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Mars 2017

Faut-il vraiment avoir peur de la dette chinoise  ?

mars 2017


14/03/2017 par Frédéric Schaeffer pour les Echos

ANALYSE. La dette chinoise s’est envolée ces dix dernières années. Face à une croissance financée à crédit, des organismes comme le FMI tirent la sonnette d’alarme. Si la Chine a de nombreux atouts en mains pour éviter une crise financière à court terme, les fragilités sont nombreuses.

C’était dimanche dernier, dans le très stalinien Palais du peuple, à deux pas de la Cité interdite. Devant près de 3.000 délégués du Parti communiste venus des quatre coins de Chine pour la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire, le Premier ministre, Li Keqiang, a fixé un objectif très attendu : la croissance sera cette année « autour de 6,5 % », indique-t-il. Et l’on peut compter sur la volonté de Pékin et la créativité des statisticiens chinois pour être d’ores et déjà certain que cet objectif sera atteint. 6,5 % ? Jamais la Chine n’aura enregistré une croissance aussi faible depuis plus d’un quart de siècle. Inquiétant ? Non, rassurant !

Car le vrai risque chinois n’est pas dans le ralentissement de son économie, mais dans l’envolée de sa dette . Au cours des dix dernières années, le miracle chinois a été dopé à la dépense publique dans d’immenses projets d’infrastructures et en soutien à des pans entiers de l’industrie. Pékin a largement incité les banques à prêter et le message a été reçu cinq sur cinq : c’est en Chine que la croissance du crédit a été la plus rapide au monde depuis la crise de 2008 - sans même compter les prêts non régulés de la finance de l’ombre. En abaissant légèrement sa prévision de croissance pour 2017, Pékin veut donc envoyer le signal que la priorité est désormais davantage à la prévention des risques financiers qu’au soutien à l’activité à court terme.

« Insoutenable » pour le FMI

La dette s’est littéralement envolée au cours des dernières années : à 277 % du PIB en 2016 selon les calculs d’UBS, elle a augmenté de 130 points depuis la crise de 2008 ! Pour atteindre ce chiffre, les analystes cumulent la dette détenue par l’Etat central et les administrations locales (68 %), les ménages (45 %) et les entreprises (164 %). Une façon de regarder nécessaire en Chine où les frontières entre public et privé sont ténues. « Insoutenable », disent la plupart des économistes. Et de grandes institutions internationales, comme le FMI, de tirer la sonnette d’alarme à longueur de rapports.

La prochaine crise financière mondiale partira-t-elle de Chine ? La deuxième économie de la planète va-t-elle s’écrouler comme un château de cartes ? Les plus optimistes rappelleront que le niveau de dette globale de la Chine demeure largement inférieur à celle du Japon, et guère éloigné de celle des Etats-Unis. Ils feront également remarquer que la Chine n’est pas la Grèce, et ne souffre pas d’un excès d’endettement public. Ou encore que, contrairement aux tigres asiatiques qui se sont effondrés en 1997-1998, la Chine n’est pas aux mains de créanciers internationaux : 95 % de sa dette est détenue en Chine, issue de prêts accordés par des banques d’Etat chinoises à des entreprises d’Etat ou des collectivités chinoises. Autres arguments régulièrement avancés, la Chine dispose d’une épargne colossale sous forme de dépôts bancaires, maintient un contrôle sur les flux de capitaux, sa banque centrale conserve des réserves de change abondantes, tandis que le gouvernement garde la haute main sur une économie administrée lui permettant d’étaler dans le temps la restructuration de son économie et l’assainissement des bilans bancaires. « La Chine a un certain nombre de facteurs uniques qui la protègent contre une crise de la dette systémique », estiment ainsi les économistes d’UBS.

Aggravation des surcapacités

Circulez, il n’y a rien à voir ? Pas vraiment. Si une crise financière paraît peu probable à court terme, l’emballement de la dette n’est pas tenable. Cette dernière dépassera sans doute le cap des 300 % du PIB au cours des deux prochaines années. Sur le seul mois de janvier, les banques chinoises ont accordé environ 275 milliards d’euros de crédits, l’équivalent du PIB annuel de l’Irlande ! « La dépendance à une croissance dopée au crédit pose le risque d’un atterrissage économique brutal », met en garde Standard & Poor’s.

La dette des entreprises concentre les inquiétudes : elle a quasiment doublé depuis 2008 et compte désormais parmi les plus élevées au monde, largement devant les Etats-Unis, la zone euro ou le Japon. Surtout, le boom du crédit a favorisé un surinvestissement dans les industries lourdes et les biens d’équipement, entraînant une aggravation des surcapacités de production. Et, avec le ralentissement prononcé de la demande, ces entreprises se retrouvent sous une montagne de dettes et des difficultés à générer des profits. Du coup, les créances douteuses repartent à la hausse. Le FMI considère que 15 % des prêts aux entreprises pourraient être à risque.

Face à cela, Pékin a promis de réduire drastiquement les surcapacités de production dans la sidérurgie et le charbon, très affectés par un endettement massif. Mais la réforme des groupes d’Etat, bien plus endettés que ceux du privé, piétine. Pour réduire le niveau des créances douteuses, Pékin s’est pour l’heure contenté d’utiliser de vieilles recettes , comme la création de structures de défaisance et la conversion de la dette des entreprises en actions détenues par les banques. Des demi-mesures, jugent certains économistes. Les progrès sont trop « lents », déplorait le FMI début janvier. D’autant que le risque pour le système bancaire passe largement par son exposition au « shadow banking », cette finance de l’ombre non régulée.

Au-delà, c’est la question de l’allocation des ressources qui se pose. Les flots de liquidités déversés sont allés alimenter des industries vieillissantes et la spéculation sur l’immobilier ou les matières premières. Sans grande utilité pour préparer la croissance de demain. Un gaspillage qui diminuera la productivité à long terme, et augmentera les créances douteuses.

A suivre dans Les Echos

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