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L’Union européenne et la zone euro

Et si Theresa May avait raison ? (2ème et dernière partie)

Autres arguments difficiles à contester et à prendre en compte...

novembre 2018


Dans une première partie, nous avons essayé de comprendre les deux premières motivations du Royaume-Uni qui touchent aussi bien à l’immigration (1) qu’à l’hégémonie allemande (2) principalement dans le domaine de l’économie. Nous poursuivons dans cette deuxième et dernière partie, en traitant des conséquences éventuelles (positives ou négatives) sur les quatre autres points essentiels comme la Défense (3), la City (4), le Commonwealth (5), et le risque d’un « Hard BREXIT » (6).

3) La difficile construction d’une Europe de la Défense

Le projet de Communauté Européenne de Défense (CED) a fait l’objet d’un traité signé le 27 mai 1952 par six Etats continentaux (sans le Royaume-Uni). Il devait conduire à la création d’une armée européenne dans le cadre de l’Otan. Son échec résulta de la non-ratification par le parlement français en Août 1954, mais aussi de l’absence de structures politiques européennes d’accueil à cette époque. Il fût le premier indice de l’incapacité durable de l’Europe de l’Ouest à concevoir une défense commune indépendamment des Etats-Unis.

Le document Plan d’action européen de la défense, publié par la Commission le 30 novembre 2016, établit le constat que collectivement l’Europe est en deuxième position mondiale en matière de dépenses militaires.

Signature du PESCO, le Royaume-Uni n’y participe pas – source : reinformation.tv


Parmi les actions résultantes, il fut proposé d’activer un mécanisme prévu par l’article 46 TUE du traité de Lisbonne, qui a conduit à la signature le 13 novembre 2017 d’un Protocole de coopération structurée permanente (PESCO). Le Royaume-Uni ne participe pas à ce processus. Le protocole indique que les Etats membres doivent avoir la capacité de fournir des éléments de combat ou d’appui, des moyens de transports et logistiques. Il prévoit également la possibilité pour un groupe restreint d’Etats d’adopter des décisions de coopération militaire renforcée, sans l’accord formel des autres Etats. On en reste à des coopérations entre Etats.

Pour le présent et de façon durable, la France et le Royaume-Uni sont les deux seuls pays à disposer de forces militaires crédibles. Ces pays possèdent surtout des forces nucléaires océaniques qui seules peuvent (encore) impressionner la Russie. Tous les autres pays européens ont réduit leurs efforts budgétaires pour moderniser leurs armées depuis la chute du mur de Berlin, se plaçant totalement sous le parapluie américain.

La coopération bilatérale France - Royaume-Uni actuelle perdurera donc entre les deux Etats (armements de hauts niveaux, opération conjointe en Lybie, tirs coordonnés avec les USA de missiles de croisières en Syrie…). Le Brexit ne changera rien dans ce domaine.

4) Une place forte : la City

La City de Londres concentre les sièges sociaux de nombreuses banques, compagnies d’assurance et grandes entreprises multinationales. Elle est le siège du London Stock Exchange (LSE) composé des bourses de Londres et de Milan. Elle est la première place financière européenne avec une capitalisation de 6000 Md$, devant la deuxième place de l’Euronext qui regroupe les bourses de Paris, Lisbonne et Amsterdam (capitalisation 3500 Md$).

La City, première place financière européenne - source : Wikipédia


Les bourses sont des entreprises cotées dont le fonctionnement est indépendant des Etats. Il est peu probable que le Brexit puisse gravement nuire à la place de Londres. Les sociétés ayant leur siège au Royaume-Uni pourraient être tentées de se déporter vers l’UE, mais les conditions juridiques et fiscales pour le maintien dans la City seront probablement rendues plus incitatives.

Reste à savoir quelle sera l’évolution de la livre sterling par rapport au dollar et à l’euro ? Le sort de cette dernière monnaie reste suspendu à une réduction significative des déficits et des dettes italiens et français.

5) Le Commonwealth : une précieuse garantie de la souveraineté britannique !

Rappelons qu’Il s’agit d’une organisation intergouvernementale composée de 53 Etats anglophones, qui sont, pour la plupart, d’anciens territoires de l’Empire. Ainsi la Reine Elisabeth II, chef du Commonwealth, est chef d’Etat de 16 royaumes. A noter qu’également 32 républiques et 5 monarchies font partie de cette organisation. Cela interdisait de toute façon au Royaume-Uni de se dissoudre et de perdre son identité dans une Union européenne intégrée…

La Couronne britannique à la tête du Commonwealth – source : Le Monde


Le Royaume reste ouvert au grand large des continents et au monde anglo-saxon, notamment nord-américain et pacifique, par la langue, la culture, les règles constitutionnelles et juridiques….

6) Toutefois, le risque d’un « Hard Brexit »

Le projet de traité est suspendu à la question irlandaise. L’UE veut maintenir la libre circulation des biens, services et personnes entre les deux Irlande, ceci afin de ne pas faire renaître le conflit enfin résolu entre les Catholiques et les Orangistes. Cela repousserait de facto la frontière au nord de l’Irlande. Cette solution n’est pas acceptable pour Theresa May, puisqu’elle constituerait une rupture juridique et douanière interne dans la continuité territoriale du Royaume-Uni.

On pourrait s’acheminer vers un Hard Brexit. Cela correspond peut-être au souhait de la Commission. Il faudrait alors établir rapidement des conventions pour les transports ferroviaires, maritimes et routiers qui sont vitaux pour l’approvisionnement des insulaires, les vols et le contrôle aérien, la circulation des personnes ainsi que les droits de douane, les normes pour les produits manufacturés…..

Pour les échanges économiques, les règles de l’OMC s’appliqueraient, en attente d’accords de libre-échange (dont on sait qu’ils seraient très longs à négocier).

Voilà. Le Brexit a eu pour cause la crainte d’une immigration de masse, ressentie par la majorité des couches populaires, là également contre l’avis des élites. L’article (première et seconde partie) a tenté de cerner (avec objectivité, faut-il l’espérer) les conséquences positives et négatives d’une telle décision. La réponse est pour bientôt. Chacun sera en mesure d’en apprécier le résultat !

Georges Seguin

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