Avec " Actualité et Propos de presse" , l’information, c’est au quotidien..., la “Lettre” est bimensuelle...
Accueil du site > Thèmes > L’Union européenne et la zone euro> Désunion et incohérence de l’Union européenne…

L’Union européenne et la zone euro

Désunion et incohérence de l’Union européenne…

3ème et dernière partie du triptyque : Multinationales, Etats « nation » et désunion de l’UE…

décembre 2016


Après avoir montré le problème factuel posé par l’hyper mondialisation, lié au pouvoir et à l’influence des multinationales, nous avons donné quelques exemples dans une deuxième partie des réponses et des réactions des Etats européens (chacun à sa manière) devant ces défis. Mais pour clore le débat, il importe de souligner la désunion et l’incohérence qui caractérisent la réaction de l’Union européenne face à cet enjeu mondial.

Georges Seguin

Ce ne sont pas les exemples qui manquent !

On retiendra de la mondialisation qu’elle a déporté la quasi totalité de l’emploi industriel peu qualifié vers les classes populaires des pays émergents et désertifié le tissu industriel des Etats-Unis et de l’Europe.

Le paroxysme a été atteint dans la nouvelle économique ‘numérique’ qui a ouvert, dans la Silicon Valley et d’autres sites, le robinet d’ingénieurs de haut niveau en provenance du monde entier (et notamment ceux des pays émergents). Les logiciels élaborés par cette concentration de cerveaux sont mis en œuvre sur des ordinateurs ‘made in China’ pour commander en ligne des produits (donc sans nécessiter des emplois intermédiaires) Google, Amazon, les vols low cost…la boucle est bouclée.

Les multinationales organisent ainsi une partition de l’activité, en concentrant les emplois hautement qualifiés de la R&D et des services sur quelques sites et en bénéficiant du faible coût de la main d’œuvre des zones défavorisées. Les nouveaux ‘laissés pour compte’ sont les populations ouvrières ou rurales américaines et européennes. Les élites médiatiques s’étonneront alors que ces populations abandonnées puissent encore exister et, lors des élections récentes, s’exprimer.

De l’illusion à la désunion de l’Union européenne…

On pouvait attendre de l’Union européenne, première économie du monde avec 500 millions de producteurs-consommateurs et pouvant donc dialoguer avec les Etats-Unis et la Chine, qu’elle élaborât une stratégie dynamique pour gérer cette vague de fond inévitable. Où en est-on ?

L’Union a construit un vaste espace de libre circulation des personnes et des biens. Ce marché devait constituer un ‘terrain de jeu’ protégé de l’hyper-compétition mondiale par des barrières juridiques, normatives et douanières, tout en restant compatibles avec les règles de l’OMC. Cela aurait pu conduire à un espace harmonieux si, dans le même temps, avait pu s’opérer une convergence progressive des politiques en ce qui concerne les niveaux des rémunérations, des protection sociales et des fiscalités.

Réunion de la commission européenne à Bruxelles – source : ec.europa.eu


L’esprit européen, qui avait motivé les auteurs du Traité de Rome, et s’est prolongé durant la période de la Guerre froide, a vite laissé place aux égoïsmes nationaux, chacun cherchant à tirer le meilleur profit des avantages et des subventions de l’Union. L’extension incontrôlée vers l’Est a permis un fort développement de ces pays, disposant de salaires faibles et captant une part importante des productions agricoles et manufacturières (trains produits en Pologne, automobiles en Roumanie..). Ceci avec la complicité de l’Allemagne qui connait un déficit de main d’œuvre.

Et puis les accords de libre-échange…

La zone économique possède des vecteurs de porosité avec les accords de libre-échange négociés par la Commission. On peut citer ceux avec Singapour et la Corée du Sud.

Des réserves sont apparues à cet égard sur le traité de libre-échange entre l’Europe et le Canada (CETA), en particulier sur la compétence des cours arbitrales pour régler les conflits. Ceci a finalement été réglé par un projet de cour permanente d’arbitres nommés par le Canada et l’Union (grâce à la déclaration interprétative de la Belgique annexée au traité) . Par ailleurs, le Canada a accepté l’usage des normes européennes, ce qui est une concession très importante. Mais pour certains observateurs, il est malgré tout possible de voir l’ombre portée du traité en cours de négociation avec les USA (TAFTA) sur le même sujet, compte tenu de la fluidité que permet l’accord de libre échange nord-américain (ALENA).

Principaux lobbies intervenant auprès de Bruxelles dans le cadre du TAFTA – source : mondialisation.org


Le TAFTA est déjà un autre sujet de désaccord entre Européens

Les tenants libéraux d’une grande zone de libre-échange de 900 millions d’habitants considèrent cela comme un progrès décisif, même au risque d’une fracture entre Européens, qui est déjà dans les faits actée. Pour les Etats-Unis, il s’agit de procéder rapidement à une convergence réglementaire et juridique pour la zone Nord Atlantique, avant la grande confrontation industrielle et commerciale avec la Chine qui applique le principe du plus fort ‘celui qui produit impose les normes’.

Sous réserve de l’engagement de Donald Trump, le problème est que l’Administration Obama a cherché à imposer son point de vue, essentiellement sur les normes de production industrielle, alimentaire et environnementale et sur le règlement des différends par des cours arbitrales privées. L’Allemagne et le Royaume-Uni libéraux se sont montrés favorables à ce traité, la France tentant une ultime fois de préserver son modèle social et environnemental, en s’opposant à la poursuite de la négociation. La chancelière allemande avait renouvelé sa demande d’une signature avant la fin 2016, lors du dernier sommet de Bratislava.

Mais voilà, la nouvelle administration américaine, pour conquérir l’électorat populaire, a fait campagne sur un arrêt des processus de libre-échange avec l’Asie (TTP), l’Amérique de Nord (ALENA) et l’Europe (TAFTA). L’élection passée, cela ne devrait pas résister longtemps à la pression des milieux financiers et des multinationales. Angela Merkel a reconnu le 17 novembre, lors de la visite d’adieu du Président Obama, que l’accord de libre-échange ne pouvait être conclu, mais qu’elle espérait « pouvoir y revenir un jour ».

Par ailleurs, la Commission devrait définir un nouveau cadre douanier pour faire face au dumping des produits chinois, à l’issue de la période transitoire suivant l’adhésion de la Chine à l’OMC. Une note d’espoir…

En conclusion

Multinationales, Etats « nation » et désunion de l’UE… que nous avons présenté sous forme d’un triptyque en 3 parties pour mieux appréhender les traités de libre-échange, nous amène à conclure notre analyse.

Cette 3ème partie confirme notre réflexion sur l’hyper mondialisation en cours au travers des multinationales, la réaction des pays, chacun à sa manière, et l’immobilisme européen lié à son absence de politique cohérente. De la réalité à l’action, la route reste longue et pavée d’embûches…

Georges Seguin

Retour
Contact / Plan du site / Mentions légales    © P.RO COM - 2012