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Activité et emploi

Éducation et sélection…

Pourquoi ne pas inverser la donne ?

septembre 2012


Deux systèmes s’affrontent en matière de formation supérieure. L’un sélectif qui alimente les très grandes écoles, les grandes écoles et autres écoles. L’autre non sélectif a priori fournit la masse des rangs universitaires. Le système sélectif a en général la faveur des gros employeurs. En matière d’éducation et de sélection, nos gouvernants, conscients ou non du problème, n’ont jamais osé agir. Ils ont toujours voulu confondre orientation et sélection.

De ce fait, cette sélection après le baccalauréat est beaucoup trop hâtive. Elle se réfère à un nombre de critères trop limités. Ceux-ci ne tiennent absolument pas compte des qualités de la personne, de ses souhaits et de ses capacités, réelles et potentielles, comme d’ailleurs des besoins réels, actuels et à venir, du marché.

Même s’il est discutable, le classement de Shanghai est édifiant : notre meilleure université Paris-Sud (élite) se situe au 37 ème rang. Les universités américaines s’arrogent 17 des 20 premières places. Harvard, Stanford, le MIT et Berkeley constituent le quatuor de tête. Au total, 20 universités françaises se classent dans le "Top 500", qui comprend notamment 150 établissements américains, 42 chinois (aucun dans le "Top 100"), 38 britanniques et 37 allemands. Publié depuis 2003, ce classement mondial est critiqué en Europe et en France car ses critères sont axés essentiellement sur la recherche en sciences exactes, au détriment de l’enseignement. Néanmoins pour contestable qu’il soit, il souligne nos faiblesses, montrant que nos très grandes écoles, ne sont peut-être pas suffisamment associées au milieu de la recherche, du développement et de l’innovation !

Quelques idées de base pourraient permettre de sortir de l’immobilisme et de cette logique de réussite de l’échec, en s’appuyant sur quelques principes simples. Pourquoi ne pas retarder tout simplement la sélection et ne pas se préoccuper d’abord de l’orientation, de la formation et de la découverte, liée aux ambitions et aux capacités individuelles et aux besoins du marché ?

Source : Reuters

 
Le système de formation et d’enseignement supérieur serait basé dans un premier temps sur l’initiative et la confrontation aux réalités des conditions de travail en milieu productif et en relation directe avec l’entreprise (stages et alternance). Ce système serait caractérisé par un tronc commun pour tous, avec pour objectif prioritaire majeur celui de la formation et de l’orientation des études vers des métiers. Un grand nombre d’enseignements dans des filières parasites et sans issue seraient marginalisés par le choix de l’étudiant lui-même. Une sélection plus tardive prendrait sa place tout naturellement.

Orienter et former d’abord, sélectionner ensuite…

Le premier cycle prérequis est constitué d’un tronc commun de trois années correspondant à un cycle d’études supérieures par filière, progressivement sélectif, débouchant, au terme de la formation, sur une variété d’orientations professionnelles donnant un accès direct à des entreprises partenaires, sur la base concrète de contingent d’offres d’emplois.

Dès la fin de la deuxième année, un système de concours permet l’accès aux grandes écoles et écoles d’ingénieur spécialisées pour 3 années d’études supplémentaires. De la même façon le concours pour les études médicales et dérivées aurait lieu aussi en fin de deuxième année. En cas d’échec aux différents concours, l’étudiant continue son cursus universitaire. Psychologiquement, il n’est pas en situation d’échec puisqu’il appartient déjà à l’université.

A noter qu’un système de passerelles avec accès à l’activité ou à l’emploi peut être mis en place pour les étudiants dans l’incapacité de terminer le premier cycle, bien entendu, sanctionné par un diplôme ou des équivalences à la fin de chaque année d’études.

Le second cycle d’une durée de trois ans offre deux possibilités avec deux orientations précises, l’une vers la recherche-développement et l’innovation, l’autre spécialisée, vers le métier choisi, la conduite de projet et la création d’entreprise. Cette formation se fait toujours en étroite relation avec les entreprises, le milieu de la recherche et le monde économique national et international. Ce second cycle est sanctionné par un diplôme d’ingénieur ou équivalent.

Source : Sorbonne junior conseil

 
Le troisième cycle universitaire de trois ans pour les meilleurs et les plus motivés, sélectionnés sur dossier, permet l’accès aux études doctorantes (recherche fondamentale, ingénierie, sciences sociales ou littéraires, commerce ou droit des affaires, etc…), toutes spécialités confondues, faites soit en entreprise, dans des universités, dans des laboratoires privés ou nationaux. Étant entendu que quel que soit le lieu, le monde industriel et économique est à la fois partenaire et tuteur. Les choix des directeurs de thèse demeurent la responsabilité des universités.

L’unicité et l’équivalence des diplômes qui sont universitaires sont un atout de taille pour la totale cohésion d’un ensemble de pôles de compétitivité autonomes. La différence se fera sur la hiérarchie officieuse, mais inévitable de la qualité de l’université, de la qualité et de la réputation de ses professeurs et de ses chercheurs, sans oublier sa capacité à offrir à ses diplômés les emplois qu’ils méritent.

Ce processus progressif de sélection, à orientation continue, à chaque étape, se fait à un âge plus mûr où l’étudiant est lui-même enfin en mesure de choisir. Sa personnalité est plus affirmée. Les conseils d’orientation ont un sens et une chance d’être écoutés Il sort de la logique archaïque du moule préétabli.

L’offre de débouchés, à tous les niveaux de ces études supérieures est d’autant plus crédible que tous les secteurs de la vie économique, universitaire et industrielle sont impliqués dès le départ.

Un débat à ouvrir…

Il s’agit d’un débat qui remet complètement en cause notre système d’enseignement supérieur. D’aucuns l’ont déjà évoqués, politiques ou présidents d’universités. De nombreuses commissions avaient été créées, pour travailler sur le sujet, avec d’excellentes idées, mais toujours sans succès…

Pourtant si la France veut remonter la pente, retrouver son imagination, sa créativité, pallier le problème des jeunes pour accéder à l’emploi, il faut y aller avec détermination.

Cela passe d’abord par une considérable amélioration de l’appréciation des orientations et des programmes, de l’utilisation de tous les moyens modernes de communication, et de l’implication de tous pour adapter les contenus aux réalités du marché de l’emploi, dès l’entrée à l’université.

Le corps enseignant doit être réhabilité et revalorisé. Industriels et enseignants doivent partager une partie de leur temps professionnel à travailler ensemble.

Dans le même temps, il faut procéder à un rassemblement des moyens, diviser par 3 ou 4 le nombre actuel de pôles ayant le statut d’universités, réfléchir pour mieux comprendre comment les rassembler en créant d’importants campus multidisciplinaires et interactifs, proches de technopoles, qui se transforment en lieux de compétitivité et de création de valeur ajoutée.

Au plan local et national, une large négociation entre tous les acteurs, déjà cités, s’impose pour permettre à ses futurs campus universitaires de devenir pleinement et définitivement autonomes. Pour l’instant, malgré les efforts incontestables qui ont été faits, la France est encore au milieu du gué. Les régions, les départements, les communautés urbaines et les villes sont directement concernés. Le monde de l’entreprise doit participer au débat s’impliquer et apporter concrètement sa pierre à l’édifice pour en tirer à terme les fruits. Les banques et organismes financiers doivent remplir un rôle essentiel pour le développement de ces campus.

Source d’emploi et de rayonnement, producteur de savoir et de savoir-faire, ce nouveau type de campus doit être ouvert, en liaison permanente, avec les grandes universités dans le monde. Des échanges permanents doivent être non seulement encouragés mais entretenus.

En conclusion

Le monde économique doit investir dans les recherches dite fondamentale, appliquée et technologique, la part du privé est aujourd’hui beaucoup trop faible, non seulement par rapport à la part du public, mais comparée à l’objectif global européen des 3% du PIB que la France devait atteindre en 2010 et aux 4% actuels des Etats -Unis et du Japon.

Si l’enjeu est de taille, il n’est pas inaccessible. C’est une question de volonté politique, de courage, de négociations avec l’ensemble des acteurs, de décisions, de priorités budgétaires et de choix d’hommes exceptionnels pour relever le défi. L’existence d’une élite et d’une élite de l’élite ne se trouverait en aucun cas pénalisée, bien au contraire.

Sortons le plus vite de ce moule fossilisé qui a fait son temps et qui contribue lentement mais sûrement à la réussite de l’échec...

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