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Mars 2019

Soyez écolo, prônez le nucléaire !

mars 2019


Du 09/03/19 Par Michael Shellenberger* (traduction par Peggy Sastre) pour Le Point.fr

Un écologiste critique les énergies renouvelables, qui posent des problèmes environnementaux sans répondre à la demande, contrairement au nucléaire.

(...) En 2002, peu après mes 30 ans, j’ai décidé de me consacrer à la lutte contre le changement climatique. Je craignais que le réchauffement climatique n’en vienne à détruire tout le travail de préservation de l’environnement que des gens comme moi avaient effectué. Pour moi, les solutions étaient assez simples : des panneaux solaires sur chaque toit, des voitures électriques devant chaque maison, etc. (...) Ainsi, nous allions non seulement ralentir le changement climatique, mais aussi créer des millions de nouveaux emplois dans un secteur high-tech en pleine croissance.

Quand le soleil se couche et que le vent tombe

Nos efforts portèrent leurs fruits en 2007, quand le candidat à la présidence américaine, Barack Obama, se déclara favorable à notre projet. Entre 2009 et 2015, les États-Unis ont investi 150 milliards de dollars dans les énergies renouvelables et d’autres formes de technologies propres. Et c’est là que les problèmes ont commencé (...)

La nature intermittente des énergies solaire et éolienne pose un autre défi. Lorsque le soleil cesse de briller et le vent de souffler, vous devez rapidement être en mesure d’exploiter une autre source d’énergie. Heureusement, beaucoup de gens réfléchissaient à des solutions. L’une d’entre elles consistait à convertir les barrages californiens en énormes batteries. La logique était la suivante : lorsque le soleil brillait et que le vent soufflait, on pouvait pomper de l’eau en amont, la stocker pour plus tard, puis la faire passer par des turbines pour produire de l’électricité quand il y en avait besoin (...)

Pas de « révolution des batteries »

J’avais donc l’impression que la plupart, et peut-être même la totalité, des problèmes de rentabilité des énergies solaire et éolienne étaient susceptibles d’être résolus par les progrès technologiques. Sauf qu’au fil des ans, les problèmes allaient persister et même, dans certains cas, empirer (...) Pour exemple, l’eau de nos rivières et de nos réservoirs est rare et peu fiable, l’eau des barrages est ici d’autant plus précieuse.

L’éolienne, un super-prédateur

Et oubliez les fanfaronnades médiatiques, il n’y a pas de « révolution des batteries » à l’horizon, et ce, pour des raisons économiques et techniques très bien comprises. Quant aux chats domestiques, ils ne tuent pas de gros oiseaux rares et menacés (...)

Alors que ces impacts devenaient de plus en plus manifestes, je me suis rendu compte qu’aucun progrès technologique ne pouvait résoudre le problème fondamental des énergies renouvelables (...)

Un problème naturel, plus que technique Si vous pouvez trouver un moyen de fabriquer des panneaux solaires moins chers et des éoliennes plus grandes, jamais vous ne pourrez faire en sorte que le soleil brille plus régulièrement ou que le vent souffle de manière plus fiable.

Traiter des sources d’énergie qui, par nature, ne sont pas fiables et nécessitent de grandes surfaces au sol représente un coût économique des plus élevés. On a beaucoup parlé de la réduction des coûts des panneaux solaires et des éoliennes. Mais ces économies ponctuelles, permises par leur fabrication dans de grandes usines chinoises, ont été dépassées par le coût élevé de leur manque de fiabilité (...)

Illusion

Les émissions de CO2 en Allemagne sont stables depuis 2009, malgré 580 milliards de dollars investis jusqu’en 2025 dans un réseau électrique bourré d’énergies renouvelables, soit une augmentation de 50 % du coût de l’électricité. Sur la même période, la France a produit un dixième des émissions de CO2 allemandes par unité d’électricité et payé son électricité quasiment moitié moins cher. Comment ? Grâce à l’énergie nucléaire (...)

Quid de l’idée que l’énergie nucléaire serait chère et l’éolien et le solaire bon marché ? Il s’agit en grande partie d’une illusion due au fait qu’entre 70 et 80 % des coûts de construction des centrales nucléaires sont initiaux, alors, les calculs concernant le solaire et l’éolien ne prennent pas en compte les coûts élevés des lignes électriques, des barrages et d’autres types de batteries.

Source fiable

Il est raisonnable de s’interroger sur la sûreté de l’énergie nucléaire et le devenir de ses déchets. Il s’avère que des scientifiques étudient la sécurité et les effets sur la santé de différentes sources d’énergie depuis les années 1960. Toutes les grandes études, y compris une récente publiée dans la revue médicale britannique The Lancet, confirment cela : le nucléaire est le moyen le plus sûr pour produire de l’électricité de manière fiable (...)

Parce que les centrales nucléaires produisent de la chaleur sans feu, elles ne dégagent aucune pollution atmosphérique sous forme de fumée. En revanche, selon l’Organisation mondiale de la santé, la fumée produite par les combustibles fossiles et la biomasse entraîne la mort prématurée de sept millions de personnes par an (...) Sur une durée de vie de 80 ans, moins de 200 personnes mourront des suites du pire accident nucléaire de l’histoire, Tchernobyl, et aucune à cause des petites quantités de particules radioactives qui se sont échappées de Fukushima (...)

Fin de vie

Le nucléaire, énergiquement dense, nécessite beaucoup moins de matériaux et produit beaucoup moins de déchets que le solaire et à l’éolien, énergiquement dilués (...) Tous les déchets produits en Suisse en 45 ans de programme nucléaire civil peuvent être stockés, en fûts, dans un entrepôt aussi grand qu’un terrain de basket-ball (...) En revanche, les panneaux solaires nécessitent 17 fois plus de matériaux (ciment, verre, béton et acier) que les centrales nucléaires et génèrent plus de 200 fois plus de déchets (...)

Les éoliennes plus mortelles que les centrales nucléaires

(...) Mais les énergies renouvelables ne sont-elles pas plus sûres ? La réponse est non. Étonnamment, les éoliennes sont plus mortelles que les centrales nucléaires. En d’autres termes, la densité énergétique du combustible détermine ses impacts sur l’environnement et la santé. Ouvrir davantage de mines et déployer davantage d’équipements sur davantage de surfaces aura davantage d’impacts sur l’environnement et la vie humaine (...)

Syndrome de la femme battue

Les progrès énergétiques sont extrêmement positifs pour les hommes et la nature. En cessant d’utiliser le bois comme combustible, nous avons permis aux prairies et aux forêts de repousser et à la faune de se repeupler (...) En ne brûlant plus du bois et des excréments dans nos maisons, nous n’avons plus à respirer de la fumée toxique à l’intérieur de nos habitations (...)

En réaction, le secteur du nucléaire civil souffre du syndrome de la femme battue et ne cesse de s’excuser pour ses meilleurs atouts, que ce soient ses déchets ou sa sécurité.

Dernièrement, l’industrie nucléaire a même avancé que, pour faire face au changement climatique, nous avions besoin d’une combinaison de sources d’énergie propre – solaire, éolienne et nucléaire (...)

Le sophisme de l’appel de la nature

Comment changer les choses ? Avant tout, il faut que les scientifiques et les écologistes commencent à dire la vérité sur les énergies renouvelables et le nucléaire, ainsi que sur la relation entre densité énergétique et impact sur l’environnement (...)

Collectivement, nous souffrons du sophisme de l’appel à la nature qui n’est pas si différent que celui qui nous pousse à mettre des produits étiquetés « naturels » dans notre caddie. Mais il est grand temps que ceux qui se proclament gardiens de la planète analysent plus sérieusement les données scientifiques et questionnent les conséquences de nos actions.

Maintenant que nous savons que les énergies renouvelables ne vont pas sauver la planète, allons-nous réellement rester les bras croisés et les laisser la détruire ?

*Michael Shellenberger a été nommé « Héros de l’environnement » par Time Magazine, et préside l’association Environmental Progress, un laboratoire d’idées indépendant.

à suivre dans Le Point.fr

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