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Septembre 2018

Marc Roche : « Le Brexit va permettre au Royaume-Uni de décupler ses atouts »

septembre 2018


Du 19/09/2018 par Alexandre Counis, correspondant à Londres, pour Les ECHOS

Dans un essai intitulé « Le Brexit va réussir », Marc Roche, ex-correspondant du Point (1985-97) puis du Monde (1997-2014) à Londres, prend à rebours les discours catastrophistes qui prédisent le pire pour le Royaume-Uni.

Selon vous, le Royaume-Uni, loin de s’effondrer avec le Brexit, va au contraire, grâce à lui, se renouveler. Pourquoi ?

A court terme, le Royaume-Uni va voir son économie souffrir du Brexit , et ce quelle que soit l’issue des négociations avec Bruxelles. Mais dans 5 ou 10 ans, que va-t-il devenir ? Ma thèse est qu’il rebondira grâce à ses atouts traditionnels, qu’il va pouvoir pousser à leur maximum car il n’aura plus à respecter les limites que lui impose aujourd’hui Bruxelles. Son secteur financier sera davantage offshore, car ses paradis fiscaux - un tiers de ces territoires dans le monde sont britanniques - continueront de se montrer solidaires de la City. Le pays sera certes plus inégalitaire, mais il aura réglé son problème migratoire - qui a déjà disparu des préoccupations des Britanniques - et se sera débarrassé du populisme, le Brexit ayant privé le parti eurosceptique Ukip de sa raison d’être. Le largage des amarres va même permettre au Royaume-Uni de décupler ses atouts de toujours : sa langue, sa common law, son ouverture et son absence de patriotisme économique, son « soft power » sur les plans artistique et culturel, et enfin ses universités, qui se classent parmi les meilleures mondiales et domineront ainsi la future économie du savoir.

La City sera donc à vos yeux la grande gagnante du Brexit ?

Non seulement c’est la deuxième place financière au monde et elle le restera, les banques n’ayant pas d’autre choix, mais alors qu’elle a déjà la masse critique en nombre de professionnels et le savoir-faire en matière d’ingénierie financière, elle va pouvoir attirer davantage de talents dès lors que leurs bonus ne seront plus encadrés par la réglementation européenne. Et elle pourra capitaliser sur les liens privilégiés qu’elle entretient, via Hong Kong, avec la Chine, mais aussi avec le Proche orient et le sous-continent indien.

Et l’industrie ?

L’industrie automobile, par exemple, est certes très vulnérable aux retombées d’un « mauvais » Brexit car elle exporte beaucoup vers l’UE. Mais le marché britannique compte aussi pour les constructeurs européens. L’Allemagne, notamment, ne voudra pas se priver de son premier marché d’exportation. Et les 27 vendent plus de voitures au Royaume-Uni que l’inverse !

N’est-il pas paradoxal pour le Royaume-Uni de se détourner d’une Europe aussi proche, ne serait-ce que géographiquement, pour choisir « le grand large » ?

Le vote a montré que les Britanniques ne voulaient plus d’un Royaume-Uni un pied en Europe, un pied dehors. On devrait désormais revenir aux trois cercles d’importance égale que décrivait Churchill : le Commonwealth, les Etats-Unis et évidemment l’Europe, premier partenaire commercial du Royaume-Uni. Le pays devrait s’appuyer sur cette relation tripartite, retrouvant avec le Brexit sa vocation à la fois insulaire et planétaire.

La plus grande fragilité du pays ne tient-elle pas à ses divisions, qui deux ans après le vote sur le Brexit restent profondes ?

Le Royaume-Uni a toujours été un pays divisé : entre l’industrie du Nord et les services du Sud, entre Londres et les régions aux pouvoirs décentralisés, et entre les classes sociales. Ces cassures étaient déjà là avant, le Brexit n’a fait que les exacerber. Mais une fois un accord conclu avec Bruxelles, on devrait à mon avis revenir à la situation ex ante.

Alexandre Counis

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