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Avril 2017

Frappes en Syrie : le triple avertissement américain

avril 2017


Du 07/04/2017 pour Le Monde

Editorial. Le coup de semonce de Washington à l’égard du régime de Bachar Al-Assad, ainsi qu’à son allié iranien, est un véritable pari diplomatique

Editorial du « Monde ». Barack Obama avait établi une « ligne rouge » sur la Syrie – l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad – qu’il a finalement laissé violer en 2013 sans réagir. Son successeur, Donald Trump, a pris beaucoup moins de précautions : en frappant de 59 missiles de croisière, jeudi 6 avril, la base aérienne syrienne d’où avait été lancée l’attaque aux armes chimiques deux jours plus tôt, il a appliqué de facto sa propre ligne rouge, sans avertissement préalable.

Cette frappe contre les forces syriennes résulte d’une décision unilatérale des Etats-Unis, qui n’ont pas attendu un hypothétique habillage juridique aux Nations unies. Le fondement de cette décision a été exposé par M. Trump lui-même, dans une déclaration télévisée annonçant la frappe américaine contre la Syrie (...)

Affirmer « l’intérêt vital et national » des Etats-Unis

Tout en ayant mené cette action unilatéralement, en dehors de la coalition internationale qui accompagne les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme en Syrie et en Irak, le président américain a fait valoir qu’il agissait aussi, d’une certaine manière, dans l’intérêt de la communauté internationale (...) M. Trump a terminé son intervention par un appel assez vague « à toutes les nations civilisées » à se joindre aux Etats-Unis « pour tenter de mettre fin aux massacres en Syrie ».

Cette décision illustre la volonté d’appliquer à la politique étrangère et de sécurité le principe que Donald Trump a énoncé avec constance en matière économique et commerciale : « America First ». Il s’agit d’affirmer d’abord « l’intérêt vital et national » des Etats-Unis, puis d’essayer de rallier les alliés ensuite. La France, le Royaume-Uni, la Turquie, l’Arabie saoudite ont d’ailleurs approuvé sans tarder, vendredi matin, la frappe américaine (...)

Un signal adressé à Pyongyang

Le tir de missiles Tomahawk de jeudi soir est venu apporter un point d’orgue militaire à cette offensive, dans laquelle on devine sans peine la main des généraux aux commandes dans l’administration Trump, en particulier le général H. R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale, et le général James Mattis, secrétaire à la défense.

Ce coup de semonce américain à l’égard du régime de Bachar Al-Assad, ainsi qu’à son allié iranien, est un véritable pari diplomatique. La réaction très négative du président russe, Vladimir Poutine, qui a dénoncé une « agression contre un pays souverain » sur la base d’un « prétexte fallacieux », montre que Washington prend le risque de geler tout espoir rapide d’amélioration des relations avec la Russie, alors que M. Tillerson se prépare précisément à se rendre à Moscou, la semaine prochaine, pour y rencontrer M. Poutine. Et au moment où M. Trump accueille le président chinois Xi Jinping en Floride pour des entretiens qui devaient notamment porter sur la Corée du Nord, la frappe américaine est enfin un signal adressé à Pyongyang. Reste à savoir comment les dictateurs de Syrie et de Corée du Nord entendront cet avertissement.

A suivre dans Le Monde

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