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ÉDITORIAL

Priorité à l’activité et à l’emploi avant de parler de « Retraite » !

Une priorité absente du débat avec une réforme de l’assurance chômage mal pensée

novembre 2019


Parler de retraite sans parler d’activité et d’emploi est un non-sens ! Ce n’est la baisse apparente du chômage, irresponsable et trompeuse, qui peut-être une bonne nouvelle ! Il ne faudrait pas oublier que ce sont les salariés et les employeurs qui contribuent à alimenter les fonds nécessaires pour les retraites. C’est le principe de base de notre système. Aussi avant de parler de retraite, il serait peut-être bien de parler d’abord d’activité et d’emploi ?

La situation de l’emploi à ce jour

La situation de l’emploi en France est loin d’être satisfaisante. Un dernier taux de 8,4% de chômage avancé par le gouvernement. Il est considéré comme référence par l’ensemble des médias, cache la réalité de l’état de l’activité et de l’emploi. Rapporté au nombre d’actifs, autour de 29,6 millions, Il ne concerne que les 2,8 millions de chômeurs indemnisés ainsi que 800.000 chômeurs non indemnisés qui complètent l’addition. A ce premier total de plus de 3,6 millions de personnes, il faut aussi ajouter, un nombre de salariés sans emploi en formation, les bénéficiaires du RSA et les demandeurs d’un premier emploi. Avec 6.8 millions d’inactifs, la France n’est pas une référence, toutes catégories A, B, C, D et E.

Taux de chômage par catégorie en Métropole – Source : INSEE


Le taux d’activité (personnes actives) se situe à hauteur de 64% soit 4 à 8 points de différence avec ses partenaires européens ! L’affichage de créations d’emploi ne correspond pas à la première idée que l’on se fait de l’emploi. Début 2019, on parlait de 87% de CDD, dont 40% de contrats de très courte durée, d’intérim, en alternance avec un chômage partiel ! Si plus de 200.000 propositions (tous types d’emplois vacants) restent non satisfaites, le taux net de création d’emplois serait de l’ordre de 0,6% net fin 2019. Les femmes et les jeunes sont les plus touchés, devant les seniors à quelques années de faire valoir leur droit à la retraite.

La réforme de l’assurance-chômage ou l’art de cacher la vérité !

La nouvelle réforme de l’assurance-chômage décidée par décret est applicable depuis le 1er novembre. Destinée à éviter les abus en renforçant l’égibilté à la prise en charge et à inciter les chômeurs à la traîne à chercher et à retrouver un emploi en raidissant les conditions d’indemnisation de ces trop longues périodes d’absence au travail. Le résultat attendu est d’abord la baisse du nombre de chômeurs rémunérés.

Elle va concerner environ 1,4 million chômeurs, c’est-à-dire près de 50% des chômeurs indemnisés ! Au-delà de la diminution de la durée d’indemnisation que l’on pourrait comprendre et des nouvelles conditions d’attribution, c’est le montant des allocations qui est affecté, en baisse de 30% pour certains, supprimé pour d’autres ! Les cadres n’échappent pas à la règle.

Comment faire pour diminuer le taux de chômage à tout prix ? – montage : clubespace21.fr


Imaginer que cela va faciliter le retour à l’emploi est largement discutable. Les offres sur le marché du travail sont discutables. Cette réforme mal conçue est censée permettre 1 milliard d’euros d’économie par an pour Pôle emploi. On estime à plus de 200.000, le nombre de « nouveaux non indemnisés » qui en quelques années entreront dans la précarité et rejoindront les 9 millions de pauvres en France.

Il s’agit de fait d’un transfert de chômeurs indemnisés de catégorie A, vers des catégories de « sans emploi » afin qu’ils ne contribuent plus à l’établissement officiel du taux de chômage. Celui-ci ne pourra donc que baisser par un simple jeu d’écriture et de comptage. C’est le « principe des vases communicants » ! A ce prix-là, l’objectif d’un taux de chômage de 7% en 2022 pourra être atteint progressivement. Mais ce sera dans l’absolu l’art de cacher « un véritable mensonge » !

On ne bâtit pas l’avenir sur l’inactivité forcée et entretenue, et sur le désespoir en jouant avec les chiffres. Cet effort d’investissement et de mobilisation pour imaginer et créer de l’activité utile, accessible à tous, quelle qu’en soit sa forme, est tout à fait possible. Des gisements d’activité sont présents partout. Il faut les découvrir et les stimuler. C’est dans cette voie qu’il faut agir en réorientant les crédits de formation (patronat-syndicats) pour pallier à l’inactivité et tenter de satisfaire les propositions d’emplois vierges de toutes candidatures. Cette contribution ne coûterait rien à l’État !

La crise de l’activité et de l’emploi, l’aggravation réelle du chômage et la réforme des retraites contribuent à détériorer le climat social, accentuant à terme le caractère dual de notre société.

Perdre du temps par dogmatisme et manque de clairvoyance…

Près de deux ans de travail et de pérégrinations de Jean-Paul Delevoye avec les corps intermédiaires et voilà que l’Exécutif et le gouvernement se retrouvent au pied du mur. Alors comment passer à l’action ? Le Haut-Commissaire à la réforme des retraites entre au gouvernement.

Une retraite universelle sur fond de 42 régimes spéciaux – source : Le Parisien


Manifestement devant les premières « bronca », après l’âge « légal » de départ, la « durée minimum » de cotisation, préférence élyséenne, la notion « irréelle » d’âge pivot à 64 ans non abandonnée pour autant, le calcul « indéterminé » de la valeur du point et la « fausse » fin annoncée des 42 régimes particuliers dits « spéciaux », obligent à de nouvelles concertations, type « grand débat ». Ils seraient remplacés par « une trentaine d’exceptions », aménagées pour tenir compte des spécificités et de la pénibilité des métiers. Dans certains cas, la réforme ne concernerait que les futurs embauchés. La presse la qualifie de « clause du grand-père !

Les informations, consultations et éventuelles négociations devaient durer près d’« un an » et conduire à un report « masqué » de la réforme au travers d’un calendrier pressenti à en perdre le souffle : été 2020 (projet de loi) ; début 2025 (premières applications) ; finalisation prévue en 2040 ou 2050 ! Ce qui n’est qu’une première estimation puisque la ministre de la santé a laissé s’échapper une date plus facile à retenir pour en apprécier les bienfaits : la fin siècle ! De recul en recul, sans consistance et par manque de clairvoyance, cette réforme, destinée à ce que l’État prenne le contrôle du système de retraite qu’il qualifie d’universelle et plus juste, n’a plus de sens !

De mal en pis, toute idée avancée, mise à l’épreuve, est rejetée

La situation se dégrade. Tous les outils sont de sortie : article, interview, présentation, débat, discussion et table ronde. Cette panoplie de communication abusive concerne tous les membres de l’Exécutif. L’indifférence aux arguments, prétendus « choc » s’accroît. Le gouvernement piétine. Les mots ne suffisent plus. Il faut désormais sauver la face et le principe de la réforme des retraites. L’exécutif ne peut pas y renoncer, même sans contenu.

Entre public et privé, si les appréciations sont souvent opposées pour certaines catégories, le recul du montant des pensions est reconnu et rejeté pour une majorité des retraités. En revanche les manifestations de rejet s’organisent. Les grèves, associées aux manifestations sociales, le 5 décembre ne manqueront pas de perturber le programme.

Une réforme souhaitée mais inopportune dans sa forme – Montage : clubespace21.fr


La morosité ambiante persistante, amplifiée par une perte progressive de confiance et d’espoir, souligne de fait la désadaptation, voire les risques réels de rupture de notre société. La dimension sociale du travail est en pleine métamorphose et la réforme telle qu’elle est envisagée aggrave cette rupture.

Jacques Martineau

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