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Octobre 2018

Changer rapidement de modèle pour limiter le réchauffement à 1,5°C

octobre 2018


Du 08/10/2018 par Marc Cherki pour Le Figaro.fr

Pour freiner la hausse du mercure, les émissions de CO2 doivent commencer à reculer dès 2020.

Vers 2040, la température moyenne de la planète atteindra ou dépassera 1,5°C par rapport au début de l’ère industrielle, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel. Cela représente une hausse de 50% par rapport au réchauffement enregistré jusqu’en 2017, où le mercure marquait déjà 1°C d’augmentation, selon le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques), approuvé à Incheon (Corée du Sud) samedi et présenté lundi matin (à 3 heures, à Paris). Les représentants de tous les pays l’ont approuvé, assure Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) au Laboratoire des sciences du climat, et coprésidente de la première partie du rapport du GIEC, « même les États-Unis, qui ont fait des remarques sur des formulations ». Mais selon les scénarios étudiés, cette hausse de la température pourrait être atteinte entre 2030 et 2052, précise le résumé pour les décideurs politiques. Bref, le réchauffement s’accélère, comme le redoutait récemment Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies.

Le « résumé pour décideurs », qui doit guider les actions des gouvernements du monde entier, a été rédigé par environ 90 chercheurs internationaux, dont un quart on fait le déplacement en Corée. Le texte final a été peaufiné à l’aide des représentants des gouvernements et des représentants de l’Union européenne. « Les remarques et commentaires ont été conservés ou rejetés sur la base du compromis et des fondements scientifiques présentés dans le rapport », indique Henri Waisman, chercheur à l’Iddri et coordinateur de la partie consacrée au développement durable de ce rapport (...)

C’est la première fois qu’il y a une commande politique de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) d’un rapport spécifique au GIEC. Lors de la COP21, en décembre 2015, l’accord de Paris approuvé par 195 pays, avait fixé l’objectif de réduire le réchauffement climatique « bien au-dessous de 2°C » et viser 1,5°C. Mais les publications scientifiques étaient à l’époque presque inexistantes sur cette question. Or « des effets fondamentalement différents sont envisagés entre 1,5°C et 2°C, en particulier pour les pays les plus vulnérables qui ont porté la demande de ce rapport, puisqu’ils subissent déjà durement le changement climatique », ajoute l’expert de l’Iddri.

Moins de conséquences à 1,5°C par rapport à 2°C

Avec une augmentation de « seulement » 1,5°C, la hausse du niveau de la mer d’ici 2100 serait moindre (dix centimètres) alors que certains pays en subissent déjà les premiers effets, près de dix millions de personnes ne seraient pas contraintes de déménager et la fonte des glaces en été, autour de l’Arctique, se produirait une fois par siècle au lieu d’une fois tous les 10 ans à 2°C.

D’autres conséquences ont été estimées : sur 105.000 espèces étudiées, 6% d’insectes perdraient leurs habitats, 8% des plantes et 4% des vertébrés, tandis qu’à 2°C, cela concernerait 18% d’insectes, 16% des plantes et 8% des vertébrés. Par ailleurs il en ira de même pour la durée des canicules dans les villes ou le nombre d’événements climatiques extrêmes (sécheresse, pluies diluviennes, baisse du rendement des cultures, etc.). Mieux vaut donc viser la température la plus basse possible.

Le méthane et les autres gaz à effet de serre pris en compte

Le scénario le plus optimiste pour atteindre 1,5°C suppose que « le pic des émissions de gaz à effet de serre soit atteint dès 2020. Et qu’en 2030, les émissions qui sont aujourd’hui autour de 40 milliards de tonnes de CO2 par an, diminue de 45% à 50% par rapport à ce niveau », ajoute Roland Séférian. À 2°C, la baisse des émissions est limitée à 20% vers 2030. De plus, la « neutralité carbone », qui consiste à piéger autant de carbone que ce qui est émis, devrait être atteinte dès 2050 à 1,5°C et non au cours de la moitié du siècle prochain pour l’hypothèse à 2°C. Les chercheurs ont amélioré leurs modèles. Ils ont tenu compte des autres gaz à effet de serre, comme le méthane, les oxydes nitreux et les aérosols tels le carbone-suie et les sulfates. Car le rôle de ces autres composés atmosphériques augmente quand les émissions de CO2 diminuent.

« La quantité de CO2 qu’il reste à émettre, pour ne pas dépasser le seuil de 1,5°C, est plus importante que celle proposée dans le 5ème rapport du GIEC (publié en 2014 NDLR). Car nous avons utilisé une méthodologie différente, notamment pour la mesure de la température, et pour l’inertie du système climatique au gaz à effet de serre. Par ailleurs, ce dernier rapport indique que les risques climatiques sont en augmentation », ajoute Roland Séférian. Enfin, le document précise que deux millions de km² de permafrost en moins ne dégèleront pas à 1,5°C par rapport à une hausse à 2°C.

Investir 2,5% du PIB mondial dans le système énergétique d’ici à 2035

On peut tirer de ce rapport plusieurs conclusions. Il faut tout d’abord que les engagements des pays à réduire leurs émissions s’accélèrent et débutent immédiatement. Ce n’est hélas pas la tendance suivie actuellement parmi les principaux pays émetteurs (Chine, Inde, États-Unis et Europe). Les efforts pour diminuer les émissions devront ensuite concerner tous les secteurs d’activité, en commençant par le système énergétique, où il faudrait investir 2,5% du PIB mondial jusqu’en 2035. Il faudra enfin recourir à des techniques de stockage du CO2 dans tous les scénarios envisagés. Or certaines méthodes sont encore des sujets de recherche, y compris les techniques les mieux connues, comme planter de nouveaux arbres ou stocker du carbone dans les sols, au moyen d’une agriculture moins intensive.

à suivre dans le Figaro

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