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Août 2017

Débat : faut-il supprimer l’opération Sentinelle ?

août 2017


Du 10/08/17 propos recueillis par Pascale Egré et Charles de St Sauveur pour Le Parisien

La ministre des Armées, Florence Parly, les considère comme un « rempart » quand nombre d’experts déplorent qu’ils servent de « cibles » : la mobilisation de 7 000 soldats sur le territoire national suscite le débat.

Six soldats ont été blessés, mercredi, lorsqu’une voiture a foncé sur des soldats de l’opération Sentinelle. Une agression qui réveille des doutes sur cette mission de protection.

« Un impact direct sur l’efficacité de nos armées », estime Vincent Desportes.

Ancien directeur de l’Ecole de Guerre, le général est professeur associé à Sciences-Po. : « L’opération Sentinelle n’a eu aucun effet positif avéré sur la sécurité des Français, hormis l’effet psychologique de la vue de soldats. Elle a seulement fourni des cibles aux illuminés de Daech. A l’exception du Bataclan, chaque fois que cette force a dû intervenir, au Louvre, à Orly ou à Levallois, elle n’a fait que répondre aux agressions qui la visaient. »

« Le bilan négatif de ce déploiement, inédit par sa durée, est en revanche très important. Sentinelle représente un tiers des déploiements de l’armée. Le taux de rotation des unités a été accéléré et nos troupes, engagées sur des théâtres extérieurs, n’ont plus le temps de conduire leurs entraînements. Il a fallu aussi, pour diminuer la pression, retirer des effectifs d’autres opérations. C’est une des raisons qui ont conduit au désengagement de Sangaris en Centrafrique. Sentinelle a donc un impact direct sur l’efficacité de nos armées. »

« Autre conséquence : le moral de l’arrière — celui des familles — est en train de s’effondrer car l’absence prolongée de la garnison d’un mari ou d’un père ne correspond pas aux motifs de leur engagement.Pour la même raison, nombre de soldats ne terminent pas leurs contrats ou d’autres renoncent à s’engager — défiler devant la tour Eiffel ne les intéresse pas. Le rôle des soldats, entraînés au combat, est d’aller tarir les sources de la violence là où elles sont, au Moyen-Orient ou au Sahel. Tous sont opposés à cette opération, contraire à leur vocation et qui représente une gabegie en termes de capacité opérationnelle et de coût. »

Trouvez-vous que l’opération Sentinelle est utile aujourd’hui ?

« Une opération qui a un pouvoir rassurant sur la population », estime Nathalie Goulet à qui est adressée la question.

Sénatrice UDI de l’Orne, elle a présidé en 2015 une commission d’enquête sur la lutte contre les réseaux djihadistes en France. Pour cette élue de l’Orne, vice-présidente de la Commission sénatoriale des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées, Sentinelle a grandement prouvé son utilité.

« Je connais les arguments de ceux qui critiquent l’opération Sentinelle : la fatigue accumulée, le manque de formation, le fait que les soldats ne soient plus employés à leurs vraies tâches... Mais je suis sûre d’une chose : elle a un pouvoir rassurant sur la population, dans un climat d’immense inquiétude après les attaques terroristes contre Charlie Hebdo et toutes celles qui ont suivi. Dans les gares, c’est manifeste. Les patrouilles ont aussi une dimension dissuasive réelle. C’est un vrai plus pour la sécurité du pays.

La supprimer ne serait pas une bonne idée si rien ne vient la remplacer. La preuve, d’autres pays comme la Grande-Bretagne, l’Italie ou la Belgique s’y sont mis. Cela dit, je ne suis pas opposée à une réforme de l’opération pour la rendre plus efficace, tant qu’on ne procède pas sous le coup de l’émotion. Il faut une réflexion globale, réunir tous les acteurs de la protection nationale — gendarmerie, police, défense... — pour trouver des solutions plus efficaces pour la population et moins dangereuses pour les militaires.

Quoi qu’il en soit, cela passera par une augmentation du budget de nos forces armées. La défense ne peut être une variable d’ajustement. Ces dernières années, les moyens ont été en partie rétablis. Mais depuis l’élection d’Emmanuel Macron, je ne vois que des coupes... »

à suivre dans Le Parisien

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