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Juillet 2017

Bertrand Soubelet : « Pierre de Villiers n’a fait que son devoir »

juillet 2017


Du 19/07/17 par Alexandre Devecchio pour le Figaro

Le général Bertrand Soubelet, ex-numéro trois de la gendarmerie, muté puis démis de ses fonctions en 2013 après une audition retentissante à l’Assemblée nationale, réagit à la démission du général Pierre de Villiers à la suite d’un désaccord au sommet de l’État. Pour lui, « les armées perdent gros »

FIGAROVOX.- Tancé publiquement par le chef de l’État parce qu’il avait exprimé son désaccord sur les coupes dans le budget de la Défense, Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a annoncé sa démission mercredi matin. Que cela vous inspire-t-il ?

Bertrand SOUBELET.- La démission du général de Villiers est la suite logique de l’épisode médiatique déclenché avant le 14 juillet.

Le CEMA est en cohérence avec ce qu’il a dit devant la commission de la défense au regard des moyens alloués aux Armées.

Il a estimé n’être plus en capacité d’assumer ses responsabilités efficacement compte tenu des choix budgétaires du gouvernement. Le lien de confiance entre le Président de la République et lui a probablement souffert ces derniers jours et il a, en conscience, décidé de partir.

C’est un grand chef lucide, courageux et les Armées « perdent gros ». Mais l’arrivée de François Lecointre est plutôt une excellente nouvelle pour le monde militaire.

Pierre de Villiers a-t-il selon vous outrepassé son droit de réserve ?

Pierre de Villiers n’a fait que son devoir. Il s’est exprimé devant la représentation nationale en défendant le modèle d’armées et les capacités militaires qu’il estime nécessaires pour notre pays.

C’est exactement son rôle et il l’a fait le plus naturellement et sans calcul devant les députés.

Il n’y a pas de devoir de réserve devant les représentants de la nation. Si c’était le cas ça serait plutôt un « droit de mentir ».

Pierre de Villiers est un homme d’honneur et il a agi selon sa conscience dans l’intérêt de notre pays.

Vous avez vous-même été écarté de la « Grande muette » après avoir souligné, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, les difficultés rencontrées au quotidien par la gendarmerie dans la lutte contre délinquance. Vos deux cas sont-ils comparables ?

Les responsabilités de CEMA sont sans commune mesure avec celles de directeur des opérations de la gendarmerie que j’exerçais alors. Mais notre fonctionnement est le même.

Comment ne pas dire la vérité à celles et ceux qui votent les budgets dans notre pays lorsqu’ils sollicitent un avis de « sachant » ?

Devant l’Assemblée nationale, tenir des propos convenus en évitant d’évoquer les difficultés existantes serait contraire à l’éthique qui anime les grands chefs militaires.

Je suis donc parfaitement solidaire du général de Villiers et je comprends ce qu’il doit ressentir.

Vous avez un temps soutenu Macron avant de prendre vos distances. Sa réaction vous surprend-elle ?

J’ai uniquement fait profiter les équipes d’Emmanuel Macron de mon expérience dans les domaines de la sécurité et de la défense pour l’élaboration de son programme et j’ai repris ma liberté à l’issue. C’était aussi pour moi un devoir. Sans contrepartie.

La vraie réaction du Président de la République personne ne la connaît hormis la déclaration publique sur son rôle de chef des Armées. Ce qu’il a dit n’est pas choquant c’est le moment, le contexte et l’énergie qu’il a mise pour le dire qui a provoqué des réactions notamment médiatiques. Mais je ne suis pas surpris. Il assumera l’autorité dont il est détenteur je peux vous l’assurer. La question est de quelle manière : Souple ou rigide ? Avec la personnalité du général François Lecointre il sera porté vers la souplesse.

Est-ce le début d’une crise de confiance majeure entre le président et les Armées et plus largement entre Macron et les Français ?

Cet épisode est inédit dans la Vème république mais tout ce que nous vivons depuis des mois est inédit pour notre pays. En effet il me semble que le lien de confiance entre le président et les Armées est atteint car les militaires ne se sentent considérés que lorsque le pouvoir politique leur donne les moyens de défendre la France. Les engagements pris durant la campagne sur le budget de la défense ne sont d’ores et déjà pas respectés et cela pourrait avoir des répercussions sur l’opinion des Français.

Espérons que les décisions à venir n’altéreront pas davantage ce lien de confiance car les agressions terroristes que nous subissons depuis des mois exigent de nous rassembler derrière ceux qui au quotidien défendent la France : les Armées et les forces de sécurité. Avec les budgets adaptés sous peine de crise majeure.

à suivre dans Le Figaro

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