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ÉDITORIAL

Europe : Un système grippé ?

février 2013


C’est toujours dans des situations exceptionnelles que les failles d’un système apparaissent. La crise économique a bon dos. Elle n’explique pas tout. Ce modèle européen, bâti au fil des décennies et de traités successifs, aura-t-il du mal à survivre dans son état actuel ?

Tous derrière, seule devant…

La paralysie du système européen est quasi-totale dès lors qu’un problème important se pose et qu’il dépasse une certaine dimension. La situation actuelle politique et militaire sur le terrain des opérations en Afrique en est le plus triste exemple. Le mandat du Conseil de sécurité de l’Onu pour une mission délicate, difficile à mettre en place à moyen terme concerne tous les pays occidentaux. C’est un appel au secours du Mali vers la France qui sert de déclencheur. Une réponse ferme et positive : tardive ou précipitée, à chacun de l’apprécier et de se faire son opinion. Ici, il s’agit là de faits. L’Otan n’est pas concernée par ce conflit. Le « tous derrière, seule devant » satisfait les 26 autres pays européens. Le soutien est unanime, sous réserve de ne pas s’impliquer. Il ne s’agit pas de savoir si la France a eu raison d’intervenir. Elle l’a fait. Le problème est désormais de montrer dans ce cas de figure à quoi ressemble la solidarité européenne.

Source : Reuters

 
Dans la précipitation, une union européenne de façade est préférable à un débat sur le fond. Pendant ce temps, de graves incidents se produisent dans le sud algérien avec prises d’otages multinationaux. Imaginer une défense européenne est un leurre. Ce ne sont pas les discussions prévues sur ce sujet fin septembre 2013 qui crédibilisent la volonté de l’UE. Quand au couple franco-allemand, au moment du renouvellement du traité de l’Elysée, est-il besoin d’en parler… ? Des sourires de complaisances ? Une opacité douce dans l’expression de Catherine Ashton, haute représentante de l’UE aux affaires étrangères qui se doit de rester neutre ! Quant au Royaume-Uni, il a d’autres préoccupations en ce moment.

Une incapacité chronique de passage à l’action

Chaque évènement imprévu ou précipité, quelle qu’en soit la nature, révèle la lourdeur de ce système, son incohérence et son culte du « chacun pour soi ». L’Union européenne, avec la lourdeur de ses institutions et la dépendance de ses satellites constitue un système confus d’une complexité unique, dans l’incapacité de prendre la moindre décision rapide et cohérente.

Le système européen, tel qu’il est perçu, est organisé. Il s’est développé au cours du temps, comme une liane sauvage autour et le long de grilles, de cadres verticaux, horizontaux et obliques, en finissant par s’estomper au point qu’on finit par en ignorer l’existence ou par tout confondre. Dans tous les domaines, la centralisation des décisions, l’oligarchie, la technocratie et la bureaucratie ont pris le pas, sur la responsabilité et l’initiative. L’incapacité de passage à l’action est un mal chronique.

Les maîtres suprêmes sont les Chefs d’État et de gouvernement. Entre eux, s’est établie une hiérarchie pondérale liée à la puissance économique des pays qu’ils représentent, à leur amitié et à leur complicité. Les ténors de la scène, avec quelques infiltrés de circonstance, sont écoutés avec une attention théocratique. Ils sont eux-mêmes devenus esclaves du système qu’ils ont mis en place.

Source : AFP

 
La chancelière Angela Merkel fait en sorte de maintenir la France dans son sillage. L’Allemagne a besoin économiquement de la France. C’est un partenaire de premier rang qui est indispensable à son développement. Si la réciprocité est vraie, l’affaiblissement de la France ne contribue pas à cet équilibre. L’Allemagne ne doit pas l’oublier. Pour autant elle restera sur sa ligne. Maintenant jusqu’à quand ? Au-delà du couple franco-allemand, le premier ministre britannique David Cameron interpelle l’UE. A moitié dedans et à moitié dehors, il provoque, secoue et stimule les eurosceptiques avec l’idée d’un référendum sur l’appartenance à l’UE. Cette douce pagaille va bloquer pendant encore plusieurs années un système grippé, pas prêt de s’en remettre et qui peut finir par exploser…

Un nouveau Bretton Woods n’est pas pour demain

L’époque du « chacun pour soi », avec un appétit glouton, dans lequel l’autre est ignoré, doit s’achever. C’est ce que nombreux « penseurs » affirment. Rêve ou utopie ? La composante temps est déterminante et ne joue pas à ce jour en notre faveur. Le Prix Nobel d’économie, l’Américain Joseph E. Stiglitz depuis plus de dix ans s’acharne à convaincre que l’Occident fait fausse route. Il parle d’une société nouvelle, de vivre avec ses moyens, de partage, d’humain et de collectif. Il dérange. Il est précis. Il est clair. Mais il demeure sans grande illusion sur l’inertie du système. L’Europe n’échappe pas à son analyse.

Les dirigeants sont trop préoccupés par leur quotidien et leur devenir politique. Pavées de bonnes intentions, leurs promesses restent en général sans effet. C’est mou et indécis. Pourquoi un second Bretton Woods ne serait-il pas possible pour mettre en place une organisation monétaire mondiale, favorisant la résorption de la dette et le retour de la croissance économique dans l’ensemble des pays touchés par la guerre des marchés financiers ? Faudrait-il encore le vouloir vraiment ? L’Union européenne n’est pas prête à cette remise en cause. Beaucoup trop divisée, pas suffisamment solidaire, elle se cherche elle-même et n’est pas encore parvenue à un tel niveau de réflexion.

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