Un espace de communication... Avec " Actualité et Propos de presse" , l’information, l’avis des lecteurs, c’est au quotidien..., la “Lettre” mensuelle...
Accueil du site > PROPOS DE PRESSE > Juillet 2020> Compromis "douloureux", "historique" : comment la presse européenne analyse (...)

Juillet 2020

Compromis "douloureux", "historique" : comment la presse européenne analyse le plan de relance de l’UE

juillet 2020


DU 21/07/20 par Samuel Vinant pour Marianne

Après des négociations au forceps, les dirigeants européens se sont enfin mis d’accord ce mardi 21 juillet sur un plan de soutien économique post coronavirus de 750 milliards d’euros. Pour autant, ce compromis, laborieux, fait-il vraiment l’unanimité ? Tour d’horizon de la presse européenne.

Après quatre jours sous haute tension, les Vingt-sept se sont finalement mis d’accord ce mardi 21 juillet sur la relance économique post coronavirus. Ce plan de 750 milliards d’euros crée pour la première fois une dette commune, et accorde des subventions à hauteur de 390 milliards pour les pays les plus touchés par la crise. L’aide avait notamment suscité la farouche opposition des pays dits "frugaux" (Pays-Bas, le Danemark, la Suède et l’Autriche), peu volontaires à contribuer au financement d’Etats du Sud jugés trop dispendieux. Reste que l’accord est finalement là. Pour autant, ce laborieux compromis, fait-il vraiment l’unanimité ?

Pays-Bas

Commençons par les frugaux (Pays-Bas, le Danemark, la Suède et l’Autriche). On les savait réticents, principaux détecteurs du projet de relance européen inspiré par le couple franco-allemand. Sont-ils satisfaits de cet accord inédit ? Au Pays-Bas, tête de proue des sceptiques, le tabloïd conservateur De Telegraaf se fait l’écho des incertitudes sur le dispositif de freinage d’urgence obtenu par le Premier Ministre Mark Rutte, pour contrôler le versement des aides. "Quelles sont les conditions ? S’agit-il de projets ou de réformes ? Ce sera compliqué pour les Pays-Bas d’évaluer si la construction d’un aéroport ou un projet de numérisation dans un autre pays remplit les conditions", note l’expert européen Adriaan Schout van Clingendael pour le quotidien.

Du côté du tabloïd De Volkskrant, on salue la persévérance du Premier ministre : "La lutte de Rutte en Europe n’était pas belle, mais elle était compréhensible". Le quotidien, proche de la social-démocratie, pointe les faibles garanties qu’offraient les pays européens sur les réformes demandées par les Pays-bas en échange des milliards d’euros du plan. "La France a annoncé ce week-end que le débat sur les réformes des retraites serait reporté d’un an. C’est le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini qui a rappelé il y a un an qu’il bafouerait les règles budgétaires européennes. Une certaine méfiance des Néerlandais était donc compréhensible", justifie le tabloïd. Pour le quotidien, le succès de l’accord est certain. "En tout cas, il est remarquable de voir comment, dans un monde de plus en plus polarisé, 27 chefs de gouvernement en Europe sont prêts à passer tant d’heures ensemble pour s’entendre. Sans que les grands États membres ne renversent les plus petits", se félicite le tabloïd.

Italie et Espagne

De l’autre côté du miroir, les pays du Sud de l’Europe. Sévèrement touchés par le coronavirus, ils attendaient beaucoup de cet accord. En Italie, on oscille entre la victoire et les reproches face aux concessions faites aux "frugaux". Le Corriere della sera, quotidien italien le plus diffusé du pays, souligne le bras de fer entre détracteurs et partisans du plan de relance originel. “Pour convaincre les cinq autres - Hollande, Autriche, Danemark, Suède et Finlande - il a fallu déséquilibrer la relation entre transferts et prêts [...] comme l’exigeait avec intransigeance les pays nordiques”, regrette le journal classé centre-droit, évoquant la révision à la baisse des 500 milliards de subventions défendus par Berlin et Paris.

Le journal souligne néanmoins les bénéfices dont héritera l’Italie à l’issu de cet accord. "L’Italie rentre chez elle avec environ 208,8 milliards dont 81,4 milliards de transferts (seulement 400 millions de moins que la proposition de la Commission) et 127,4 milliards de prêts (contre 90,9)”, se réjouit le quotidien italien. Plus amer, La Republica, quotidien italien de centre-gauche, rappelle que les "frugaux", "en plus de la réduction des subventions" , arrachent également "une augmentation des rabais à la contribution du budget européen dont ils bénéficient déjà".

En Espagne, le quotidien El Pais, se réclamant volontiers européiste, est unanime, et affiche un éditorial dithyrambique en page d’accueil de son site Internet. "Avec d’autres, ce journal a soutenu et réitère que cela constitue sans aucun doute l’un des grands moments de l’Europe communautaire. Comparable, car il vient de la refonder, avec d’autres carrefours clés comme sa propre création en 1957 et avec le lancement de la monnaie unique en 1998/2000".

Allemagne

Même enthousiasme dans certaines rédactions outre-Rhin. "La magie du projet européen est vivante", célèbre le quotidien libéral allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. “Au final, 35 minutes manquent. À 6h06 mardi, le sommet spécial sur le plan de reconstruction et le budget de l’UE 2021 à 2027 aurait été considéré comme le plus long sommet de l’histoire de l’UE”, pointe le quotidien sur son site. Un presque record donc, mais le journal retient aussi que l’accord a été “un douloureux compromis”. "Finalement, Merkel et Macron ont dû se rendre compte que les subventions de 500 milliards d’euros, [...] ne pouvaient être mises en œuvre contre la résistance des ’quatre frugaux’ et de la Finlande”, explique le journal.

Du côté de Berlin, le quotidien régional de centre-gauche Berliner Zeitung salue un compromis "historique" malgré une réglementation trop "vague" . "Au départ, un droit de veto pour chaque pays membre a été discuté. Le compromis actuel ne le prévoit plus. Selon le nouveau règlement, une majorité de 55 pour cent des pays de l’UE (17 sur 27 pays) avec 65 pour cent de la population totale serait nécessaire pour déposer une plainte. En pratique, cela semble peu probable", critique le quotidien à propos du contrôle de versement des aides.

Royaume-Uni

Enfin, au Royaume-Uni - Brexit oblige- on observe désormais ces discussions de l’extérieur. Du côté du Daily Mail, deuxième quotidien le plus lu au Royaume-Uni, et pro-Brexit, on souligne la violence des débats. “Les dirigeants de l’UE conviennent d’un plan de sauvetage [...] après une négociation marathon de quatre jours qui a vu Emmanuel Macron "frapper contre la table’’ et Angela Merkel se mettre en colère". Des relations difficiles que relate également le quotidien proche du parti conservateur The Telegraph, observant que “la réunion tendue du Conseil européen a révélé les divisions entre les 27 dirigeants”.

Pour The Guardian, les pays de l’Union européenne auraient bien tort de se réjouir après un sommet "amer" qui "révèle un déficit de confiance entre les dirigeants". Une vrai bataille au milieu des Vingt-Sept selon le site internet du quotidien, pour qui "la confrontation entre les ’frugaux’ et les pays qui doutent de l’état de droit met en évidence l’acrimonie au cœur de l’union".

à suivre dans Marianne

Retour
Contact / Plan du site / Mentions légales    © P.RO COM - 2012