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Février 2018

Allemagne : les « compromis douloureux » d’Angela Merkel

février 2018


Du 07/02/2018 de Pascale Hugues (correspondante à Berlin) pour L’EXPRESS

La chancelière a dû faire de lourdes concessions à sa droite comme à sa gauche pour arracher un accord de gouvernement. Explications.

« Même le soleil a le sourire aujourd’hui », lançait ce matin un négociateur à l’humeur lyrique en émergeant épuisé de la centrale de la CDU à Berlin où la CDU/CSU et le SPD venaient de plancher toute la nuit. Après des semaines de grisaille et plus de quatre mois d’incertitude, les négociateurs des deux camps ont enfin accouché d’un contrat de coalition. Pendant qu’en coulisses les experts peaufinent encore sa rédaction, les informations ont fusé au compte-gouttes tout au long de la journée.

D’abord, la répartition des ministères. Le Travail et les Affaires sociales, les Finances et les Affaires étrangères reviennent au SPD, trois gros ministères qui témoignent des concessions faites par Angela Merkel aux sociaux-démocrates. Martin Schulz, ancien président du Parlement européen, hérite du portefeuille des affaires étrangères. Il aura les mains libres pour défendre le projet qui lui tient le plus à cœur : l’Europe. Dans la foulée, il a annoncé qu’il comptait laisser les rênes du parti à Andrea Nahles, déjà chef de file du groupe parlementaire SPD au Bundestag. Cette femme énergique de 47 ans avait su, lors du récent congrès du SPD à Bonn, trouver les mots passionnés pour convaincre les délégués du parti de voter pour la tenue de négociations de coalition.

Des concessions à droite

Angela Merkel a aussi su rassasier les appétits à sa droite en cédant un super ministère à Horst Seehofer, chef de la très conservatrice CSU bavaroise et ministre-président de la Bavière. La CSU régnera non seulement sur l’intérieur, mais aussi sur la « Heimat », une sorte de ministère de l’Identité nationale. Une étiquette qui va faire grincer les dents à gauche, tant le mot « Heimat » est lourdement chargé en Allemagne. Tout au long de la crise des réfugiés, Horst Seehofer a mené la vie dure à la chancelière, critiquant sans répit sa décision de laisser entrer en Allemagne ces centaines de milliers de migrants. Partisan d’un plafonnement du nombre des réfugiés, Seehofer s’est fait le porte-parole de tous ceux que ces arrivées massives inquiètent. Avec la montée de l’AfD, la CSU ne cesse de réclamer à Angela Merkel de serrer les rangs sur sa droite pour éviter les dérives vers l’extrême droite. Nul doute qu’au ministère de l’Intérieur, le Bavarois va continuer à donner de la voix.

Angela Merkel avait annoncé qu’elle était prête à faire des « compromis douloureux ». C’est chose faite : la CDU devra se contenter de quelques ministères, mais pas des plus stratégiques. Surtout, elle renonce au ministère des Finances tenu d’une main de fer ces dernières années par Wolfgang Schäuble. Nul doute que cette décision a fait très mal aux chrétiens-démocrates. L’essentiel pour Angela Merkel, c’est de continuer à diriger son pays et surtout d’éviter à tout prix de nouvelles élections ou un gouvernement minoritaire qui risqueraient d’ouvrir une période d’instabilité dans un pays qui aime la continuité et les gouvernements solides.

Le dernier mot aux militants du SPD

Pour le SPD, qui devait à tout prix imprimer sa marque sur ce contrat pour convaincre ses militants sceptiques de voter dans trois semaines pour une nouvelle Grande Coalition, le partage des ministères est un bon résultat. Il fera peut-être oublier que sur les deux autres points importants, les négociations se soldent par des acquis plutôt modestes.

Jusqu’au dernier moment, les négociateurs ont âprement débattu du thème de la médecine à deux étages. Les sociaux-démocrates voulaient coûte que coûte un ajustement équitable des honoraires des consultations dans le privé et dans le public. 10 % des Allemands sont assurés dans des caisses privées qui leur donnent de gros avantages. Le prix de la consultation pour un patient privé est plus élevé que pour un patient assuré dans une des multiples caisses publiques. Le contrat de coalition prévoit la création d’une commission chargée d’étudier ce dossier extrêmement complexe. En ce qui concerne leur deuxième revendication : la limitation, voire l’abolition des contrats de travail à durée déterminé, le SPD n’a pas non plus entièrement obtenu gain de cause. Un système panaché sera mis en place au cas par cas selon la taille des entreprises.

Après presque quatre mois et demi d’errance, de fausses routes et d’incertitude, l’Allemagne a théoriquement ce soir un gouvernement prêt à se mettre au travail. Mais rien n’est encore joué. Ce sont les militants sociaux-démocrates qui auront le dernier mot. Ils voteront dans trois semaines pour ou contre ce contrat de coalition. Le chaos que redoute Angela Merkel est encore possible.

à suivre dans l’EXPRESS

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