Un espace de communication... Avec " Actualité et Propos de presse" , l’information, l’avis des lecteurs, c’est au quotidien..., la “Lettre” mensuelle...
Accueil du site > PROPOS DE PRESSE > Janvier 2019> Macron ou le show de la conviction

Janvier 2019

Macron ou le show de la conviction

janvier 2019


Du 15/01/2019 par Dominique Albertini pour Libération

Le chef de l’Etat a inauguré le « grand débat national » par une performance de plus de six heures devant un parterre de maires normands. De quoi doper la majorité. Les gilets jaunes, c’est moins sûr.

« Je vois que vous êtes fatigués, alors j’accélère ». Il est environ 20 heures, sous la tôle et les néons du gymnase Bruno Benedetti de Grand-Bourgtheroulde, dans l’Eure. Emmanuel Macron tient ferme le micro ; il tombera bientôt la veste. Le chef de l’Etat déambule au milieu d’une sorte de ring, un petit carré libre bordé par plusieurs centaines de chaises. Quelques centaines de maires normands constituent le public, encouragés à interroger le visiteur « de la manière la plus directe ». Les règles ? « Pas de règle », avait annoncé à 15h30 Sébastien Lecornu, ministre des Collectivités, donnant le coup d’envoi d’une hallucinante performance, achevée seulement vers 22 heures.

Les réseaux sociaux de l’Elysée ont diffusé jusqu’à la dernière minute cette interminable séance de questions-réponses entre Emmanuel Macron et les élus. Exposant le chef de l’Etat à la critique de nombreux internautes, mais permettant aussi à d’autre de commenter, stupéfaits, la « prestance » d’un Macron toujours alerte après sept heures d’un cet invraisemblable one-man-show ; ou sa capacité à répondre, sans hésitation et presque sans notes, aux rafales de question des édiles : plus d’une cinquantaine en tout, sur les sujets les plus divers et parfois les plus pointus.

Les répliques d’Emmanuel Macron fourniront la matière d’innombrables articles et commentaires pour les semaines à venir. Mais l’heure tournant, l’exercice a révélé une deuxième nature, celle d’une vertigineuse mise en scène de la personne et du verbe présidentiels, à évaluer sous l’angle quantitatif : le meeting le plus long, le président le plus endurant, les sceptiques les plus complètement retournés. Chez les maires présents , aux applaudissements polis de 15h30 a succédé la standing ovation de 22 heures.

Il y avait dans l’exercice un écho des meetings-marathons de sa campagne présidentielle d’Emmanuel Macron ; l’évident plaisir pris par l’orateur à convaincre et séduire une salle loin de lui être acquise ; une manière de poser le chef de l’Etat en athlète politique et de contester par le fait « l’épuisement » parfois évoqué dans la presse par des proches du président. Sept heures de meeting, enfin, sont aussi un défi lancé aux commentateurs : journalistes fatigués et affamés, spectateurs passifs de la performance présidentielle, dont ils commenteront platement le lendemain le caractère « interminable » - justifiant ainsi le mépris que leur dispense volontiers le camp présidentiel.

Aussi spectaculaire soit l’exercice, on était mercredi soir dans un monde parallèle. De l’autre côté des murs du gymnase, quidams et manifestants étaient maintenus à distance par les forces de l’ordre, qui transformaient le village en camp retranché. A quelques fenêtres, sur quelques balançoires, étaient suspendus des gilets jaunes. Ils seront, eux, toujours là demain.

à suivre dans Libération

Retour
Contact / Plan du site / Mentions légales    © P.RO COM - 2012