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ÉDITORIAL

Enseignement supérieur : des prérequis à repenser pour réussir ?

Un système de sélection basé exclusivement sur l’élimination

février 2020


Pour mieux comprendre le mal français au plan de l’enseignement et de la formation supérieure, il faut savoir accepter de comparer nos résultats à ceux des grandes universités dans le monde.

Le « Time Higher Education » et le « QS World University Ranking » de Shangaï, des références mondiales pour leur classement international. La France a tendance à ne pas les apprécier pleinement compte tenu des éléments de sélection. Ce dernier classement est plus large et basé sur 6 critères pondérés, la réputation académique (40%), celle acquise auprès des employeurs (10%), l’influence du ratio enseignants/ étudiants (20%), les citations des enseignant-chercheurs (20%) et les ratios internationaux pour les étudiants et enseignants (5%) chacun. Dans ce classement en 2019, Paris-Sorbonne-Lettre au 53ème rang était la seule dans le Top 50 tandis que l’École polytechnique à la 60ème place dans le Top 100 !

TOP 10 mondial, les « anglo-saxon » à l’honneur : Oxford, Cambridge, Stanford, MIT, CIT, Harvard…


En France, deux systèmes de sélection s’affrontent

En France, tous les élèves ayant fait des études secondaires obtiennent le baccalauréat. Un quasi 100% de réussite en relativise le succès. C’est alors que deux systèmes s’affrontent aux portes de l’enseignement supérieur.

L’un « sélectif » alimentera sur concours les très grandes écoles, les grandes écoles d’application et les autres écoles d’ingénieurs de moindre réputation. Les jeunes diplômés sont assurés d’avoir une embauche. Le système sélectif a en général la faveur des gros employeurs. C’est cette « élite » qui fait elle-même l’objet d’une nouvelle sélection pour générer une course à l’« élitisme ». L’esprit de « corps » présent, solidaire et favorisant l’esprit d’équipe, se transforme pour une partie d’entre eux en esprit « clanique », imbus d’un sentiment de supériorité ne pensant qu’à leur « carrière ».

Deux systèmes s’affrontent pour générer une élite par « attribution » ou une élite par « détermination » - montage : clubespace21


L’autre « non sélectif » fournit la masse des rangs universitaires. L’accès aux études supérieures est a priori ouvert à l’ensemble des bacheliers. Un trop grand nombre de choix d’orientation vont se faire par défaut, essentiellement en fonction de la réelle capacité de l’étudiant ou des places disponibles dans la spécialité. Toutes les formations n’offrent pas les mêmes perspectives. Elles peuvent même être des voies sans issue pour les plus faibles.

Néanmoins, la sélection se faisant en fin d’études, cette approche universitaire génère aussi des étudiants et des doctorants de très « haut niveau » recherchés dans le « public » comme dans le « privé ». Les meilleurs d’entre eux sont reconnus pour leur talent et leur expertise. A l’international, ils servent souvent de « référence » dans leur spécialité.

Nos dirigeants continuent à faire du « surplace » en réformant !

Nos dirigeants, conscients ou non du problème, n’ont jamais osé agir pour mettre fin à ces monopoles par habitude qui laissent de nombreux étudiants mal-orientés sur le « tapis ». Ils ont toujours voulu confondre éducation, orientation, sélection et formation. Non seulement cette sélection après le baccalauréat est beaucoup trop hâtive, mais voilà maintenant que les élèves sont amenés à choisir leurs spécialités dès le secondaire (réforme Blanquer).

Une réforme incomprise qui tourne à l’usine à gaz – montage : clubespace21


Ce choix est beaucoup trop précoce et se réfère à un nombre de critères trop limités, au sacrifice d’un enseignement général insuffisant et de choix de spécialité sans issue à court terme ! Ceux-ci ne tiennent absolument pas compte des qualités de l’élève, de sa future émancipation, de ses souhaits et de ses capacités, réelles et potentielles, comme d’ailleurs des vrais besoins actuels du marché et à venir.

Les ministres chargés du problème se prétendent toujours prêts et pavés de bonnes intentions pour améliorer la situation et la formation des jeunes universitaires pour développer les compétences de demain. Plus habitués à informer et à communiquer, ils se gardent de passer à l’acte. Le « paraître » de l’autosatisfaction à terme ne suffit pas. Gagner quelques dizaines de places dans le concret au classement serait déjà un bel objectif !

Jacques Martineau

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