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Novembre 2017

Pourquoi Londres ne renoncera pas au Brexit

novembre 2017


Diffusé le 27/11/17 par Alexandre Counis pour Les Echos

Depuis plusieurs semaines, une petite musique laisse parfois croire, dans les capitales européennes, que le Royaume-Uni pourrait revenir en arrière sur le Brexit. Un espoir illusoire. Malgré les difficultés de Theresa May, plus personne au Royaume-Uni ne parle plus, désormais, de renoncer à la sortie de l’Union européenne

« You may say I am a dreamer, but I am not the only one. » Lorsqu’il cite en juin dernier les paroles d’« Imagine », le célèbre tube de John Lennon, pour rêver tout haut d’un Royaume-Uni qui renoncerait au Brexit, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a fait entendre une petite musique que certains entonnent volontiers, aujourd’hui encore, à Bruxelles ou à Paris. « C’est en fait à Londres de décider comment tout cela finira, avec un bon accord, pas d’accord, ou pas de Brexit du tout », glissait encore l’ex-Premier ministre polonais fin octobre.

Même antienne fredonnée il y a quelques jours à Londres par le très respecté Lord Kerr. Alors que le gouvernement conservateur de Theresa May martèle à longueur de temps qu’il n’y a plus d’échappatoire, l’ex-diplomate, qui fut l’un des rédacteurs de l’article 50 du traité de Lisbonne, rectifie : la lettre envoyée par le Royaume-Uni à Bruxelles au titre de cet article pour enclencher son processus de sortie de l’Union n’a rien d’engageant juridiquement. « Ce n’était que la notification d’une intention. Mais les intentions peuvent changer », précise-t-il. « Le Brexit est réversible, titre aussitôt le « Guardian ». « Nous ne sommes pas obligés de quitter l’Union », renchérit le « Times ».

Conservateurs divisés

Après tout, c’est vrai : les difficultés sont si grandes, les vents contraires si violents, que Londres pourrait légitimement tout laisser tomber. Le parti conservateur, que David Cameron espérait réunifier grâce au référendum, est au contraire aujourd’hui si divisé sur le Brexit qu’il fait peser un vrai risque sur l’issue des négociations avec Bruxelles. Près de dix-huit mois après le vote qui a vu la victoire du « leave » en juin 2016, les chances de conclure un accord sur les modalités du Brexit avec l’Union se sont amenuisées.

Et la guérilla qui s’annonce au Parlement sur le Repeal Bill accroît encore les risques d’exécution pour le gouvernement. Les députés travaillistes se sont alliés à une quinzaine de conservateurs rebelles (« Rebel Tories ») pour négocier pied à pied chaque ligne de cet important projet de loi, qui fixe les conditions dans lesquelles seront conservés ou abrogés, après le Brexit, les 12.000 textes d’origine communautaire s’appliquant dans le pays.

Incertitudes

Mais si les incertitudes restent nombreuses, une chose est néanmoins certaine : le Brexit aura bien lieu. Difficile à ce stade de dire s’il sera « soft » ou « hard » dans ses modalités. Tout dépendra de la capacité du gouvernement à résister à la pression de ceux qui, dans son propre camp, poussent pour une sortie rapide et brutale de l’Union. Mais si le pays se déchire encore sur la forme que doit revêtir le Brexit, personne ne parle plus désormais de le remettre en cause. Aucun parti ne propose de rester dans l’Union : seuls les libéraux démocrates pourraient porter cette voix, mais ils ne représentent plus rien sur l’échiquier politique et sont aujourd’hui totalement inaudibles. Aucun leader ne porte un tel message. Et alors que, fin septembre début octobre, certains députés « remainers » osaient encore prendre la parole aux conférences annuelles des deux grands partis pour réclamer l’organisation d’un nouveau référendum, plus personne n’envisage aujourd’hui de retourner aux urnes sur le même sujet, dans le même format.

Décision irrévocable

Le peuple a tranché, et dans une démocratie parlementaire aussi ancienne et solide que le Royaume-Uni, cela veut dire quelque chose. Même si le pays a toujours préféré la démocratie représentative à la démocratie directe, tous considèrent aujourd’hui que la décision est prise. L’homme de la rue, qui regrette d’autant moins d’avoir voté « leave » que les contrecoups de ce choix sur l’économie britannique tardent à se faire sentir. Le monde des affaires, où tous les patrons réclament plus de clarté sur le processus de sortie, mais où aucun ne remet en cause le Brexit en soi. Et la sphère politique, qui sait bien que mépriser la décision sortie des urnes serait bien plus dangereux encore que de la mettre en oeuvre. Même les « Rebel Tories » : ces conservateurs proeuropéens, que la une du « Daily Telegraph » dénonçait la semaine dernière comme autant de « Brexit Mutineers », cherchent à obtenir des garanties pour encadrer le Brexit. Mais certainement pas à le remettre en cause.

Période de transition

Reste à savoir, néanmoins, de quel Brexit on parle. Car que diront les patrons britanniques, si, à la fin de l’histoire, ils n’ont plus accès au Marché unique européen ? Que diront les ménages, si la chute de la livre finit par entamer vraiment leur pouvoir d’achat ? Un éventuel accord sur les futures modalités du Brexit, quels qu’en soient les termes, sera de toute façon très vivement critiqué au Royaume-Uni. L’absence d’accord encore plus, si Londres et Bruxelles venaient à échouer dans leurs discussions. Quant à l’éventuelle période de transition que Londres réclame de ses voeux, sa longueur pourrait, elle aussi, être cruciale. Qu’elle dure plus de deux ans, et les mentalités peuvent évoluer, ou la scène politique se renouveler. Bref, les choses peuvent changer. C’est, après tout, le propre des intentions.

à suivre dans Les Echos.fr

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