau de demande des ménages : selon un sondage annuel ciblé sur les PME de BPI France, la faiblesse de la demande est même le principal frein à l’investissement cité par les patrons. C’est pourquoi "les entreprises sont nombreuses à craindre des pertes de débouchés", explique l’Insee. Pour ne rien arranger, le commerce international est en mode ralenti, donc "dans l’industrie, les carnets de commandes – en particulier venant de l’étranger – ne se regarnissent que lentement".

On peut ici noter une erreur de diagnostic du gouvernement dans l’élaboration de son plan de relance, qui donne la priorité à la politique de l’offre, notamment les 20 milliards de baisses d’impôts de production. Matignon pense que la seule création d’un "climat de confiance" où les ménages, enjoués par les baisses d’impôts aux entreprises, consommeraient toutes leurs économies, suffira à enclencher un cercle vertueux. Mais c’est plutôt l’inverse qui risque de se passer. Comme l’expliquait dans les Echos Xavier Ragot, le président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le plan de relance pourrait "se révéler insuffisant dans trois mois, notamment en ce qui concerne les dépenses sociales".

BLACK WEDNESDAY

Le gouvernement a bien sûr déjà mis 25 milliards d’euros sur la table pour soutenir le chômage partiel – des montants très significatifs. Mais les soutiens d’urgence à la demande vont être amenés à se réduire dans les prochains mois. Sans que la peur d’une deuxième vague de l’épidémie ne se dissipe, ni que l’horizon économique ne s’éclaircisse. Dès lors, le bond de l’épargne des ménages enregistré pendant le confinement "peut certes contribuer à soutenir la demande dans les prochains trimestres, mais son utilisation reste incertaine à ce stade : il provient en effet non pas d’un surcroît de revenu, mais d’une consommation ponctuellement entravée, et peut se transformer en épargne de précaution", s’inquiète l’Insee.

Au-delà des prévisions macroéconomiques, d’autres éléments sur le plan microéconomique laissent songeur. On apprend par exemple dans Challenges que les statistiques de défaillances d’entreprises risquent d’être sérieusement gonflées au mois d’octobre. Plus précisément le mercredi 7 du mois. Le magazine économique cite Arnaud Marion, "spécialiste reconnu de la gestion de crise et du redressement des entreprises", qui rappelle que celles en état de cessation de paiement ont 45 jours pour demander l’ouverture d’une conciliation, d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire. Or, en raison de l’état d’urgence sanitaire, tous les établissements qui se sont retrouvés en cessation de paiement entre le 13 mars et le 23 août dernier ont obtenu un sursis : le délai de 45 jours ne commence à courir qu’à compter du 23 août. Et expire donc le 7 octobre prochain. Un Black Wednesday en perspective...

ENTREPRISES ZOMBIES

Autre risque, celui-ci pour 2021 : que nos entreprises, gavées par les prêts garantis par l’État (PGE) durant la crise pour maintenir leur trésorerie à flot, ne se retrouvent en situation de surendettement, et donc dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. Dans nos colonnes cette semaine, l’ancien ministre de l’Économie et du redressement productif Arnaud Montebourg, désormais dirigeant de l’entreprise Bleu Blanc Ruche, prévoit un "carnage économique et social lié aux 120 milliards d’euros de PGE accordés aux entreprises. Ce sont de nouvelles dettes que certaines sociétés ne pourront pas rembourser. Des entreprises zombies, en somme, qu’on aura fabriquées et qui seront, au moment du remboursement, en 2021, en faillite". Il donne des chiffres : "environ 25 % des chefs des entreprises de taille intermédiaire, c’est-à-dire nos plus grosses PME, déclarent aujourd’hui anticiper des difficultés à rembourser le prêt garanti d’État qu’elles ont contracté  ! On va se retrouver face au mur de la dette des entreprises".

Dans une chronique publiée il y a quelques jours, l’économiste Olivier Passet fustige également cette "liquidité oisive" injectée aveuglément dans l’économie, "symptôme de notre glissement vers une économie zombie, qui ne se maintient que par des artifices financiers et qui entretient de façon pernicieuse l’évaporation des débouchés et la dépendance au soutien de l’État". À son sens, la multiplication des soutiens de l’État pour soutenir la trésorerie des entreprises depuis le confinement entretient la survie apparente "d’une armée des morts-vivants". Ce qui "est aussi la manifestation (...) de l’absence d’un véritable engagement des entreprises dans un mouvement de reprise au-delà du rebond technique que nous avons observé avant l’été". Rien qui n’inspire à l’optimisme... La vigilance est de mise.

à suivre dans Marianne

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