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Février 2017

« Informer ne suffit plus, les médias doivent redonner l’envie et rétablir la confiance »

février 2017


Du 03/02/2017 interview de Julia Cagé pour Le Monde

Julia Cagé, économiste spécialiste des médias, a répondu, jeudi, à vos questions sur la crise de confiance entre les journalistes et leurs lecteurs

Attentats, Brexit, présidentielle américaine et maintenant française… Le flux d’information est aujourd’hui tel qu’on se demande surtout comment aider les lecteurs à se repérer face à une vague toujours plus forte de fausses informations (...)

Le concept de « post-vérité » n’est-il pas que de la novlangue, recouvrant les mensonges des personnalités publiques ?

Je pense en effet que l’on donne trop de place à ce nouveau concept : la « post-vérité », ça n’existe pas (...) Qui croire ou ne pas croire ? L’enjeu des médias aujourd’hui est de renouer une relation de confiance avec leurs lecteurs, afin que ceux-ci ne soient pas toujours dans le doute.

En partant du principe qu’aucun média ne peut aborder les faits dans leur totalité, n’est-il finalement pas salvateur qu’il existe une résurgence des « alternative facts » ?

Il n’existe pas de « faits alternatifs » : un fait est un fait (...) Ensuite, il est vrai qu’un fait peut donner lieu à des analyses différentes, mais on entre dans une autre dimension. Que faire par exemple face au problème du chômage : une politique de l’offre ou une politique de la demande ? Les opinions peuvent diverger, les politiques publiques également. C’est pour cela qu’un traitement journalistique peut être biaisé. Mais les faits, eux, n’ont jamais tort. Vous devriez relire Orwell !

A-t-on une idée du taux de méfiance des Français vis-à-vis des médias aujourd’hui ?

La méfiance des Français envers les médias est malheureusement de plus en plus élevée (...) Non seulement les Français ne font plus confiance aux médias, mais ils se désintéressent également de plus en plus de l’information que ceux-ci produisent (...) Heureusement, il existe des solutions, mais il faudrait que celles-ci soient davantage poussées politiquement !

La perte de crédibilité des médias, et des institutions en général d’ailleurs, n’a pas attendu Trump ou le Brexit. Ne croyez-vous pas qu’il y a une forme de déni qui permet d’éviter aux dites institutions de se remettre en question ?

Je pense que les médias ne cessent de se remettre en question, et en particulier les journalistes. Le lancement de Décodex par Le Monde en témoigne. Par contre il est vrai que les actionnaires n’ont pas suffisamment pris conscience des conséquences de leurs ingérences, ou alors s’en préoccupent peu. Que penser de Bolloré à Canal+ et à iTélé ! Les journalistes dans de nombreuses rédactions se battent aujourd’hui pour davantage protéger leur indépendance, la mise en place de véritables chartes éthiques… Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, mais soutenir leur combat pour l’indépendance !

N’y a-t-il pas un problème dans le fait que, pour une grande majorité de la population, la source d’information primaire n’est plus les journaux et les sites spécialisés, mais les réseaux sociaux et la télévision ?

Oui, une partie du problème vient, en effet, de ce que les médias traditionnels sont en train de perdre la bataille de l’intérêt et de l’attention face aux réseaux sociaux. C’est ce qui explique, en partie, la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis (...)

Informer est important. Cela doit être la mission première du journaliste. Mais il faut aussi convaincre les lecteurs de venir lire l’information produite.

D’où une priorité aujourd’hui : redonner de l’envie aux lecteurs, par exemple avec des supports alternatifs. Et rétablir la confiance. Malheureusement, informer ne suffit plus.

La meilleure façon de restaurer la confiance dans les médias ne serait-elle pas de rendre ces derniers indépendants des pouvoirs de l’argent, c’est-à-dire financés par l’Etat ?

La question du financement des médias est en effet une question centrale, et je pense qu’une partie de la solution à la crise de confiance se jouera en effet sur le financement.

Le financement public peut être considéré comme une partie de la solution, mais il faut être extrêmement attentif à la forme qu’il prend (...) Dans mon livre Sauver les médias, je propose un nouveau modèle, la société de média à but non lucratif, qui répond à cette question et qui va plus loin (...)

Comment répondre au fait que la qualité de l’information ainsi que le journalisme d’investigation se sont fortement dégradés ces dernières années ?

Bien sûr que les médias sont en crise aujourd’hui. Crise économique, crise de confiance, crise de qualité pour certains d’entre eux dont les rédactions ont été réduites à néant par des actionnaires aux décisions incompréhensibles…

Maintenant doit-on être entièrement pessimiste ou négatif ? Je ne le pense vraiment pas. Vous dites que l’investigation s’est dégradée, mais l’un des plus beaux succès en termes de création de média de ces dernières années est Mediapart, qui multiplie les enquêtes et les investigations de qualité. Ce qui a été fait dans le cadre des Panama Papers, c’est de l’investigation qui n’aurait pas pu être menée il y a seulement dix ans !

Et puis, sur les cendres de certains médias, on en voit renaître d’autres qui apparaissent déterminés dès leur lancement à protéger l’indépendance des journalistes et à impliquer les citoyens. 2016 a vu la naissance des Jours, 2017 d’Explicite, les médias de qualité ont encore de beaux jours devant eux !

Et l’investigation également, comme vient de nous le rappeler le Canard enchaîné (merci Penelope !).

A suivre dans Le Monde

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