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Février 2020

La dauphine désignée de Merkel jette l’éponge, ouvrant une crise majeure en Allemagne

février 2020


Du 11/02/20 avec l’AFP pour L’OBS

L’Allemagne s’est enfoncée lundi un peu plus dans la crise politique déclenchée par l’extrême droite, alors qu’Annegret Kramp-Karrenbauer, actuelle chef de la CDU, annonce quitter la présidence du parti conservateur et renoncer à briguer la chancellerie en 2021.

La dauphine désignée d’Angela Merkel chez les conservateurs allemands a jeté l’éponge lundi 10 février, tirant les leçons de la crise politique majeure ouverte autour de la question de possibles alliances entre droite modérée et extrême droite.

Présidente depuis un peu plus d’un an seulement de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Annegret Kramp-Karrenbauer a justifié sa décision surprise, lors d’une réunion interne, notamment par la tentation d’une frange du mouvement de coopérer avec le parti antimigrants et anti-élites Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Elle a expliqué qu’« une partie de la CDU a une relation non clarifiée avec l’AfD », alors qu’elle-même rejette clairement toute alliance, a indiqué à l’AFP une source proche du mouvement.

Le mouvement est en effet tiraillé entre adversaires et partisans d’une coopération avec l’extrême droite, notamment dans l’ex-RDA où cette dernière est très forte et complique la formation de majorités.

Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée par ses initiales AKK, est donc la principale victime politique à ce jour du séisme provoqué la semaine dernière par la décision d’élus régionaux CDU, en Thuringe, de mêler leurs voix à celles de l’AfD, pour élire un nouveau dirigeant de cet Etat.

Tabou brisé

L’affaire a tourné au scandale national car non seulement ces élus se sont affranchis des consignes générales données par le parti d’Angela Merkel, mais ils ont de ce fait brisé un tabou dans l’histoire politique allemande d’après-guerre : le refus de toute coopération avec l’extrême droite de la part des autres partis traditionnels.

Accusée depuis plusieurs jours de ne pas tenir ses troupes, la présidente de l’Union chrétienne-démocrate en a tiré les conséquences.

Elle a fait savoir aux membres de sa direction réunis à huis clos qu’elle « n’a pas pour objectif d’être candidate à la chancellerie allemande ». Alors qu’elle était jusqu’ici considérée comme la dauphine désignée d’Angela Merkel en vue des prochaines élections législatives prévues au plus tard fin 2021.

AKK a aussi indiqué qu’elle renoncerait dans les mois qui viennent à la présidence du parti, avec ce qui ressemble au passage à une pique à l’égard de sa mentor Angela Merkel.

Elle a en effet estimé qu’à ses yeux la chancellerie, la candidature à la chancellerie et la présidence du parti devaient « clairement » aller de pair. Une manière de signifier qu’Angela Merkel commit une erreur fin 2018 en décidant de rester à la chancellerie mais d’abandonner la présidence du parti, pour la confier à AKK.

Angela Merkel avait à l’époque renoncé à la présidence de la CDU en raison de son impopularité croissante à la suite d’une série de revers électoraux et de la progression de l’extrême droite.

Merz relancé

Mais, sans la chancellerie, AKK n’a jamais réussi à s’imposer, malgré sa nomination ultérieure au gouvernement comme ministre de la Défense pour lui donner davantage de profil politique avec un portefeuille régalien.

« AKK va organiser cet été le processus de sélection de la candidature à la chancellerie, a indiqué une source proche de la CDU à l’AFP. Elle va continuer à préparer le parti pour affronter l’avenir et ensuite abandonner la présidence. » Elle doit en revanche conserver son poste de ministre de la Défense.

Son retrait rebat les cartes pour la succession à Angela Merkel, au pouvoir depuis 2005 mais dont le dernier mandat débuté au printemps 2018 est marqué par une suite de crises et de tensions, tant au sein de son gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates qu’à l’intérieur de son parti.

Le départ annoncé d’AKK laisse notamment le champ libre à la CDU à son grand rival, également ennemi juré d’Angela Merkel : Friedrich Merz.

Tenant d’un coup de barre à droite pour récupérer une partie des électeurs partis pour l’AfD – après le cap centriste mené par Angela Merkel au pouvoir ces dernières années – ce dernier n’avait déjà été battu que d’un cheveu pour la présidence du parti en décembre 2018.

Il vient récemment de renoncer à son emploi controversé pour un fonds d’investissement et de se dire disponible.

à suivre dans L’OBS

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